Recréer le sentiment de faire communauté

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Dès le lendemain de l’Assemblée fondatrice d’Alda, les premiers bénévoles allaient sur le terrain.

Dès le lendemain de l’Assemblée fondatrice d’Alda, les premiers bénévoles allaient sur le terrain.

Dès septembre dernier, Enbata avait annoncé la création d’un nouveau mouvement se donnant comme objectif de travailler avec et au sein des milieux et quartiers populaires du Pays Basque nord. Nous faisons aujourd’hui un point d’étape avec la toute nouvelle association Alda qui n’a pas chômé depuis son assemblée générale fondatrice le 10 octobre 2020, en interviewant ses deux co-président·e·s Xebax Christy et Malika Peyrault.

L’association Alda, née début octobre, a maintenant plus de six mois d’existence. Quel premier bilan tirez vous de cette période ?

Malika : Les membres d’Alda se sont réunis en ligne début février pour une assemblée visant précisément à faire le bilan des quatre premiers mois d’existence, qui ont été marqués par un mois et demi de confinement, puis un couvrefeu à 18 heures… Autant dire qu’il y a plus simple comme contexte pour lancer un mouvement ! Malgré ça, on ne peut pas dire qu’Alda a sombré dans la paralysie, au contraire. Dès le lendemain de l’assemblée fondatrice du 10 octobre, les premiers bénévoles allaient sur le terrain pour entamer une vaste enquête de rue intitulée “Et si ça changeait ?”. L’objectif: commencer par rencontrer les habitants des quartiers pour les écouter. Problèmes personnels, difficultés dans le quartier, mais aussi perspectives, aspirations, désirs d’amélioration : pendant un moment, sur les trottoirs, dans les parcs, à la sortie des commerces, nous ouvrons une parenthèse avec celles et ceux dont la voix est trop souvent ignorée et recueillons ce qu’ils ont à dire. Même si le deuxième confinement a interrompu ce travail pendant plusieurs semaines, les bénévoles d’Alda ont déjà réalisé plus de 400 enquêtes dans la rue. En parallèle, nous avons continué de rencontrer les responsables associatifs, travailleurs sociaux, éducateurs, profs, avocats, qui travaillent dans les quartiers et avec les milieux populaires, dans l’optique de mieux comprendre les dynamiques dans les quartiers, les besoins exprimés, les initiatives menées.

Xebax : C’est d’ailleurs à partir de ces enquêtes et de toutes ces rencontres qu’a commencé à se dessiner le premier numéro du journal Alda, qui est sorti le 15 janvier. Faire entendre la voix de ceux qu’on n’entend pas et parler de la réalité concrète des quartiers : voilà tout l’objectif de ce trimestriel de huit pages dans lequel on parle aussi bien d’initiatives comme celle de l’association Maillâges qui crée des cohabitations solidaires entre des personnes âgées désireuses de rester à leur domicile et des personnes en difficulté pour trouver un logement, que de la disparition des commerces et services dans les quartiers, du combat des habitants du Polo-Beyris pour conserver leur Poste ou du parcours du musicien Mohammed Boujalal, de la ZUP de Bayonne. Mais, au-delà du contenu, ce qui nous intéressait dans l’idée du journal c’était qu’il crée du lien direct et des échanges. C’est d’ailleurs pour ça que nous ne nous contentons pas de le déposer dans les boîtes aux lettres des immeubles mais que les bénévoles distributeurs qui ont sillonné les quartiers sont montés à chaque palier pour que tout le monde reçoive un exemplaire sur son paillasson ! Et pour l’instant, ça marche : les gens nous interpellent dans la rue, nous appellent, nous écrivent, pour nous faire part de sujets qui les touchent ou juste donner leur avis.
Entre les enquêtes, le journal, la poursuite de l’analyse des quartiers, la constitution progressive d’un réseau de bénévoles, ces premiers mois d’existence ont permis de placer des jalons et, même si le contexte sanitaire est évidemment un frein majeur, les conséquences de la crise économique et sociale qui se profilent confirment la nécessité de construire dès aujourd’hui un mouvement de réappropriation des droits et de défense des quartiers et milieux populaires.

Des retours positifs après la diffusion de 20 000 exemplaires du premier journal Alda.

Des retours positifs après la diffusion de 20 000 exemplaires du premier journal Alda.

Justement, comment percevez-vous la réalité vécue par les quartiers en ce moment ?

Malika : Ce dont on peut témoigner à partir des discussions que l’on a avec les habitants, des retours faits sur le journal et des rencontres avec les acteurs des quartiers, c’est d’abord la confirmation que la précarité ne se définit pas que par un faible revenu mais bien par l’érosion d’un tissu social et l’exclusion et la marginalisation progressives des gens de tout ce qui permet de constituer un filet de sécurité pour mieux faire face aux chocs. À côté de ça, on observe plusieurs tendances, comme par exemple la disparition des commerces et des services publics dans les quartiers. À Habas la Plaine, qui compte près de 2.500 habitants, l’unique bar-tabac-épicerie pourrait être amené à fermer. S’il y a bien une nouvelle épicerie qui a ouvert au début de l’année, la disparition potentielle de ce lieu qui n’est pas qu’un commerce mais aussi un espace de convivialité, contribuerait au délitement des espaces où peut s’entretenir le lien social. Au Polo-Beyris, c’est contre la fermeture de la Poste que se battent les habitants depuis l’été, et en défendant le maintien des services publics de proximité, c’est aussi et surtout le droit à habiter dans des quartiers vivants qu’ils prônent, des quartiers où il ne faut pas prendre la voiture pour le moindre besoin et où on peut se croiser et se rencontrer au hasard d’une course. Or, et ça s’observe un peu partout, les quartiers de Bayonne évoluent de plus en plus vers des cités dortoirs, où la vie sociale est réduite à peau de chagrin. Une situation rendue d’autant plus insupportable dans le contexte d’isolement longue durée dans lequel nous plongent les mesures sanitaires et la distanciation sociale.

