L’if et les oliviers

Oliviers vandalisés en Cisjordanie.

On le sait, une très forte émotion obscurcit le regard et brouille la pensée. Les crimes contre l’humanité commis par le Hamas en Israël lors de son assaut du 7 octobre sont-ils de nature à faire oublier la juste cause du peuple palestinien ? De la part de ce mouvement islamiste, n’est-ce pas une colossale erreur politique qui ferait un tort incalculable à l’ensemble des Palestiniens, et d’abord aux malheureux habitants de Gaza ? Ou bien tout le contraire ? L’avenir le dira, sans doute bientôt.

En tout cas l’if des cimetières, l’arbre toxique du terrorisme islamiste ne doit pas nous cacher la forêt de la colonisation imposée au peuple palestinien par l’État d’Israël.

L’incendie du 7 octobre n’a pas éclaté par hasard, le feu de la colère couvait sous la cendre depuis des années. Une personne de mon entourage me répétait souvent : « un de ces jours ça va péter, Israël ira très mal », mais je n’y croyais pas : les Palestiniens paraissaient tellement résignés à leur sort après l’échec de plusieurs révoltes à jets de pierres, et je ne suis certes pas le seul à être surpris par le double Oradour du 7 octobre. Tout Israël est tombé de haut ce samedi- là, jour du sabbat et de la grande fête religieuse de Soucot, avec un pays débranché, déconnecté, la moitié des soldats en permission dans les familles par la volonté des religieux extrémistes, le gros des troupes chargé de protéger les colonies israéliennes de Cisjordanie et le front de Gaza dégarnis de façon étonnamment irresponsable par un gouvernement d’extrême-droite aveugle, imbécile, incompétent. Ce sont hélas les enfants, les femmes, les vieillards, les civils qui paient au plus haut prix pour sa politique négative.

A Gaza, combien d’Oradour ? Et peut-être le début d’un nouveau génocide ? L’émotion ne doit pas nous faire oublier le fond du conflit, à savoir que la terre de Palestine est disputée entre deux peuples, deux nations qui se réclament toutes les deux d’Abraham, leur ancêtre commun, et de ses deux fils : le cadet prétend à tout l’héritage, et faute de pouvoir le prendre en entier, il s’y est en tout cas taillé la part du lion, confinant en partie l’aîné dans la réserve indienne de Gaza, et pour le reste le soumettant en Cisjordanie à un régime de colonisation et d’apartheid. Il y accueille en colons nombre de juifs étrangers, notamment européens, qui considèrent leurs voisins arabes et leurs oliviers comme des intrus.

L’amère ironie de l’histoire c’est que ces juifs, parfois nouveaux convertis, s’installent sur les terres des Palestiniens, descendants logiques des anciens paysans hébreux laissés sur place par les Romains, contrairement aux élites urbaines, d’après le modèle de la déportation à Babylone décrit par la Bible dans le second Livre des Rois.

Il est vrai que l’État d’Israël se donne comme vocation d’accueillir tout juif persécuté ou menacé dans le monde. Voilà le résultat d’un antijudaïsme européen, longtemps religieux contre le peuple « déicide » – comme si l’on pouvait tuer Dieu – et devenu racial au XXème siècle, surtout sous le nazisme. Cet antijudaïsme chrétien puis païen a provoqué en réponse la naissance du sionisme, et les Etats européens ont jeté la patate chaude à la Palestine.

Pour tout arranger, voici que le Hamas et les extrémistes juifs orthodoxes veulent transformer en guerre de religion ce qui est objectivement un conflit doublement national, donc laïque.

Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître en ce moment de folie furieuse, la raison devra finir par prévaloir. Une longue expérience le démontre, le problème israëlo-palestinien ne saurait être réglé par la guerre, il y faut une solution politique. Un État palestinien à côté d’Israël ? Ou un État commun aux deux peuples ? L’un et l’autre paraissent improbables, mais quoi d’autre ? Le feu de l’enfer au Moyen Orient, et peut-être même au-delà ?