La stratégie du choc

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Martine Bouchet
Martine Bouchet
Idazlea eta erakaslea, CADE-eko kidea, Ipar Euskal Herriko Garapen Kontseiluko Lehendakariordea
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Le Conseil de la CAPB s’est prononcé contre la LGV le 18 décembre dernier. © Jean-Jacques Richepin

Le Conseil de la CAPB s’est prononcé contre la LGV le 18 décembre dernier. © Jean-Jacques Richepin

Le nouveau départ du projet de LGV se fait à grande vitesse. Si la Communauté Pays Basque a pris le temps de le rejeter sur le fond, cette précipitation rappelle des tactiques brutales qui outrepassent les valeurs économiques au profits d’intérêts partisans ou économiques.

Quand je pense à la résurgence du projet LGV, je ne peux m’empêcher de voir ces boites d’où surgit un horrible clown ricanant. On le croyait enfermé, on l’avait à l’oeil, on espérait pouvoir le maîtriser et, le temps passant, qu’il se rabougrisse et disparaisse dans les tréfonds de l’oubli.

Mais non, le revoilà, bondissant brutalement sous nos yeux ébahis. Pourquoi maintenant ? Pourquoi si vite ? Pourquoi ?

La rapidité avec laquelle le projet redémarre est stupéfiante. D’autant plus que c’est le président Macron lui-même qui avait enterré la politique LGV dès le début de son mandat en inaugurant la ligne entre Le Mans et Rennes en juillet 2017, déclarant qu’il fallait “ne pas relancer de grands projets nouveaux mais s’engager à financer tous les renouvellements d’infrastructures”.

Mais voilà que, subitement, le même homme nous annonce en septembre 2021 : “Je peux vous dire que quand le TGV n’arrive pas ou ne passe pas par une ville, c’est terrible. (…) Cette passion française pour le train, nous allons la poursuivre en grand. (…) La décennie 2020 sera la décennie TGV.” Et depuis cette annonce fracassante, tout s’est enchaîné très vite.

A grande vitesse

Fin septembre 2021, les présidents des collectivités sont convoqués à la préfecture de région où on leur explique qu’ils vont devoir participer au financement des deux tronçons de la LGV dite GPSO (Grand Projet du Sud- Ouest) Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax. Une participation qui n’a rien de modique. Car les 26 collectivités des régions Nouvelle Aquitaine et Occitanie doivent à elles seules trouver 5,6 milliards d’euros, alors que l’État ne s’engage que pour 4,1 milliards d’euros destinés à la branche Bordeaux-Toulouse (la branche Bordeaux-Dax étant renvoyée à une prochaine loi de programmation sur les infrastructures). Cette participation à un taux si élevé est d’autant plus contestable que ces projets d’infrastructure ont une envergure nationale, voire européenne. Il est d’ailleurs très surprenant de toujours demander la participation des habitants au Sud des lignes : les habitants de Paris ne paieront pas, de même que les habitants de Tours ne paieront plus pour la poursuite de la ligne au-delà de Bordeaux, alors que les habitants du Pays Basque ont payé pour Tours-Bordeaux et sont sollicités maintenant pour Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax. Et si on poursuit cette logique, ils seraient les seuls ou presque à être imposés pour finir le Dax-frontière, s’il advenait un jour.

Prise par surprise

Mais revenons-en à la rapidité imposée pour valider les financements, sur un projet qui n’a rien d’anodin ni d’un point de vue financier, ni dans ses conséquences sur l’aménagement du territoire, en particulier chez nous où la LGV aggraverait encore plus les tensions sur le foncier et sur l’habitat, où les revenus issus des activités locales ne sont pas comparables à ceux des métropoles auxquelles on prétend qu’il serait de notre intérêt d’être rapprochés. Et si c’était justement parce qu’il n’a rien d’anodin que le gouvernement et les promoteurs du projet ont sciemment mis en oeuvre cette stratégie, pour prendre par surprise tout le monde et ne pas laisser le temps de mesurer l’ampleur des conséquences d’une telle décision ? Si ce n’était qu’une illustration à notre échelle de la stratégie du choc, telle que théorisée par la journaliste canadienne Naomi Klein ? Une stratégie qui consiste à profiter du désarroi d’une population en état de choc après avoir vécu un désastre pour appliquer des tactiques brutales en vue de faire passer en force, sans respect pour les valeurs démocratiques, des mesures favorables aux intérêts économiques de certains. Cette manoeuvre rapide pour obtenir le financement de la LGV alors qu’on sortait d’une phase de la crise sanitaire n’a pas si mal fonctionné si on en croit le préfet de la région Occitanie, Etienne Guyot, également nommé coordonnateur de la LGV GPSO qui a déclaré au lendemain du vote de la CAPB  : “Je me réjouis qu’en moins d’un mois, 23 collectivités territoriales sur 26 se soient engagées à hauteur de 5,2 milliards d’euros.” C’est sûr qu’en moins d’un mois, c’est un tour de force mais qui, bafouant le temps nécessaire à la respiration démocratique, ne fait pas honneur à ses instigateurs.

Heureusement certaines collectivités ne sont pas tombées dans le piège imposé par la précipitation : le département de la Gironde, celui du Lot-et-Garonne, le Grand Dax et bien sûr, le Pays Basque. Mais si le vote du Pays Basque marque une étape décisive dans la lutte contre la LGV, c’est grâce à son initiative de remettre justement la démocratie au cœur de ses préoccupations, et de se poser la question primordiale qui aurait dû être posée avant celle du financement : la LGV est-elle, ou non, un bon projet ?

Et fort de trente ans de luttes portées par les associations, les citoyens et des élus du territoire, trente ans qui ont mis à jour les mensonges de RFF et des promoteurs du projet, le débat a été de très bonne qualité.

Le résultat est large, sans appel, incontestable : près de 78 % des élus communautaires ont répondu que la LGV n’était pas utile. C’est le principe même de la LGV qui est largement rejeté par le Pays Basque, pas que son financement. Ce vote est à marquer d’une pierre blanche. Il déjoue totalement la stratégie mise en place, remettant le réflexe démocratique en première ligne. La communauté Pays Basque, loin de se laisser surprendre, a saisi l’opportunité à la volée pour prendre une décision fondamentale, qu’on ne lui demandait pas, mais que l’État devra bien entendre. La partie n’est pas gagnée, mais c’est un joli point qui vient d’être marqué.

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