
Coline Amaia Dolharé Sénac a grandi au Pays Basque avant d’émigrer au Québec. Elle est professeure en communication organisationnelle à l’Université TÉLUQ (université d’enseignement à distance affiliée au réseau de l’Université du Québec) et est l’une des membres fondatrices du collectif Iparraldeko kolektiboa, qui vise à promouvoir le Pays Basque nord au Québec.

Du 16 juin au 8 septembre, le musée de l’Îlot des Palais à Québec a présenté une exposition collective sur Iparralde. Centrée sur le film Bizkarsoro de Josu Martinez, elle proposait une vision nuancée d’Iparralde visant à déconstruire les clichés véhiculés par les cartes postales. Elle présentait une riche collection d’archives, de témoignages et de photographies qui explorent les enjeux linguistiques, culturels, sociaux et environnementaux contemporains de la région.
En juin, un documentaire a été tourné en Iparralde pour explorer l’écosystème dynamique d’associations, de collectifs et de coopératives qui animent la société civile basque. Plusieurs organisations ont été filmées de l’intérieur afin de mieux comprendre les actions quotidiennes de leurs membres pour faire monde commun : le Conseil de Développement du Pays Basque, Bizi!, Alda, Eraiki, Euskal Moneta, Enargia, I-Ener, Aupa, Euskal Kultur Erakundea, Euskal Herriko Laborantza Ganbara, Euskal Herria Zuzenean, Artisans de la paix et Plazara. Chacune de leurs initiatives contribue à la construction d’un avenir où la souveraineté territoriale se cultive, se fabrique et se mesure en kilowattheures produits localement, en eusko circulant sur le territoire et en fermes biologiques en activité.
“En juin, un documentaire a été tourné en Iparralde pour explorer l’écosystème dynamique d’associations, de collectifs et de coopératives qui animent la société civile basque.”
Ensemble, ces organisations ne cherchent pas à s’emparer du pouvoir par les institutions ; elles le créent par leurs actions concrètes. Euskal Moneta émet l’Eusko, une monnaie locale dont le volume en circulation atteint environ cinq millions d’euros. Utilisée dans les commerces de proximité, elle oriente la consommation vers le territoire et freine la fuite de capitaux. Enargia, une coopérative énergétique, fournit de l’électricité issue de sources renouvelables à près de six mille foyers, réduisant ainsi la dépendance aux grands opérateurs nationaux. Euskal Herriko Laborantza Ganbara accompagne l’installation de centaines de fermes en agriculture paysanne, défendant un modèle agricole respectueux des sols et des savoir-faire locaux face à l’agriculture industrielle. Alda milite pour un plafonnement des loyers afin de contenir une crise du logement aggravée par la spéculation immobilière, particulièrement visible sur la côte basque. Bizi! œuvre sur les fronts environnementaux et sociaux, tandis que Plazara renforce l’usage du basque dans la vie quotidienne. Euskal Kultur Erakundea joue un rôle central dans la promotion d’une culture basque vivante, qui se transmet à travers des fêtes populaires.
“Nos expériences respectives, de chaque côté de l’Atlantique, influencent nos réflexions sur la manière académique, créative et pratique de penser l’évolution d’un territoire à travers les actions quotidiennes de ses habitants.”
De ces deux projets, l’exposition et le documentaire, est né Iparraldeko kolektiboa, un collectif d’une trentaine de personnes et d’une dizaine d’organisations qui vise à promouvoir le Pays Basque nord au Québec. Nos expériences respectives, de chaque côté de l’Atlantique, influencent nos réflexions sur la manière académique, créative et pratique de penser l’évolution d’un territoire à travers les actions quotidiennes de ses habitants. Ce que le collectif Iparraldeko kolektiboa souhaite partager au-delà des frontières européennes, c’est ce réseau d’organisations, de collectifs et de citoyens qui animent la société civile basque. Tous les projets qui vont être réalisés permettront d’alimenter cette réflexion, en tissant des liens durables entre deux rives de l’Atlantique qui partagent bien plus que l’océan : une aspiration commune à envisager de nouvelles formes de souveraineté territoriale.

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