Le discours du président Macron

Voici l’essentiel de l’allocution prononcée le 28 septembre par le président de la République devant tous les élus de l’assemblée de Corse.

C’est ici, devant cet hémicycle où vivent les valeurs démocratiques de la Corse, que je suis venu faire droit à cet élan renouvelé qui suppose ambition commune et reconnaissance nouvelle (…). Nous sommes à un moment historique, car je pense qu’il y a une conscience collective précisément pour pouvoir avancer. Et laissez-moi vous dire ma conviction : la Corse est enracinée dans la France et dans la République. Elle a même souvent été pionnière. Songeons à la Constitution de 1755 de Pascal Paoli, à sa modernité démocratique. Et la Corse a aujourd’hui besoin de davantage de liberté, de la reconnaissance de son identité, de sa singularité insulaire et méditerranéenne. Et c’est cet enracinement dans notre histoire commune et cette reconnaissance qu’il faut tenir ensemble pour sortir de cette situation d’incompréhension et de confrontation, de défiance et de ressentiment (…) Il y a souvent eu de l’incompréhension, parfois de l’indifférence, qui ont nourri le ressentiment qui peut conduire jusqu’à la violence. C’est pourquoi le moment que nous vivons impose une véritable reconnaissance. Pour sortir du face-à-face, il faut épouser la complexité de cette histoire et ouvrir une page nouvelle. Je suis favorable à ce qu’une nouvelle étape soit franchie.
Cette étape a été préparée par le ministre de l’Intérieur et des outre-mer et je veux l’en remercier tout particulièrement, qui, depuis un an, a mené [ce travail] avec vous (…). Disons-le clairement, au moment où je vous parle, tout ce travail étant reconnu, le statu quo serait notre échec à tous.
En début d’année, je suis moi-même venu à la rencontre de la délégation corse à Beauvau. C’est à cette occasion que j’ai demandé à la délégation de m’adresser, avant le 4 juillet, des propositions. Ce qui a été fait par la présentation de plusieurs résolutions devant votre assemblée et le vote largement majoritaire de l’une d’entre elles, le 5 juillet.
Pour ancrer pleinement la Corse dans la République et reconnaître sa singularité, son insularité méditerranéenne, ce rapport au monde et son rôle dans l’espace qui est le sien, nous devons avancer. Et il faut pour cela l’entrée de la Corse dans notre Constitution, c’est votre souhait, je le partage et je le fais mien, car je respecte et je reconnais l’histoire, la culture, les spécificités corses dans la République. (…) Je suis favorable à ce que les spécificités de la communauté insulaire corse soient reconnues dans la Constitution au sein d’un article propre, celle d’une communauté insulaire, historique, linguistique et culturelle. Ces mots, je le souhaite, seront ceux de notre texte fondamental, des mots de respect et de reconnaissance.
Fort de cette reconnaissance constitutionnelle inédite, je souhaite que la langue corse puisse être mieux enseignée et placée au coeur de la vie de chaque Corse. Un service public de l’enseignement, en faveur du bilinguisme, sera mis en œuvre. Il nous faut donner plus de place à la langue corse, dans l’enseignement comme dans l’espace public.
L’insularité et l’attractivité de la Corse ont ainsi conduit à créer des situations immobilières et foncières insoutenables pour les habitants et créant, ce faisant, des difficultés d’accès au logement dans certains territoires. Pour cela, il importe que puissent être établis des dispositifs, notamment fiscaux, régulant le marché immobilier et luttant efficacement contre la spéculation, tout en respectant notre droit européen, auquel, vous l’avez rappelé, vous êtes profondément attachés (…).
Je souhaite que la Corse bénéficie d’un cadre lui permettant de définir certaines normes et de mieux en adapter d’autres. Il s’agit d’abord de rendre plus simple et plus effectif le droit d’adaptation et le droit d’habilitation. Ils existent déjà dans le statut actuel, pourtant ils n’ont jamais été mis en œuvre. Nous devons donc regarder ces blocages. Ils sont liés au fait que, parce qu’il n’y a pas d’accroche constitutionnelle reconnaissant cette singularité, il n’y a pas une adaptation suffisante. Il nous faut là-dessus bouger. Il faut aller plus loin et je suis favorable à ce que soit étudiée la possibilité pour la Collectivité de Corse de définir des normes sur des matières ou des compétences transférées. Cette capacité normative devra évidemment s’exercer sous le contrôle du Conseil d’État et du Conseil Constitutionnel. (…) Il s’agit d’ouvrir la possibilité d’une gouvernance responsable et libre d’un territoire. Ce qui est non seulement compatible avec le mot et l’esprit de la Constitution, mais qui rendra également la République plus forte, plus concrète, plus efficace. La progressivité et l’évaluation régulière devront accompagner ce nouveau fonctionnement.
