80 ans de conflit

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Jean-Louis Davant
Jean-Louis Davant
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FrankismoaLe 18 juillet 1936 j’avais à peine un an, donc je n’en garde aucun souvenir. Mais plus tard j’ai appris par ma mère que l’on entendait à Larrebieu le son du canon pendant plus d’une année. Où tonnait- il ? Le front de Biscaye est trop loin d’ici et il ne dura pas autant. Par contre Jaca est à 120 kilomètres par la route, comme Pampelune et Donostia (Saint Sébastien), mais plus proche que cette dernière à vol d’oiseau. Donc c’est le front d’Aragon qui se faisait entendre en Basse-Soule. Bientôt l’on verrait le camp de Gurs à 15 kilomètres de Larrebieu.

Si l’on arrête sa montre au 20 octobre 2011, au terme de la lutte armée d’ETA, cela fait 75 ans de violence politique au Pays Basque, car il y a une évidente continuité entre le déclenchement de la rébellion des généraux espagnols en juillet 1936 et le surgissement d’ETA dans les années 1950 ; et depuis l’arrêt définitif de l’activité militaire de la gauche basque, les Etats espagnol et français ont perdu cinq ans sans rien faire en faveur de la paix.

Certes le problème basque existait avant le franquisme, mais le combat nationalitaire était mené de façon non-violente par le PNB. Sous la dictature franquiste, ETA se levait dès 1952 sous le nom d’Ekin, puis prenait en 1958 son appellation définitive en manifestant son intention de passer à la lutte armée, avec pour objectif l’indépendance du Pays Basque : le premier heurt meurtrier avec la Guardia Civil se produira le 7 juin 1968 près de Tolosa, avec un mort de chaque côté.

Les fils des vaincus basques de la guerre civile reprenaient à leur façon le flambeau de la résistance nationale, et les filles ne tarderont pas à faire de même. ETA est le produit du viol exercé par le franquisme sur la majorité du peuple basque, je dis bien la majorité, non la totalité, car la Navarre et l’Alava se trouvèrent de gré ou de force dans le camp rebelle dès le jour du soulèvement des généraux, et il y avait aussi des minorités franquistes dans les deux provinces côtières.

Le franquisme finira vraiment quand la paix sera rétablie au Pays Basque : une paix qui ne soit pas seulement le silence des armes, déjà effectif, mais aussi l’égalité restituée aux perdants.

Le franquisme finira vraiment
quand la paix sera rétablie au Pays Basque:
non seulement le silence des armes, déjà effectif,
mais aussi l’égalité restituée aux perdants.

Pour le moment on n’en prend pas le chemin : le vainqueur pèse de tout son poids sur le vaincu. Près de cinq ans après l’adieu aux armes d’ETA, le gouvernement espagnol continue d’appliquer aux prisonniers politiques basques sa loi d’exception, comme si rien n’avait changé, et le gouvernement français le suit servilement sur ce terrain, y compris contre ses propres citoyens Esnal, Haramboure et Parot. Ce n’est pas la paix, mais la vengeance à perpétuité. On reste dans la continuité du franquisme qui, après sa victoire de 1939 sur les républicains, ne fit rien pour se réconcilier avec le camp opposé, mais au contraire s’acharna à l’écraser et à l’humilier en lui imposant brutalement la loi du plus fort. Toutes proportions gardées, on reste aujourd’hui dans le même schéma de gestion négative de la victoire.

La gestion positive consisterait à restituer l’égalité aux perdants, afin que la société basque – l’espagnole aussi d’ailleurs – ne reste pas divisée en vainqueurs et en vaincus. C’est de cette façon que se sont terminés durablement divers conflits à travers le monde : notamment ceux d’Afrique du sud et d’Irlande…

Si ces exemples ne suffisent pas, l’on peut aussi retenir la leçon des deux guerres mondiales : après 1918 l’arrogance des vainqueurs provoqua la revanche de 1940 ; au contraire après 1945 les vainqueurs aidèrent les vaincus à se relever et s’en firent avec le temps des amis fidèles.

Ici aussi l’intelligence devrait avoir le dernier mot. Il est temps que l’Espagne mette fin à sa loi d’exception, qu’elle revienne à la législation ordinaire, puis qu’elle s’applique, avec le concours de la France, à solder pour de bon la question des prisonniers et des exilés.

Le jour de leur libération marquerait véritablement la victoire de la paix avec la fin du franquisme. Pour autant le problème basque ne serait pas résolu, mais il pourrait être géré par des moyens normaux, sans risque de rechute dans l’explication sanglante.

Oui vraiment, 80 ans de conflit violent, ça suffit largement!

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