L'enquête populaire menée par Alda dans les quartiers de Bayonne.

L’enquête populaire menée par Alda dans les quartiers de Bayonne.

Xebax : Ce qui ressort également des discussions, c’est le déclassement de certains quartiers qui pouvaient être autrefois relativement agréables, mais sont aujourd’hui de plus en plus dégradés…sans que rien ne soit réellement fait. On nous fait ainsi remonter des problèmes de précarité énergétique, d’habitats vétustes, d’espaces collectifs dégradés, et les gens ressentent ce sentiment de déclassement. Enfin, il n’y a pas un quartier où n’est pas mentionnée l’absence de lien social. Un phénomène qui va de pair avec la disparition des services et l’abandon des quartiers : aujourd’hui il n’y a quasiment plus d’espaces de convivialité, de vivre ensemble, où les habitants pourraient se réapproprier l’espace collectif plutôt que leur quartier ne se transforme en lieu figé.

Concrètement, que va faire Alda par rapport à ces constats ?

Malika : Le positionnement d’Alda est très clair: il ne s’agit pas de se substituer à toutes les initiatives menées par les associations existantes, les acteurs locaux et les travailleurs sociaux, mais bien d’en être les alliés et de les compléter. Pour ça, l’objectif est de proposer un nouvel objet de mobilisation, revendicatif, qui passera par le fait de recréer le sentiment de faire communauté, de retrouver confiance dans notre capacité collective d’agir, et de se réapproprier les outils de la lutte. Mais ça se construit petit à petit et la première démarche est avant tout d’aller à la rencontre des gens et de les écouter. C’est d’ailleurs comme cela que l’on peut identifier les premières batailles à enclencher.

Xebax : Alda entend également créer des ponts, un va et vient permanent entre les milieux et quartiers populaires d’Iparralde et le mouvement abertzale, les dynamiques de construction du Pays Basque de demain : se faire les ambassadeurs quotidiens des alternatives concrètes solidaires ou écologiques, de la richesse culturelle et sociale du mouvement basque dans les quartiers populaires et dans le même temps, constituer une porte d’entrée pour les classes populaires vers le projet Euskal Herri burujabe. Trop souvent des habitants des milieux populaires se sentent de plus en plus abandonnés par l’État providence en voie de démantèlement, donc en quelque sorte abandonnés par “la France”, et pour autant, ils ne se sentent pas chez eux en Pays Basque alors même qu’ils vivent en Iparralde. Intégrer qu’eux également constituent Euskal Herria est à la fois une réponse à une partie de leurs problèmes et de leurs besoins; et un apport précieux à la construction de cette communauté basque, ouverte, diverse, solidaire et soutenable que nous appelons de nos voeux.

Alda entend créer des ponts,
un va et vient permanent
entre les milieux et quartiers populaires d’Iparralde
et le mouvement abertzale.

Quelles sont les prochaines étapes pour Alda ?

Xebax : Nous avons décidé de prolonger l’enquête de plusieurs mois, car nous nous rendons compte de la richesse des témoignages qui nous sont apportés, et n’avons que des retours positifs des gens qui apprécient d’être écoutés. Nous allons aussi ouvrir une permanence à la ZUP, à la place des Gascons, qui sera un lieu où les membres d’Alda pourront se réunir et travailler, et où les gens pourront nous rencontrer. Nous mettons en place peu à peu des outils qui permettent de recréer le sentiment de communauté : par exemple une boucle d’entraide sur Facebook qui favorise l’échange gratuit de biens et de services entre membres d’Alda. Nous continuons le travail de recrutement, d’organisation et de formation interne avec comme objectif d’être prêts à lancer des dynamiques d’organisation collective plus larges, quartier après quartier, dès la prochaine rentrée, dans une situation sanitaire qui, nous l’espérons, permettra davantage qu’aujourd’hui ce que cela suppose en termes de relations de proximité avec les gens, de réunions et de rassemblements publics.

Malika : Et, à côté de ce que nous prévoyons, nous restons surtout attentifs à la période actuelle et à ses évolutions. La réponse néolibérale à la crise, qui a déjà montré l’extrême imprévoyance du gouvernement et son manque de volonté de faire un pas de côté et repenser intégralement le système, risque d’être extrêmement brutale. Plus que jamais, nous devons nous organiser pour résister collectivement. D’ailleurs, pour ça, tout le monde est invité à nous rejoindre, soit en adhérant pour soutenir notre action soit en devenant bénévole en s’inscrivant sur notre site alda.eus. Et dans l’immédiat, nous recherchons des bénévoles pour diffuser le journal Alda : qu’on ait juste une heure ou un peu plus tous les 3 mois, on peut s’inscrire auprès d’Alda ([email protected] ou au 07 78 99 62 84), seul ou à deux, et on peut choisir le quartier, le pâté d’immeubles ou la rue où l’on veut le distribuer. Nous voulons constituer un réseau d’au moins 100 volontaires pour diffuser régulièrement ce journal des quartiers populaires sur pas moins de 20.000 appartements bayonnais!

Nous voulons constituer
un réseau d’au moins 100 volontaires
pour diffuser ce journal des quartiers populaires
sur pas moins de 20.000 appartements

Un réseau de diffuseurs du journal Alda sur tous les quartiers de Bayonne.

Un réseau de diffuseurs du journal Alda sur tous les quartiers de Bayonne.

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