
Alors que le préfet devrait faire remonter les besoins du territoire et contribuer à lever les blocages pour faire avancer les dossiers, depuis plus d’un an, Jean-Marie Girier ne donne pas suite à de nombreux appels et courriers des trois députés du territoire, suscitant le sentiment d’un mépris du pouvoir central à l’égard des élus et des habitants.
Arrivé quatre mois après l’élection de Peio Dufau, le préfet Jean- Marie Girier entretenait avec ce dernier des échanges cordiaux, laissant présager un travail serein dans la continuité de son prédécesseur. Pourtant, hors des rencontres publiques et cérémonies officielles, au climat courtois et respectueux, la réalité est apparue plus complexe. Silences, réponses tardives et difficultés à avancer ensemble se sont accumulés, au point de ne plus relever de simples incidents.
Politique du silence
Premier constat, et non des moindres : l’absence régulière de réponse. Depuis un peu plus d’un an maintenant, Peio a accumulé messages, appels et courriers restés sans suite, malgré plusieurs relances. Même chose pour les deux autres députés du Pays Basque Iñaki et Colette, alors que l’agenda public du préfet révèle régulièrement des repas avec des parlementaires et élus plus à droite sur l’échiquier politique.
Et ce silence se répète même lorsque la démarche est collective : le 3 octobre 2025, quatre parlementaires du Pays Basque ont demandé une réunion de travail sur les dossiers de rentrée, sans réponse malgré une relance.
Comment le représentant local de l’État français, garant de sa République sur le territoire, peut-il ignorer ainsi un élu qui en est pourtant l’émanation ? Une attitude peu orthodoxe pour quelqu’un si attaché à rappeler aux abertzale les exigences républicaines. Ce traitement peut être perçu comme un mépris à l’égard des élus et des habitants, accentuant le fossé ressenti par les territoires vis-à-vis du pouvoir centralisé.
Manque de coopération
Pourtant, le préfet pourrait être un véritable facilitateur. Dans un État très centralisé, son rôle devrait être de faire remonter les besoins du territoire, de défendre ses spécificités auprès de l’administration centrale et de contribuer à lever les blocages administratifs. Dans les faits, c’est souvent davantage une logique de contrôle que d’accompagnement qui domine. Le contrôle de légalité est souvent utilisé pour contester des décisions locales, jusque dans des choix symboliques comme les noms de ronds-points à Senpere ou Larresoro, jugés trop basques pour les autorités préfectorales.
Sur le choix des priorités, on ne peut que regretter que les moyens mobilisés sur les questions migratoires ne le soient pas davantage sur les préoccupations quotidiennes des habitants, comme le logement et la fraude à la résidence principale. Pour faire avancer ce dossier de fraude, qui pénalise doublement les finances des communes, Peio Dufau a dû intervenir à plusieurs reprises au niveau législatif et engager un rapport de force avec le gouvernement pour finalement obtenir la mise en place d’une convention de partenariat entre la Direction départementale des finances publiques et la Communauté d’agglomération Pays Basque.
Une situation qui aurait pu être traitée depuis longtemps à l’échelle locale, avec le bon vouloir des services déconcentrés, a finalement dû être portée au niveau législatif puis dans un rapport de force avec le gouvernement. Ce détour interroge la volonté politique de Pau à répondre aux besoins du territoire, et donne le sentiment d’une énergie dépensée en pure perte.
“C’est souvent davantage
une logique de contrôle
que d’accompagnement qui domine.
Le contrôle de légalité
est souvent utilisé
pour contester des décisions locales.”
Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Peio a invité maires et préfecture autour de la table pour trouver des solutions ensemble : les services de Pau étaient absents. Même politique de la chaise vide pour les réunions organisées l’été dernier sur la crise sanitaire des éleveurs. En revanche, lorsqu’il s’agit de réunions à l’initiative de la préfecture, il est rare de recevoir une invitation ou d’être consultés sur des projets structurants où le rôle des députés pourrait pourtant être bien utile. Sur le projet de SERM de transport du quotidien par exemple, Peio n’a été ni invité ni consulté, malgré une expertise ancienne et un suivi attentif du projet de loi-cadre sur les transports à l’Assemblée. Finalement, ce sont les habitants qui sont les premiers à pâtir de ce manque d’action concertée.
Passage éphémère
Le Pays Basque garde la mémoire de ces visages éphémères de l’État français : ceux qui ont freiné ou ignoré les réalités locales, mais aussi ceux qui ont permis d’avancer, comme le préfet Éric Morvan, qui avait soutenu les Artisans de la paix, ou encore l’actuel ministre de l’Intérieur Nuñez, dont le passage comme sous-préfet avait laissé un souvenir constructif auprès des acteurs du territoire. Avant une prochaine nomination, il reviendra à Jean-Marie Girier de définir le souvenir qu’il souhaite laisser de son passage éphémère au Pays Basque, terre de culture millénaire.
