Quand Brisson défend le G7

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Enbata – Parallèlement au G7, Peio Etcheverry-Ainchart croise le fer dialectique avec le sénateur Max Brisson sur le terme “grande démocratie”. Chacun est dans son rôle, l’un élu de droite, l’autre élu de la gauche abertzale… Savoureux !

Max Brisson occupe dans l’échiquier politique une position relativement paradoxale pour un abertzale. En ce qui me concerne, si je me replonge dans mes jeunes années militantes, durant les années 1990, je me souviens qu’il représentait la quintessence de ce contre quoi nous étions censés nous battre : figure du RPR puis de l’UMP, viscéralement hostile à toute évolution allant dans le sens des revendications abertzale, je me souviens même d’un débat télévisé où il affirma à Xabi Larralde –alors porte-parole d’Abertzaleen Batasuna– “Je suis contre un département basque justement parce que vous, vous êtes pour”. Et puis ces dernières années, tout en étant resté un adversaire résolu dans de nombreux domaines, voilà qu’on se retrouve dans les mêmes dynamiques en faveur de la Communauté Pays Basque, du processus de paix, et même en partie sur le dossier linguistique. Chemin de Damas, calcul politique ? J’aime à penser – peut-être par candeur mais à tout prendre je préfère cela qu’une méfiance constante et parfois injuste – que chez quiconque l’honnêteté intellectuelle est la première raison qui guide les choix, à défaut d’être la seule, et je pense Max Brisson à la fois intelligent et sincère, tout animal politique qu’il soit. Ceci étant dit, il y a vraiment des fois où la mauvaise foi prend le dessus, y compris chez lui.

“Normal que les grandes démocraties se rencontrent entre elles”

Ainsi à l’occasion d’une entrevue accordée à Mediabask* le 21 août dernier au sujet du G7, dès l’amorce de l’entretien et après avoir défendu les vertus d’un multilatéralisme “à l’américaine” sur lequel il y aurait déjà beaucoup à dire, il assène que “le G7 est la réunion des grandes démocraties du monde”. Résumée ainsi, la phrase est plaisante : les gentils s’entendent entre eux pour préserver le monde des méchants, cela ressemble à un synopsis de comics américain. Seulement, qu’est-ce qu’une démocratie, a fortiori une “grande démocratie” ? Je ne souhaite évidemment pas entrer ici dans le débat de la définition exacte du concept, cela me dépasse et ce débat n’est de toute manière pas près d’être clos. Je passe aussi rapidement sur une remarque d’ordre anthropologique, soulignant le fait que la définition retenue par la plupart des gens ici –Max Brisson comme vous et moi– n’est jamais issue “que” d’une longue évolution des idées en Europe occidentale et aux États-Unis (eux-mêmes engendrés par des colons imprégnés de cette civilisation européenne), mais que les nombreuses autres civilisations d’Asie ou d’Afrique n’ont guère la même vision des rapports humains et de pouvoirs, ou n’ont intégré la nôtre que du fait d’une profonde colonisation occidentale. N’est démocrate que celui que les occidentaux considèrent comme tel, source évidente de malentendus avec des partenaires diplomatiques tels que les Russes ou les Chinois, que Max Brisson trouve à raison “antidémocratiques” selon nos critères, mais critères qu’eux (re)connaissent aussi peu que les autres traits de civilisation qu’ils considèrent comme étrangers aux leurs. Si Max Brisson était né à Vladivostok ou Chengdu, quelle idée aurait-il de la démocratie, si tant est qu’il connaisse même ce terme d’origine grecque?

Sept Etats démocratiques ?

