Michel Feltin-Palas (“Sur le bout des langues”)
Jean-Michel Blanquer est sans doute la personnalité la plus détestée par les amoureux des langues dites régionales.
Il y a donc longtemps que je souhaitais le rencontrer afin de mieux comprendre d’où viennent les blocages français en la matière.
Son argument principal ? Selon lui, “derrière les langues régionales, il y a des indépendantistes corses, basques ou bretons. Ils existent et misent sur l’éducation car ils raisonnent à long terme. ”
Et il ajoute : “Les régionalistes pensent toujours à l’étape suivante. En fait, il s’agit d’une stratégie comparable à celle des islamistes. Les frères musulmans misent sur les écoles coraniques car ils ont le temps devant eux.”
Cette comparaison m’a paru évidemment largement exagérée. Mais il agit en faveur d’un idéal qu’il présente ainsi : ” Notre société est suffisamment fragmentée pour ne pas créer des écoles où les citoyens n’auront plus la même République à l’esprit. Moi, je m’inscris dans la tradition républicaine, et je suis attentif à ce que la République reste indivisible. Mon objectif est l’unité du pays.”
L’ancien ministre de l’Education nationale, je n’en doute pas, est sincère. Il n’empêche : de mon point de vue, il généralise une tendance ultra-minoritaire. Même l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni n’a pas été élu à l’Assemblée de Corse, ce qui veut dire que la grande majorité des amoureux de la langue corse ne sont pas indépendantistes.
Cette situation est encore plus vraie ailleurs. La seule chose que souhaitent les défenseurs du breton, du créole martiniquais ou de l’alsacien, c’est voir la France prendre en faveur de ces langues des mesures efficaces qui leur permettent de continuer à vivre à côté du français. C’est tout.
Mais l’argument ne convainc pas l’ancien ministre. Certes, il l’admet : “tous les amoureux des langues régionales ne sont pas indépendantistes”. Mais, selon lui, “les modérés ne sont pas organisés et n’ont pas de stratégie. Ils vont se faire manipuler par les durs qui, eux, sont déterminés et ont une stratégie à long terme.”
Et il reprend sa comparaison. “Oui, les régionalistes sont exactement comme les islamistes. Nous connaissons tous des musulmans très républicains, mais ceux-là risquent de se faire manipuler par les extrémistes. C’est le propre des minorités agissantes : elles finissent par s’imposer.”
D’une certaine manière, cela me rend optimisme. Car si le seul argument des adversaires des langues minoritaires de France est celui-là, il relève en grande partie du fantasme. Et il suffit d’aller sur le terrain pour le constater.
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