Émergence d’un unionisme éclairé en Ecosse

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David Lannes
David Lannes
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BrownSturgeon

Après 14 ans au pouvoir, le SNP doit répondre de son bilan et faire face à l’émergence d’un unionisme moins caricatural que celui du premier ministre britannique Boris Johnson. Voici le point sur la situation actuelle et le débat souverainiste en Écosse.

La Première ministre d’Écosse, Nicola Sturgeon, a réaffirmé récemment la tenue d’un second référendum d’autodétermination d’ici 2023, si la situation sanitaire le permet. Elle estime en effet que la victoire de son parti, le SNP, aux élections parlementaires de mai dernier, lui confère “un mandat indiscutable” pour cela. Le refus du Premier ministre britannique, Boris Johnson, de donner son aval à une telle consultation, tend à cristalliser une bonne partie du débat politique autour de la question institutionnelle, mais la logique d’opposition frontale entre les blocs unioniste et indépendantiste qui avait prévalu lors de la campagne du premier référendum de 2014 ne semble plus être d’actualité. Comme en Nouvelle-Calédonie, on constate l’émergence d’un unionisme éclairé qui entend séduire les électrices et électeurs indécis.

Cet unionisme éclairé, il ne faut évidemment pas le chercher du côté de Boris Johnson pour qui la “devolution” (c’est-à-dire la création des institutions autonomes écossaises sous le mandat de Tony Blair) a été un “désastre”, et qui entend affronter le nationalisme écossais en imposant le drapeau de l’Union sur les bâtiments officiels écossais. Cette opposition frontale, Sturgeon sait parfaitement la gérer et s’en servir pour mobiliser ses troupes : “Westminster utilisera tout le mal qu’ils nous ont infligé comme un argument pour davantage de contrôle par Westminster : en nous rendant plus pauvres, ils diront que nous ne pouvons pas nous offrir l’indépendance, en coupant nos liens avec l’UE ils diront que nous dépendons trop du Royaume Uni”. Pour les conservateurs écossais, ces propos relèvent d’une “théorie du complot délirante”, mais les travaillistes préfèrent dénoncer “l’absence de nouvelle idée pour aider les Ecossais, juste les mêmes rhétoriques, slogans et platitudes éculés”.

Cette réaction du Labour écossais résonne avec une petite musique de fond qui commence à se faire persistante : après 14 ans au pouvoir, il serait temps que la rhétorique du SNP soit suivie d’effet. Le problème de la drogue a notamment été mis en avant, ce qui n’est pas surprenant puisque l’Écosse est, de très loin, le pays d’Europe qui compte le taux de victimes de la drogue le plus élevé, et que ce chiffre a presque triplé en 10 ans. Le système de santé est également critiqué : le manque d’ambulances a par exemple déjà eu des conséquences dramatiques et l’injonction de la secrétaire à la santé à “y réfléchir à deux fois avant d’appeler une ambulance” pour alléger la pression a suscité une vague d’indignation.

Le SNP n’entend pas laisser le doute s’installer et promet toute une série de mesures ambitieuses : un “service de soin national comme héritage approprié du trauma du Covid” pour 2026, une compagnie nationale publique d’électricité à but non lucratif qui fournirait “une énergie propre produite localement”, un plan d’aide à l’enfance, une expérimentation de la semaine de quatre jours, etc. Et bien sûr, Sturgeon agite l’épouvantail Boris Johnson, sa politique migratoire “dénuée de la moindre once d’humanité”, son empressement à arrêter les aides liées au Covid ou son attitude par rapport à la COP 26 qui se tiend à Glasgow.

Pilote automatique

En mode pilote automatique, les travaillistes écossais ont dénoncé “un plan qui n’est pas assez bon, pas assez audacieux, et qui n’en fera pas assez”. Mais, à l’initiative de Gordon Brown (qui fut Premier ministre du Royaume- Uni de 2007 à 2010), ils ont également choisi de lancer une campagne au ton plus original pour contrer le discours du SNP. Aux nationalistes écossais qui mettent en avant les spécificités de l’Écosse et les tensions avec Londres, Brown rétorque que, bien au contraire, “il y a un alignement des nations du Royaume-Uni sur l’égalité, la tolérance et la diversité, ainsi qu’un désir pour plus, et pas moins, de coopération entre les gouvernements”. Il s’appuie pour cela sur les résultats d’une grande enquête menée par Our Scottish Future, un think tank crée par Brown. Selon cette enquête, les populations d’Écosse, d’Angleterre et du Pays de Galle s’accordent pour dire que l’égalité (78%, 76%, 78%), la tolérance (83%, 83%, 83%), la liberté (86%, 87%, 83%) et la diversité (82%, 82%, 80%) sont importantes pour se sentir fier de sa nation. De l’amélioration du système de soins à la lutte contre le réchauffement climatique, les priorités des trois nations sont par ailleurs les mêmes.

Partant de ce constat, Gordon Brown renvoie dos à dos les nationalismes de Boris Johnson et de Nicola Sturgeon : “à une époque où l’indépendance est désormais contrainte par l’interdépendance, l’unionisme musculaire ressasse la vision irréaliste d’une souveraineté indivisible et illimitée. C’est une image miroir du manuel du nationalisme écossais car ils ont aussi une vision unidimensionnelle qui relève d’un absolutisme du nous-contre-eux. Vous devez faire un choix : Écossais ou Britannique – vous ne pouvez pas être les deux”. Gordon Brown ne manque pas non plus d’utiliser le fait que les Écossais estiment à une majorité de 5 contre 1 que le programme de vaccination a été favorisé par une coopération à l’échelle de l’ensemble du Royaume-Uni. “En regardant vers l’avenir, et alors que nous ne devons pas uniquement faire face à la pandémie mais aux autres défis de cette décennie – changement climatique, instabilité financière et croissance des inégalités— les nationalistes ne sont-ils pas pour la première fois depuis des années, sur la défensive ? N’est-il pas temps de leur demander pourquoi ils ne veulent pas coopérer avec des voisins qui partagent les mêmes valeurs ?”.

La position de Gordon Brown prête bien sûr le flan à de nombreuses critiques. Les intitulés des questions de l’enquête qu’il a organisée guident assez fortement vers les réponses voulues et surtout, le fait que Boris Johnson soit au pouvoir ne cadre pas avec les valeurs progressistes que les citoyens anglais sont censés partager à une si large majorité. Il n’empêche qu’il propose un récit qui peut attirer les nombreux électeurs indécis et qui ne se sentent ni complètement anglais ni complètement écossais : “l’unité ne requiert pas l’uniformité et la solidarité ne demande pas l’élimination des différences régionales et nationales. Être Britannique ne signifie pas n’avoir qu’une identité. Les citoyens peuvent confortablement être musulmans, anglais et britanniques”.

L’émergence de cet unionisme éclairé
pose un nouveau défi aux nationalistes écossais,
qu’ils ne pourront plus surmonter
avec de simples promesses.

L’émergence de cet unionisme éclairé pose donc un nouveau défi aux nationalistes écossais, qu’ils ne pourront plus surmonter avec de simples promesses

 

 

 

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