Il nous faut, en la matière, je le crois profondément, sortir de l’importation de tel ou tel référentiel, en miroir d’autres îles et régions de Méditerranée et d’Europe, pour bâtir un référentiel qui soit pleinement corse, celui de la Corse dans la République. Pour répondre au besoin de reconnaissance et éviter de nouvelles confrontations, allons au-delà des totems pour les uns, des tabous pour les autres. Au fond, ayons l’audace de bâtir une autonomie à la Corse, dans la République. Cette autonomie doit être le moyen pour construire, ensemble, l’avenir, sans désengagement de l’État. Ce ne sera pas une autonomie contre l’État, ni une autonomie sans l’État, mais une autonomie pour la Corse et dans la République. Le moment exige des uns et des autres un esprit de responsabilité et de dépassement. C’est ainsi que notre jeunesse de Corse continuera de croire en la République. L’enjeu est bien celui-là : tracer un cap d’espoir et bâtir un équilibre stable pour les prochaines générations.
Je suis prêt, vous l’avez compris, à mener cette étape à son terme. Pour y parvenir, il faut le rassemblement le plus large de toutes les forces vives de la Corse. C’est l’autre leçon de 1943 (1). Car la Corse a incarné aussi la fédération de toutes les volontés patriotes, je le rappelais, au-delà des clivages et au-delà des partis, au-delà des affinités particulières. Aussi, pour cheminer dans de bonnes conditions et obtenir l’accord du parlement pour modifier la Constitution, il est nécessaire que les différents sujets institutionnels que je viens d’indiquer fassent l’objet d’un accord des groupes politiques de l’Assemblée de Corse, cœur battant de la vie démocratique de l’île.
Je souhaite donc que le travail avec le gouvernement puisse mener à un texte constitutionnel et organique, ainsi soumis à votre accord, d’ici six mois. Et c’est bien sur la base de celui-ci que nous pourrons engager le processus de révision constitutionnelle, puis organiser la consultation en Corse et, à l’issue, préparer le projet de loi organique qui mettra en œuvre cette nouvelle étape.
Pour construire cet accord entre le gouvernement et vous, il n’y a pas de ligne rouge, il y a l’idéal de la République et la volonté de chacun de se dépasser dans ce chemin commun. Je vous le dis avec franchise, c’est seulement si un tel accord est conclu que, par sa force et sa légitimité, nous serons en mesure d’engager avec une chance de succès la réforme constitutionnelle auprès du Congrès.
Ce discours est une main tendue et un chemin à parcourir ensemble pour construire un avenir d’espoir et de prospérité pour la Corse. C’est ainsi que nous refermerons une page marquée par des heures sombres et que nous pourrons en ouvrir une autre, celle d’un nouvel élan vers la République et la liberté, vers la Méditerranée et vers l’avenir (…). La nouvelle étape institutionnelle que nous voulons lancer doit permettre à la Corse de conserver son âme et son identité, tout en restant dans les bornes de la République et de continuer ainsi à bénéficier de la solidarité nationale. Notre priorité, c’est d’aider la collectivité à répondre aux attentes des Corses, l’aider à bâtir l’espoir et la sérénité. Ce choix que nous faisons ensemble, c’est un choix de confiance. C’est la confiance qui reconnaît le génie propre de la Corse. (…) Ce choix qui existe, le seul, est un choix d’avenir. Ce choix, c’est celui que notre jeunesse mérite pour que les prochaines générations combinent à leur tour cette richesse et cette force d’être corses et français. Corses parce que français, français parce que corses, européens et de Méditerranée, tout cela à la fois.
Je vous remercie. Vive la Corse, vive la République et vive la France !

(1) NDLR : Emmanuel Macron fait ici allusion à la libération de la Corse de l’occupation allemande dont il est venu commémorer l’anniversaire ce jour-là.

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