À supposer qu’il y ait des États objectivement antidémocratiques avec lesquels il serait impossible de se réunir de manière légitime –encore que Max Brisson semble le “tolérer” dans le cadre de l’instance plus élargie qu’est le G20–, n’y a-t-il donc que sept États dans le monde à représenter le monde démocratique ? Question redoutable quand on mesure le fait qu’une démocratie, même selon nos critères occidentaux, n’est pas un organisme figé mais une dynamique constante. Une dynamique au regard de sa définition elle-même : la France se considérait déjà comme une démocratie il y a 100 ans mais les femmes, par exemple, n’y votent que depuis 70 ans et espérons que l’avenir apportera d’autres avancées qui jetteront sur l’“objective démocratie actuelle” un sombre voile d’archaïsme. Une dynamique au regard de l’application de ses principes : l’Histoire est loin de n’être que progrès et selon les régimes en place, les États considérés par Max Brisson comme démocratiques ont une image plus ou moins convaincante ; il suffit d’observer l’évolution de l’Italie ou des États-Unis en certains domaines. Quand des États commencent-ils ou cessent-ils donc d’être des démocraties ? N’y a-t-il pas plutôt divers degrés d’avancement mais dans des domaines et selon des points de vue si variés que toute hiérarchisation paraît vaine ? À chacun son avis, mais en ce qui me concerne je ne vois pas en quoi la Suède ou la Nouvelle-Zélande seraient moins légitimes à siéger au G7 que les États-Unis.

Je pense Max Brisson à la fois intelligent et sincère,
tout animal politique qu’il soit.
Ceci étant dit, il y a vraiment des fois où
la mauvaise foi prend le dessus,
y compris chez lui…
Encore un “machin” comme aurait dit son mentor,
le général de Gaulle.
Ce qui justifie le G7 c’est un mélange
équivoque de “démocratie” et de “grandeur”.

“Grandes démocraties”

Évidemment, Max Brisson répondra que s’il s’agit de réunir l’ensemble du monde démocratique, il faudra créer autre chose que le G7, que le G20 bien sûr, et a fortiori que l’ONU. Encore un “machin” comme aurait dit son mentor, le général de Gaulle. Non, ce qui justifie le G7 c’est un mélange équivoque de “démocratie” et de “grandeur”.

Déjà difficile de définir la démocratie… mais alors la grandeur ?! Max Brisson cherche à donner mauvaise conscience aux opposants au G7 en agitant le chiffon rouge de la “paix mondiale”, censée être assurée par les “grands de ce monde”. Mais non seulement on n’a jamais réussi à garantir la paix ni au G7 (ni d’ailleurs à l’ONU, ce qui est plus grave encore), mais surtout l’objectif réel du G7 est loin d’être celui-là. Ne cachons pas les intérêts du marché libre triomphant derrière ceux de la paix ou de la planète. D’aucuns, tournant moins autour du pot, avouent qu’il s’agit bel et bien de la réunion des “pays les plus riches”, ce qui a le mérite de la clarté. Dans la richesse réside donc le fond de la question, et nous ramène à tous les débats soulevés par le contre-sommet tenu en marge de l’événement biarrot. En tant qu’abertzale de gauche, nous sommes donc dans notre rôle d’opposants à ce genre de sommet. Max Brisson est également dans son rôle d’élu de droite, mais encore faudrait-il que sur ce coup-là il ne cherche pas à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Il vaut certainement mieux que ce sommet… de mauvaise foi.

*Texte écrit avant l’ouverture officielle du G7.

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2 thoughts on “Quand Brisson défend le G7

  1. “durant les années 1990, je me souviens qu’il représentait la quintessence de ce contre quoi nous étions censés nous battre”………… Max Brisson n’a pas changé, il suffit pour le comprendre de suivre son compte Twitter et ses interventions à Paris. Il s’adapte juste à des fins électorales en Euskal Herri…
    Tout comme le Modem Jean-Réné Etchegaray qui poursuit à Bayonne le travail de Grenet, à savoir une gestion patrimoniale, mercantile, clientéliste, touristique, fondée sur la corrida, la gentrification et les fameuses fêtes bien franchouttes. Et son refus d’accueillir le contre-sommet du G7.

    Urteetan zehar, gezurra eta irabazten dute. Ez duzie ikusi ?

  2. Dans les démocraties et à fortiori dans les”grandes”,l’usage est que l’émotion suscitée par une prise de position ou un discours prédomine sur le fond et les idées..Il faut donc une part de ruse et de mystification de nos politiques pour parvenir à leurs fins élctoralistes.Gageons que pour la ruse personne ne sera dupe des nouvelles positions de Brisson, et pour le mythe,ca fait bien longtemps qu’il n’est plus…

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