
Le quotidien de Perpignan L’indépendant refuse de publier en catalan l’annonce du décès de Károly Morvay, universitaire hongrois catalanophone. Le journal demande à la famille de payer un supplément pour la publication d’une traduction.
Le 14 janvier 2026 décède Károly Morvay, d’origine hongroise et catalan de cœur, professeur à l’Université de Budapest. Il a défendu et promu ardemment la langue, la culture et l’identité catalanes. Parmi ses publications, on compte plusieurs dictionnaires, catalan-hongrois, hongrois-catalan, dictionnaire phraséologique, recensant des locutions catalanes, ainsi que des guides de conversation trilingues. Son épouse et sa fille souhaitent publier un avis de décès en catalan, afin d’en informer leurs amis, leurs proches et les membres de leur communauté linguistique, au sein de laquelle Károly Morvay s’est fortement impliqué.
Le quotidien local L’indépendant refuse en indiquant qu’il acceptera que figure la publication du même avis de décès, en français, avec une augmentation du prix en conséquence. Quelques jours plus tard, les services juridiques du journal assortissent leur refus d’un montage juridique contestable, fait de citations tronquées de l’article 2 de la loi Toubon du 4 août 1994, relative à l‘emploi de la langue française. Celle-ci ne s’applique pas aux avis de décès qui n’ont rien à voir avec l’obligation prévue dans ce texte d’user du français pour les modes d’emploi, la description, les garanties ou les factures d’un bien. L’article 21 de la loi Toubon précise même que « les dispositions de la présente loi ne font pas obstacle à l’usage des langues régionales et aux actions publiques et privées menées en leur faveur. »
Il s’agit donc de la part du journal d’une pratique commerciale discriminatoire. La veuve, Daniela Morvay Grau, indique : « Je ne désire pas, à la fin de ma vie et pour le décès de mon mari, être dans l’obligation de renier nos convictions ». Elle met en avant qu’une telle acceptation aurait pour effet de la faire « passer pour une adepte d’un droit au bilinguisme qu’il faut payer, cela contrevient à des droits […] fondamentaux internationalement reconnus». Et elle ajoute : « Défenseurs du statut officiel du catalan, langue de notre nation millénaire, nous ne pouvons pas soudainement nous prétendre défenseurs d’un bilinguisme payant, alors que dans d’autres pays européens, le catalan est langue officielle ou co-officielle. »
Dans un article remarqué, «Morir-se en català», la linguiste Carme Junyent, traite du fait de mourir en catalan, qui constitue un droit fondamental des habitants de ce pays. Elle fustige la décision de L’Indépendant, qui vient «rappeler à nous tous notre condition de persécutés – dans la vie comme dans la mort – pour ce que nous sommes ».
