Douche écossaise au Kurdistan

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David Lannes
David Lannes
Ikerlari eta irakasle.
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La fête de Newroz a fourni a Ocalan l’occasion de confirmer sa volonté d’abandonner les armes et de “déterminer les stratégies et tactiques sociales et politiques adaptées à notre temps”.

Ocalan, le leader emprisonné du PKK, artisan d’une récente refondation idéologique du mouvement est muet depuis quatre mois. Saura-t-il éviter à son organisation de retomber dans les travers militaristes qu’il a lui-même dénoncés ?

Le 7 juin, les Kurdes célébraient la victoire du HDP aux élections législatives turques: jamais auparavant une formation pro-kurde n’était parvenue à passer le seuil de représentativité de 10%. Pour obtenir ce succès, son  leader Demirtas s’était adressé à toutes les minorités du pays ainsi qu’aux électeurs progressistes turcs. Voici un éclairage  sur la reprise des hostilités entre Turcs et Kurdes.

Le cessez-le-feu entre les rebelles kurdes du PKK et la Turquie vient de voler en éclats et le niveau de violence actuel rappelle les pires années d’un conflit qui a fait 35000 morts entre 1986 et 2012. Comment a-t-on pu en arriver là?

J’avais consacré ma précédente chronique, rédigée au lendemain des élections, à l’analyse des perspectives qui en découlaient. La plus sombre était que le président Erdogan, qui ne dispose plus d’une majorité absolue, bloquerait la formation d’un gouvernement de coalition, et provoquerait un pourrissement de la situation afin d’organiser de nouvelles élections. C’est malheureusement ce scénario qui s’est réalisé.

Pour Erdogan, la priorité est de briser la dynamique du HDP qui a réussi à s’imposer comme une alternative crédible bien au-delà de sa base traditionnelle kurde. En obtenant un excellent score de 13%, il a remporté 80 sièges au Parlement alors qu’il n’en aurait eu aucun s’il était resté en-deçà du seuil de représentativité de 10% ; l’AKP,  le parti d’Erdogan, aurait alors disposé d’une majorité absolue. En oeuvrant pour la tenue de nouvelles élections, l’objectif du président turc est donc de faire perdre 3% au HDP. Pour cela, la reprise de la lutte armée par le PKK arrive à point nommé puisqu’elle place le HDP dans une situation très délicate : il ne peut condamner fermement le PKK sans s’éloigner de sa base kurde, et inversement.

Marginaliser le HDP

Pendant des années, Erdogan a été l’un des artisans du processus de paix, mais cette activité louable n’était pas dénuée d’arrières pensées. En échange des concessions faites aux Kurdes, l’AKP bénéficiait en effet au  Parlement d’un soutien tacite des forces kurdes. Mais Demirtas a mis fin à cette entente en attaquant frontalement les dérives d’Erdogan lors des dernières législatives.

Le processus de paix n’avait donc plus le moindre “intérêt” pour Erdogan. Au contraire, en le faisant voler en éclats, il pourrait marginaliser le HDP. Mais à l’heure où les combattants kurdes du PYD, très proches du PKK, sont le principal rempart contre l’Etat Islamique (EI) en Syrie et bénéficient à ce titre du soutien des Etats-Unis, la Turquie ne pouvait pas se permettre d’attaquer le PKK. Elle même sur la sellette en raison de son attitude complaisante à l’égard de l’EI, la Turquie devait se donner un peu de marge de manoeuvre, et a donc finalement accepté en juillet de rejoindre la coalition internationale contre l’EI. C’est en échange de ce ralliement qu’Erdogan a obtenu des “avancées” sur le dossier kurde. La première porte sur la création d’une “zone libre” le long d’une portion de la frontière entre la Syrie et la Turquie. Officiellement, il s’agit d’accueillir les réfugiés syriens, mais sa vraie fonction serait d’empêcher les Kurdes de Syrie de relier leurs deux principales enclaves. Un vrai cauchemar pour Erdogan : “Nous n’autoriserons jamais l’établissement d’une entité  kurde au nord de la Syrie. Quel que soit le coût, nous continuerons à lutter contre”.

Rappeler la Turquie à l’ordre

Grâce à un étonnant concours de circonstances, Erdogan a également pu négocier avec Washington le droit de bombarder les positions du PKK, en plus de celles de l’EI. Le 20 juillet, un attentat suicide contre une  manifestation pacifiste kurde faisait 32 morts. Le 22 juillet, le PKK tuait deux policiers turcs qu’il accusait de complicité dans l’attentat et fournissait par là-même le prétexte idéal à Erdogan pour lancer des représailles. Dans la soirée du 22 juillet, l’accord avec les Américains était scellé et, le 24 juillet, l’aviation kurde bombardait des cibles du PKK. Estimant que “le processus de paix [n’avait] plus de sens”, le PKK choisit alors de reprendre les armes, plaçant ainsi le HDP dans une position difficile. Dans un mémo adressé aux cadres de l’AKP, le vice-premier ministre turc jubilait : “Nous avons réussi à diviser le bloc de l’opposition ;  préparez-vous maintenant à des élections anticipées”.

La stratégie d’Erdogan fonctionnera-t-elle ? Ce n’est pas si sûr. Tout d’abord, la reprise du conflit kurde a un coût énorme – déjà 55 milliards de dollars selon un journaliste turc. D’autre part, la “zone libre” que souhaite Erdogan au nord de la Syrie reste assez hypothétique car, en pratique, seul le PYD serait capable de la contrôler. Enfin, le 8 août, Obama a recadré la Turquie qui montre bien plus de zèle à bombarder le PKK qu’à  combattre l’EI. Le 24 juillet, jour de son ralliement à la coalition contre l’EI, la Turquie a ainsi procédé à 300 frappes contre le PKK et seulement 3 contre l’EI!

Obama a recadré la Turquie
qui montre bien plus de zèle à bombarder
le PKK qu’à combattre l’EI.
Le 24 juillet, jour de son ralliement à la coalition contre l’EI,
la Turquie a ainsi procédé
à 300 frappes aériennes contre le PKK
et seulement 3 contre l’EI !

Avec un tel investissement a minima la Turquie ne convaincra pas les Etats-Unis d’abandonner ses alliés kurdes du PYD. Le PKK le sait parfaitement et demande aux Etats-Unis d’impulser un processus de paix à  l’irlandaise et de “rappeler la Turquie à l’ordre. Si l’Amérique continue de soutenir la politique de la Turquie, elle perdra les Kurdes. Et si l’Amérique perd les Kurdes, il lui sera difficile de vaincre l’EI”. C’est vrai, mais plus la liste des attentats du PKK s’allonge, plus il sera difficile aux Etats-Unis d’en faire un interlocuteur.

C’est un point que Demirtas a parfaitement compris qui demande au PKK de “retirer son doigt de la gâchette” et n’hésite pas à rendre visite aux familles des victimes du PKK, sans oublier bien sûr de s’en prendre  violemment à l’AKP : “Le seul parti qui veut bénéficier de l’utilisation des armes, c’est vous !».

Demirtas tient donc encore le cap. Et Ocalan ? Le leader emprisonné du PKK, artisan d’une récente refondation idéologique du mouvement est muet depuis quatre mois. Saura-t-il éviter à son organisation de retomber dans les travers militaristes qu’il a lui-même dénoncés ? Des milliers de vies en dépendent.

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