Nouvelle-Calédonie, référendum pour rien

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David Lannes
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Largement boycotté par les indépendantistes, le dernier référendum d’autodétermination ne clôt pas les accords de Matignon, mais relance vers de nouvelles voies la question de la souveraineté du peuple Kanak.

Pour Macron, la chose est entendue, le résultat du troisième référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie a confirmé, le 12 décembre dernier, “la volonté exprimée par la majorité des Calédoniens de rester dans la République et dans la Nation française”. Certes, le score du “non” à l’indépendance a été sans appel (96%), mais avec une abstention de 56% des inscrits, seuls 40% des électeurs ont rejeté l’indépendance. Cette abstention très forte, surtout si on la compare à celle des deux premiers référendums de 2018 et 2020 (19% et 14,3% respectivement), témoigne d’une très forte adhésion du camp indépendantiste à la consigne de non-participation donnée par le FLNKS.

Sans participation du peuple colonisé, ce référendum d’autodétermination perd de sa crédibilité et même Sébastien Lecornu, ministre des outre- mer, a dû reconnaître que cette abstention “veut politiquement dire quelque chose”. C’est pour avoir ignoré ce “quelque chose” et forcé la tenue du référendum malgré l’opposition des indépendantistes que le gouvernement a plongé l’archipel dans l’incertitude politique.

Sans participation du peuple colonisé,
ce référendum d’autodétermination
perd de sa crédibilité
et même Sébastien Lecornu
a dû reconnaître que cette abstention
veut politiquement dire quelque chose”.

Dès le début, les indépendantistes souhaitaient organiser ce troisième et dernier référendum prévu par les accords de Noumea en automne 2022, afin que la campagne ne soit pas parasitée par les présidentielles françaises.

L’arrivée tardive mais brutale du COVID dans l’archipel a conforté les indépendantistes dans cette opposition : il était impensable de tenir campagne en pleine période de deuil dans les tribus, très durement touchées. Mais Jean Castex n’a rien voulu entendre. Pour beaucoup, cette intransigeance s’explique par de basses considérations électorales. Tout d’abord, un report à 2022 de la consultation aurait permis à de nombreux jeunes, considérés comme majoritairement indépendantistes, d’intégrer la liste électorale référendaire. Entre octobre 2020 et octobre 2021, il y avait eu 4205 nouveaux inscrits ; attendre un an de plus, c’était prendre le risque de quelques milliers de voix supplémentaires pour le “oui” dont le retard en 2020 était inférieur à 10.000 voix… La deuxième motivation du gouvernement pour maintenir la date du 12 décembre était de satisfaire la droite locale, pressée d’en finir avec l’incertitude référendaire, afin de s’assurer de son soutien pour les présidentielles. Bingo ! Sonia Backès, chef de file des loyalistes, ne s’est pas montrée ingrate : “si la Nouvelle-Calédonie est restée française, c’est grâce à l’engagement d’Emmanuel Macron et de Sébastien Lecornu. Ils ont réalisé des choix forts”.

Nouvelle solution politique

Mais finalement, ces “choix forts” risquent bien de ne satisfaire personne. Si les loyalistes de droite exultaient à l’issue du référendum, c’est parce qu’ils estimaient que l’accord de Nouméa devenait caduc, et avec lui l’organisation politique et institutionnelle de l’archipel.

Mais si l’on en croit les déclarations au Monde de Gilbert Tyuienon, porte-parole du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, il leur faudra attendre un peu : “l’accord de Nouméa se prolonge autant que nécessaire, tant qu’une nouvelle solution politique n’a pas été trouvée. Tant qu’on est dans cette situation, on ne bouge pas le corps électoral, on ne bouge pas les clés de répartition, on ne bouge rien”.

De quoi rendre furieux les loyalistes puisque le statu quo est favorable aux indépendantistes, actuellement à la tête du Congrès et du Gouvernement de Nouvelle-Calédonie.

Cela ne suffit toutefois pas à apaiser la colère du FLNKS dont l’une des composantes assimile le référendum à un “hold-up politique de l’État et des loyalistes” qui, à terme, peut remettre en cause certains concepts clés comme le corps électoral restreint ou la priorité à l’emploi local…

Les négociations post-référendaires vont donc être capitales. Selon le document officiel qui définissait le cadre de ce troisième référendum, une “période de transition de 18 mois” doit s’ouvrir pour faire un bilan des accords de Nouméa puis entamer des discussions qui devront aboutir à une “nouvelle révision constitutionnelle” et à une “consultation de projet” prévue en juin 2023.

Une consultation certes, mais avec quel corps électoral ? Un consensus sur ce point entre la droite loyaliste et les indépendantistes semble peu probable… Il y a en tous cas très peu de chances que l’échéance de 2023 soit respectée puisque le FLNKS a fait savoir qu’il refusait de participer à toute négociation avant les présidentielles d’avril 2022, se donnant ainsi “quatre mois pour peaufiner” son projet d’indépendance “intensifier [son] offensive diplomatique internationale pour obtenir le soutien d’autre pays” et l’aide de l’ONU qui continue de placer la Nouvelle-Calédonie sur la liste des pays à décoloniser.

Accessoirement, ce délai laisse le temps aux deux principales composantes du FLNKS de tenir leurs congrès respectifs et de tirer les leçons de la séquence délétère qui les a vu s’affronter pour la formation du gouvernement…

L’horizon à mai 2024

Le FLNKS l’affiche donc sans ambages, “notre horizon, c’est mai 2024 et la fin de la mandature du Congrès”, et pas la fin de la période de transition, en juin 2023. Mais quel projet indépendantiste “peaufiné” le FLNKS proposera-t-il alors ? Ce projet saura-t-il convaincre une partie du camp loyaliste dans un contexte d’extrême fragilité de la filière nickel qui est si importante pour l’économie de l’île ?

Au Sahara occidental, un autre territoire à décoloniser selon l’ONU, le concept de libre association est de plus en plus évoqué pour sortir de l’impasse (un État associé est un État souverain indépendant ayant signé une convention de partenariat avec un autre État, comme les îles Marshall avec les États-Unis en 1986).

En sera-t-il de même en Nouvelle- Calédonie ?

Bien qu’elle soit une forme de décolonisation reconnue par l’ONU, cette option de libre association n’était pas prise en compte par la question, binaire, du référendum. Elle pourrait pourtant s’avérer majoritaire, à entendre les interventions lors du débat sur l’avenir institutionnel du territoire organisé à l’Assemblée nationale le 6 janvier.

Bien qu’elle soit une forme de décolonisation reconnue par l’ONU,
cette option de libre association n’était pas prise en compte
par la question, binaire, du référendum.
Elle pourrait pourtant s’avérer majoritaire.

Le député de Nouvelle-Calédonie Philippe Gomès (UDI) y pense fortement lorsqu’il déclare vouloir “entendre les attentes des non-indépendantistes qui considèrent que si la trajectoire d’émancipation doit se poursuivre, elle doit se faire sous la protection de la France” mais qu’il faut aussi “répondre à l’attente de la moitié du pays pour laquelle l’accession à une forme de souveraineté mettrait un point final à la prise de possession par la France en 1853 de cet archipel”; il faut selon lui “une souveraineté qui restaure leur dignité”. Cet “état d’esprit extrêmement ouvert”, pour reprendre les termes de Mélenchon, ouvre des perspectives que d’autres territoires ont bien perçu. La Polynésie française a ainsi demandé à être “associée à ces discussions”. La portée des négociations post-référendaires qui s’ouvriront dans quelques mois dépassera donc certainement le cadre de la Nouvelle-Calédonie.

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