Climat: agir localement, peser globalement

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Nicolas Haeringer, chargé de campagne @350france

Nicolas Haeringer, chargé de campagne @350france

Alors que le Canada accueille le 44ème sommet du G7, ce week-end apparaît comme une excellente opportunité de mettre en lumière l’importance de l’échelon local dans la bataille contre le réchauffement climatique – pour mieux parvenir à déployer des stratégies qui multiplient les aller-retours entre local et global.

S’il l’on s’intéresse aux politiques climatiques en général, et, en particulier, à la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, la tentation est grande d’observer de près les discussions, communiqués et annonces qui seront faites au cours du 44ème sommet du G7, qui se tient ces 8 et 9 juin au Canada. À n’en pas douter, Justin Trudeau, Emmanuel Macron ou encore Angela Merkel ne manqueront pas de rappeler leur attachement à tout mettre en œuvre pour tenir les objectifs de l’Accord de Paris. Ils et elle sauront à l’évidence une fois encore développer des trésors d’argumentation pour convaincre que les politiques de Donald Trump ne constituent pas un retour en arrière rédhibitoire, rendant caduques l’engagement de l’ensemble de la communauté internationale (moins les États-Unis, donc) à maintenir le réchauffement climatique au plus près des 1,5°C pour s’assurer de ne pas dépasser le seuil des 2°C. Il le sera toutefois plus difficile d’expliquer que leurs propres retards ne sont que conjoncturels : aucun pays du G7 n’est dans les temps, tous contreviennent à leurs propres engagements.

On pourra alors s’en saisir comme une opportunité de plus de pointer du doigt de décalage entre les grands discours et les actes concrets, et rappeler que depuis l’ouverture du cycle de négociations internationales sur le climat à Rio, en 1992, les émissions de gaz à effet de serre ont cru de plus de 70%… alors même que ces négociations ont pour raison d’être leur diminution. On pointera du doigt, une fois encore, et à raison, l’emprise des multinationales les plus pollueuses (en particulier celles de l’industrie fossile) sur la sphère politique et les relations organiques qu’elles continuent d’entretenir avec les dirigeant.e.s (le PDG de Total était, il y a quelques jours, du voyage présidentiel en Russie, où il signait de juteux contrats pour développer de nouvelles infrastructures) – alors même que la cohérence voudrait que ces mêmes dirigeant.e.s rompent immédiatement avec elles.

Les plus déterminé.e.s d’entre-nous continueront d’organiser, de préparer et de mobiliser contre les projets de l’industrie fossile. Même si aucune mobilisation d’ampleur n’est prévue ce week-end au Québec, les activistes du mouvement pour le climat préparent déjà leur participation aux prochains rendez-vous internationaux – en particulier à la COP 24, qui se tiendra au cœur de la Pologne charbonnière à la fin de l’année.

 

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Mais d’autres mobilisations débutent au moment même où se réunira le G7, qui nous invitent à déporter notre regard et notre énergie militante, afin de reconnaître que la bataille contre le réchauffement climatique se joue aussi ailleurs : alors que  la logique diplomatique qui gouverne les arènes globales est devenu un obstacle évident à la mise en œuvre de politiques climatiques ambitieuses, le combat s’organise désormais localement.

Il n’est nullement question de renoncer à peser sur les grands équilibres internationaux. Il n’y a de fait pas de problème plus global que le réchauffement climatique, tant les politiques publiques et industrielles, les accords internationaux libéralisant le commerce et les échanges, et nos (in)décisions collectives ont des conséquences sur l’ensemble du globe – dans des proportions qui échappent à l’entendement, par leur ampleur comme par leur durée.

Mais l’action locale apparaît de plus en plus comme la nouvelle frontière de la bataille pour la justice climatique. C’est, en effet, dans des territoires très concrets que se jouent certaines des décisions les plus importantes pour notre avenir. Le devenir de projet de gazoducs tels que le TAP et le MidCat ne se jouent pas uniquement dans les cénacles transnationaux du G7, de l’Union Européenne ou des COP que par notre capacité à résister localement, respectivement dans le sud de l’Italie et en Catalogne (côté espagnol comme français) pour empêcher ces projets climaticides – par des actions militant.e.s, mais aussi grâce à l’engagement de collectivités soucieuses de contribuer à construire un futur juste et vivable, plutôt que d’accepter la destruction d’oliveraies, de vignes, de terres fertiles et de territoires dont la beauté est l’une des principales richesses – certes immatérielle.

