Un principe d’égalité à défendre encore

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Beñat Gachen
Beñat Gachen
Président des BASCOS / EUSKAL - L’association LGBT d’Iparralde
Beste artikulu batzu
Gay Pride 2012

Gay Pride 2012

Même après l’adoption de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, il faut rester vigilant. Le refus du maire d’Arcangues, Jean-Michel Colo, et les interventions de l’évêque de Bayonne, Monseigneur Aillet,  montrent que la mise en pratique du principe d’égalité doit encore être défendue.  L’association les Bascos ouvrira la maison commune  Txalaparta à Bayonne, lieu ouvert à tous et toutes.

Le 23 avril dernier le Parlement français a définitivement adopté le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe.

Cela ne s’est pas fait sans mal : pendant plus de huit mois les opposants au projet ont usé de tous les modes d’expression qu’offre la démocratie, alimentant malheureusement trop souvent des discours intolérants et ouvrant même la voie à des débordements.

Au final l’adoption de la loi constitue une victoire indéniable pour nous homosexuel(le)s, pour nos familles, nos enfants.

C’est aussi une victoire pour celles et ceux qui se sont mobilisé(e)s pour un principe : l’égalité ; pour que chacun(e) puisse avoir le choix de vivre comme il entend, de se marier ou pas.

Nouveaux droits

Mobilisations des Bascos 1-2

Mobilisations des Bascos 1-2

Concrètement la loi ouvre de nouveaux droits : à commencer par le droit de prendre le nom de famille de l’époux ou de l’épouse, ou encore accéder à la nationalité française en cas de mariage.

Avec le mariage le conjoint sera mieux protégé en cas de décès. Il n’y aura pas besoin d’un testament pour qu’il ou elle bénéficie d’un régime fiscal avantageux. Autre avancée majeure: le droit à la pension de réversion pour les veufs ou veuves homosexuel(le)s ; un droit qui n’était pas accessible aux couples pacsés.

Mais l’un des droits les plus importants est sans doute la possibilité d’adopter des enfants. Dans les faits la quasi-totalité des adoptions se fera au sein même des familles homoparentales par le compagnon ou la compagne qui jusqu’alors était un parent «clandestin» aux yeux de la société.

Mais si le mariage est désormais possible pour les couples homosexuels, cela signifie que le divorce leur est également ouvert. Les nouveaux mariés auront donc la possibilité de se séparer avec les mêmes obligations que n’importe quel autre couple, à savoir le versement d’une prestation compensatoire en cas d’enfants. Jusqu’à présent cela n’existait pas et il y avait le risque, dans les familles homoparentales, que l’un des deux parents, celui reconnu légalement comme tel, refuse à l’autre tout droit.

Difficultés même après l’adoption de la loi

Mobilisations des Bascos 2-2

Mobilisations des Bascos 2-2

Validée par le Conseil constitutionnel, la loi est désormais applicable dans la totalité des mairies du pays. Les élus, officiers d’Etat civil, ont en effet la responsabilité et l’obligation de faire appliquer la loi.

Cela n’empêche pas la nécessité d’être vigilant : la récente affaire sur Arcangues, avec le refus du Maire de célébrer le mariage de deux hommes, illustre bien les difficultés que peut rencontrer un couple homosexuel même après l’adoption de la loi.

Mais ce qui restera surtout de cette longue, trop longue séquence, c’est la résurgence de l’homophobie qui s’est affichée au grand jour, totalement décomplexée, banalisée.

Nous avons vécu la pire année d’homophobie depuis l’adoption du Pacs !

Encouragée, légitimée par les hiérarchies religieuses, notamment catholique, relayée par des partis d’opposition, par l’extrême droite et autres groupuscules, une partie de la société, certes minoritaire mais totalement inégalitaire, s’est mobilisée pour nous empêcher d’accéder à une égalité des droits.

La bêtise, la haine, la violence ont été les marqueurs de cette mobilisation à contre courant de l’Histoire.

Au Pays basque c’est l’évêque de Bayonne qui a été le fer de lance de cette opposition au mariage, multipliant les réunions, les appels et même les prières hostiles à la loi, participant activement aux manifestations nationales, orchestrant la mobilisation ici même.

Monsieur Aillet n’a pas hésité à cette occasion à piétiner allégrement la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Cela l’a ainsi conduit à interpeler de manière virulente et par lettre ouverte la députée de Bayonne ou tout récemment encore à apporter son soutien au Maire d’Arcangues dans son refus de respecter et d’appliquer la loi.

Ces positions extrémistes ont mis très mal à l’aise de nombreux chrétiens qui, à titre personnel ou de manière organisée ont apporté leur soutien moral, financier, militant à notre combat pour l’égalité. Cela a été un vrai réconfort face à la tentative de l’évêché de revenir à des temps de ténèbres.

Retour de la sérénité et besoin de se mobiliser pour l’Egalité

La loi adoptée, il est temps maintenant qu’elle s’applique et que la sérénité revienne.

Mais l’égalité n’est pas encore complète : la majorité politique s’était engagée à réformer aussi la filiation, à ouvrir la procréation médicalement assistée à toutes les femmes, à simplifier le parcours de transition pour les transsexuel-le-s.

Une loi famille a été annoncée, reportée, repoussée à la fin de l’année…

Il est à craindre que les manifestations du printemps n’aient contribué à paralyser le pouvoir politique sur ces questions.

Dans les mois à venir il sera donc indispensable, encore et toujours, de se mobiliser : pour expliquer au grand public ce que sont nos attentes, pour encourager nos élu(e)s à ne pas avoir peur d’aller jusqu’au bout de l’Egalité.

“Txalaparta”, la maison commune

Pour notre association des lesbiennes et gays du Pays basque il nous faut aussi franchir une étape nouvelle : ouvrir un espace public pour poursuivre notre investissement dans la cité ; un lieu d’accueil et d’écoute des homosexuel(le)s, notamment des jeunes, de leurs famille mais aussi un lieu de débat, de réflexion, de conférences, d’expositions. Un lieu ouvert à toutes et tous quelque soit l’orientation affective car la démarche de notre association est le refus de tout ghetto.

Cette «maison commune» qui s’appelera «txalaparta» devrait voir le jour à l’automne à Bayonne.

Dans cette nouvelle étape, nous pouvons une nouvelle fois compter sur le soutien et l’expérience des associations LGBT d’Euskadi (Gehitu & Ehgam) qui nous ont toujours accompagnés dans une solidarité qui transcende les frontières.

Bel été à toutes et tous et plus particulièrement aux nouveaux marié(e)s !

Plus d’informations sur :

Site : www.lesbascos.fr
Blog : http://bascoblog.hautetfort.com/
Facebook : l’association des Bascos
Ou au téléphone 06 69 64 36 27 ou par courriel ([email protected])