Vers la fin de la parenthèse balnéaire

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Peio Etcheverry-Ainchart
Peio Etcheverry-Ainchart
Formakuntzaz historialari eta lanbidez editore. Abertzaleen Batasunako kide eta Donibane Lohitzuneko Herriko Etxean hautetsi abertzalea.
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Erosion

Véritable institution qui rythme nos vies, le tourisme massif est pourtant une simple parenthèse, à l’échelle de notre histoire, qui pourrait bien se fermer à mesure que se résorbe le trait de côte. Et si, pour une fois, nous anticipions ce tourisme sans plage ?

Ça y est, ILS sont là. Non, je ne parle pas des extraterrestres, ni des moustiques, mais des touristes. Et chaque année à cette période, je ne peux m’empêcher de considérer cet afflux massif comme une parenthèse, certes à subir avec patience, mais de plus en plus près de se fermer, en tout cas dans sa forme actuelle. Je m’explique.

70 ans sur 18.000 !

Une parenthèse, cela s’ouvre et se ferme. En l’occurrence, au Pays Basque pris sous le temps long, cette évidence concerne un phénomène très récent. Pour plusieurs milliers d’années sans tropisme particulier hors des périodes de conquête militaire, nous n’avons commencé à connaître les migrations touristiques qu’à partir du milieu du XIXe siècle. Et encore n’étaient-elles limitées pendant longtemps qu’à quelques brochettes d’aristocrates attirés par les bains de mer et les casinos biarrots et luziens, plutôt l’hiver que l’été d’ailleurs.

Il a fallu attendre les Trente glorieuses et leur cocktail constitué de congés payés, de démocratisation des transports et notamment du train et de la voiture, et de la volonté étatique de spécialiser les littoraux en bronze-cul estivaux, pour commencer à subir notre situation actuelle.

A peine 70 ans donc que cette parenthèse s’est ouverte, mais conditionnant à un tel niveau nos modes de vie qu’en plus d’être pesant à supporter, cela nous donne l’impression qu’il en a toujours été ainsi.

Loin de moi, toutefois, l’idée de porter sur ce phénomène un regard manichéen et caricaturé. Il serait trop facile de ne percevoir que comme une guigne cette situation qui est la rançon des atouts extraordinaires de notre petit pays, à commencer par ces attraits naturels qui inspirèrent à je-ne-sais-quel génie palois la jubilatoire formule “ici les Pyrénées sont atlantiques”. Quel caprice d’enfant privilégié que de cracher trop facilement sur une bénédiction : celle de vivre au quotidien là-même où tant d’autres voient le lieu de vacances qui leur permet de s’évader d’un quotidien parfois si morne… Vu d’ici aussi, on ne saurait cracher sur des activités touristiques ou para-touristiques dont les revenus nous assurent une qualité de vie, des infrastructures ou de services publics à la fois variés et de qualité.

Répétons-le, ce n’est pas le tourisme en soi qui pose problème à ce pays, mais la place envahissante qu’on lui accorde au détriment des autres activités ; les conflits d’usage de l’espace qu’il génère ; l’inflation des prix qu’il induit sur certains biens vitaux comme le logement ; les déséquilibres qu’il entraîne dans la vie quotidienne de ses habitants entre thrombose estivale et atonie hivernale ; sans parler des effets délétères sur la culture en général et l’euskara en particulier, au mieux affadis par le folklore, au pire sacrifiés sur l’autel de l’utilitarisme. Une question d’aménagement du territoire à remettre sur le métier, donc, avant que la parenthèse ne se referme sur le nez de tout le monde.

La fin de la plage

Car il me semble que le tourisme – en tout cas le tourisme balnéaire – est bel et bien en sursis. Il est en effet une évolution quasi imperceptible à l’oeil nu mais à l’oeuvre depuis plusieurs décennies, que les plus âgés peuvent appréhender en faisant un petit effort de mémoire sur ce qu’étaient les plages de leur enfance, leur taille de plus en plus réduite, l’élévation des laisses de haute mer entraînant parfois la disparition de certains alignements de tentes. D’autres pourront observer les anciennes cartes postales, dont certaines étaient déjà aériennes, et constateront aisément ce recul des plages. Ils pourront encore consulter des sites scientifiques confirmant ces tendances. On le sait, le réchauffement climatique entraîne une élévation du niveau des eaux qui ira s’amplifiant, aggravant le recul du trait de côte partout sur nos littoraux et à moyen terme menaçant les plages elles-mêmes. A-t-on intégré ce signal ? Nous nous désespérons assez régulièrement de l’irresponsabilité générale face à cette urgence pour ne pas y revenir encore ici. Mais le cas des stations balnéaires du Pays Basque est parfois caricatural.

Le réchauffement climatique entraîne
une élévation du niveau des eaux qui ira s’amplifiant,
aggravant le recul du trait de côte partout sur nos littoraux
et menaçant les plages elles-mêmes.
A-t-on intégré ce signal ?
Nous nous désespérons assez régulièrement
de l’irresponsabilité générale face à cette urgence
pour ne pas y revenir encore ici.
Mais le cas des stations balnéaires du Pays Basque
est parfois caricatural.

Il n’est que d’évoquer une nouvelle fois Saint-Jean-de-Luz et son désormais fameux méga-parking sous-terrain en plein centre-ville: plus encore que dans les risques de submersion, avérés ou pas, c’est dans les logiques ostensiblement archaïques de circulation et de stationnement automobile qu’il est désespérant ; prime au dictat commerçant et touristique. Même incurie dans la prolifération des food-trucks, beach-clubs et autres guinguettes, en totale illégalité même sur des espaces naturels fragiles, ou dans celle des résidences secondaires qui contraignent à consommer toujours plus de foncier pour produire du logement dont on ne manque pourtant pas. En j’en passe, parmi tous les effets écologiquement délétères du diktat touristique.

Anticiper l’après-plage

Une révolution copernicienne à effectuer donc, dans nos espaces littoraux touristiques, ou à défaut – voire en parallèle car je crains que nous n’ayons plus le choix – une réflexion prospective à lancer dès à présent sur l’économie touristique “après la plage”, c’est-à-dire anticipant sur cette période prochaine (dans 50-60 ans ?) à laquelle il faudra bien trouver un substitut aux bains de mer, aussi attractif que ces derniers si l’on veut conserver “nos” touristes. Espérons tout de même que dans l’aspiration de cette vaste réflexion nous saurons aussi revenir sur les dérives des temps, pour lors peut-être déjà révolus, du tourisme balnéaire, afin de ne pas les réitérer. Au moins, alors, la “parenthèse balnéaire” n’aura pas été qu’un vaste tiroir-caisse et aura apporté quelque enseignement…

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