La “transition”, ce mot-valise qui finit par ne plus signifier grand chose, retrouve un contenu très concret dès lors qu’on la pense localement, à partir de réponses très précises à des questions telles que l’organisation de la production d’électricité, de la politique des transports ou de l’utilisation du foncier à l’échelle d’un territoire donné.

Des tâches aussi essentielles que la reprise du contrôle de notre argent (privé – épargne – comme public – cotisations sociales, par exemple) et de son utilisation par les banques ou des institutions telles que la Caisse des dépôts, ont elles aussi une dimension locale. Il est en effet possible d’échapper à la logique froide et à l’inertie institutionnelle qui continuent à financer des projets dont l’existence même contrevient à l’Accord de Paris, en décidant d’utiliser notre éventuelle épargne pour financer l’acquisition de foncier mis à disposition d’une production agricole bio et locale (via, par exemple, Terres de Liens), ou de développer la production d’énergies renouvelables à petite échelle (via, par exemple, les “coopératives villageoises” ou encore des projets tels qu’Énergie partagée), etc. Nous pouvons également obtenir de nos collectivités locales qu’elles fassent de même et sortent leurs propres cotisations, ainsi que leur trésorerie de ce circuit mortifère, en le plaçant dans des banques qui excluent les industries fossile et nucléaire de leurs portefeuilles.

Les pionnier.e.s de la lutte contre la “malbouffe” – cet autre problème éminemment global, qui doit presque tout à la cupidité des multinationales de l’agro-alimentaires (et de l’agrochimie comme Monsanto) et aux accords de libre échange – l’ont bien compris : il était stratégiquement essentiel de relocaliser leur combat, leurs revendications pour, in fine, entamer la relocalisation la production alimentaire. Leur approche n’a bien sûr jamais été de dire qu’il suffisait que tout le monde passe en AMAP pour résoudre le problème – mais qu’il fallait articuler des revendications et des campagnes globales avec des actions collectives locales. Et parvenir à multiplier les aller-retours entre global et local – savoir mobiliser localement pour avoir un impact global autant que mobiliser globalement pour changer des vies localement. La Zad de Notre Dame des Landes est l’un des meilleurs exemples de territoire à partir duquel ne cessent de se croiser échelles locale et globale.

 

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C’est en quelque sorte un défi similaire qui nous attend en matière climatique. Il ne s’agit là non plus pas de faire l’éloge des choix individuels et des petites actions : en matière climatique, le préalable à tout engagement réellement opérant est de cesser de penser comme des individus, pour penser et s’organiser en tant que collectifs. Mais ce préalable a pour cadre un combat dont l’un des enjeux clefs est celui des échelles, bien plus que celui des solutions : trouver les cadres (territoriaux ou institutionnels) pertinents pour reprendre le contrôle sur nos vies, sur la production et la consommation d’énergie, sur ce qui est fait de notre argent, etc. Multiplier les allers-retours, donc – autour d’une conviction : nous ne pouvons délaisser les arènes globales, car si nous le faisons, nous perdrons certainement la bataille. Mais nous ne la remporterons pas si nous n’investissons pas massivement l’échelle locale.

Il apparaît alors sain de se détourner du G7 pour s’intéresser à deux événements concomitants : le lancement, ce 8 juin, du processus d’organisation d’une grande journée mondiale d’actions locales pour le climat, qui se tiendra le 8 septembre prochain ; le début du second tour Alternatiba, qui partira ce 9 juin de Paris, pour rejoindre Bayonne au mois d’Octobre, après un tour de France des résistances et des alternatives.

Ces jours-ci s’ouvre donc un cycle de quatre mois de mobilisations et de campagnes, dont les deux temps forts (les 8 septembre – partout dans le monde – et 6 octobre – à Bayonne) se donneront à voir dès ce week-end. Soit un été que nous pouvons donc mettre à profit pour résister et créer, ancré.e.s dans les territoires que nous habitons, sans pour autant renoncer à l’horizon de la solidarité et ainsi déployer des stratégies plus opérantes.

Pour en savoir plus :

Tour Alternatiba

Journée mondiale d’actions locales le 8 septembre

À noter qu’une journée d’actions visant à marquer les 10 ans de la crise économique et financière se prépare pour le 15 septembre - la rentrée offrira donc de nombreuses opportunités de multiplier ces allers-retours entre local et global !