La Cour met fin au conte

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Martine Bisauta
Martine Bisauta
Ekologista, Herritar Parte Hartzeaz eta Garapen Iraunkorraz arduradun, Baionako auzapez-orde gisa.
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Conte

Dessin : Etxebeltz

Conte des temps modernes, le mythe de la grande vitesse commence à avoir sérieusement du plomb dans l’aile ! Contre toute attente, la Cour des comptes vient de rentrer en gare pour dénoncer les folles dérives des TGV !! On ne compte plus les moments où il nous fallut à Bernard Causse, Jakes Abeberry et quelques rares autres supporter les lazzis des collègues sur notre supposé obscurantisme.

Ennemis du progrès nous étions, dangereux nostalgiques du passé nous refusions cette règle de l’humanité qui consisterait à aller toujours plus vite d’un point à un autre…

Les lignes à grande vitesse chargées de transporter les trains du même nom, devaient à brève échéance rendre notre avenir radieux et permettre aux élites circulantes de traverser le pays en un temps record. Il est vrai que cette perspective ne présentait à nos yeux que peu d’attrait au regard de ce que cette prouesse impliquait : destruction des paysages et des écosystèmes, démolition d’un nombre assez considérable de maisons, saccage d’exploitations agricoles… le tout pour un engagement financier de plusieurs milliards d’euros !

Sans compter que le gain en temps s’avérait d’une extraordinaire faiblesse en comparaison avec celui que des voies améliorées pouvaient offrir au voyageur pressé !

La bataille n’est pas encore gagnée

Je reste lucide, la bataille du rail n’est pas encore gagnée, il se trouvera bien des Rousset énervés pour remettre en cause les arguments de la Cour des comptes, des tenants du soi-disant progrès pour hurler au renoncement d’une si merveilleuse idée. Mais quand même, dans ce long combat qui nous occupe depuis le début des années 90, il n’est pas interdit de trouver plaisir à lire les premiers passages du rapport des sages de la rue Cambon, quand ils dénoncent la folie ou encore la gabegie de la grande vitesse ferroviaire ! Lire sous leur plume que les LGV représentent “une errance coupable de l’Etat” ou encore que “la rentabilité socio-économique de la ligne Bordeaux-Espagne est des plus discutables” ne peut laisser indifférent ! A se demander s’ils se sont “pachonisés” ou alors si Victor a intégré l’équipe sans nous prévenir!

Evidemment, les magistrats financiers demeurent dans leur champ de compétences et ce sont les ratios de rentabilité qui sont dans leur rapport épinglés. Ce sont d’ailleurs des arguments que les militant-es anti LGV ont souvent mis en avant, réfutant le scénario d’une réussite commerciale hors pair qui multiplierait par quatre le nombre de voyageurs en gare de Bayonne à l’horizon 2020 !

Ce rapport va faire du bruit, il est de nature à remettre en question les plans du gouvernement en la matière, d’autant que la raréfaction des finances conduit à une plus grande prudence. Allons-nous enfin pouvoir discuter d’une véritable amélioration de la ligne Bordeaux-Espagne ? Cela amènerait à moindre coût et à moyen terme un confort appréciable pour les usagers et un gain de temps indiscutable… nous sortirions enfin du dogme pour devenir intelligents !

Le non-sens économique de ce projet pharaonique
commence à pointer son nez,
son non-sens écologique n’est pas encore partagé
et la tentation de poursuivre
avec un logiciel digne du XXème siècle
est encore bien présente chez nombre de décideurs.

 

Mettre un terme à la folie des grandeurs

La Cour relève aussi l’incohérence des cofinancements Etat-collectivités territoriales, amenant à “avaliser des choix d’investissements critiquables”. Cela a conduit aussi des collectivités à consacrer des sommes colossales pour la réalisation de tronçons fort éloignés de leur territoire au nom d’une bizarrerie sur de prétendus avantages qu’elles en retireraient.

Il y a par exemple dans les caisses de l’Acba ou du CG 64 quelques millions d’euros provisionnés à cet effet que l’on serait bien inspiré d’utiliser pour améliorer les dessertes locales de transport en commun ! Quand on constate l’état de la ligne  Bayonne-Pau, ou encore de celle de Garazi, il est légitime de penser que ces sommes pourraient connaître des destinations bien plus utiles. Penser aussi que devant les difficultés à financer le transport en commun en site propre (TCSP) sur l’agglomération bayonnaise, les euros destinés à la LGV pourrait permettre de réaliser le projet dont nous avons urgemment besoin !

Car c’est bien cela l’enjeu politique majeur des temps actuels : répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ! (*)

Mais il semble que l’on puisse encore répéter ces évidences sans jamais passer du discours aux actes. Le non-sens économique de ce projet pharaonique commence à pointer son nez, son non-sens écologique n’est pas encore partagé et la tentation de poursuivre avec un logiciel digne du XXème siècle est encore bien présente chez nombre de décideurs.

Il faut pourtant mettre un terme à cette folie des grandeurs, à ce temps des bâtisseurs issus d’un monde obsolète, qui ont pillé pendant trop longtemps la ressource sans imaginer un seul instant qu’elle pouvait ne pas être infinie ! La Cour vient peut-être nous y aider, car elle plombe un peu le conte des temps “modernes”, acceptons-en l’augure… Soyons fous et essayons d’imaginer que nous pourrions devenir collectivement plus raisonnables !

(*)Rapport Brundtland (1987)

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