Camisole espagnole

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Ellande Duny-Pétré
Ellande Duny-Pétré
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Camisole

L’arrestation de Carles Puigdemont en Allemagne et l’incarcération de cinq députés par Madrid décapitent le mouvement indépendantiste catalan. Par la suspension de l’autonomie comme par l’action de sa “justice”, l’Espagne fait tout pour qu’un gouvernement fantoche, soumis à ses ordres, dirige le pays. Elle bloque l’émergence d’une solution politique respectueuse des règles démocratiques et conforme à la demande des électeurs.

Le député et ex-président catalan Carles Puigdemont a été arrêté par la police allemande le 25 mars, alors qu’il rentrait de Finlande pour revenir en Belgique où il est exilé. Il comparaîtra devant un magistrat qui décidera de son maintien ou non en prison. L’Allemagne disposera de 60 jours renouvelables pour décider de son extradition éventuelle. Deux jours avant cette arrestation, l’Espagne avait lancé un mandat d’arrêt international à l’encontre des sept leaders politiques catalans exilés, tous députés ou anciens ministres. La coopération policière et judiciaire entre l’Allemagne et l’Espagne est meilleure qu’avec la Belgique où le délit de rébellion dont Carles Puigdemont est accusé, n’existe pas. Une douzaine d’agents des services secrets espagnols suivaient le leader catalan durant son périple en Europe du nord. La police écossaise négocie avec les avocats de Clara Ponsatí, ex-ministre de l’éducation du gouvernement catalan, pour qu’elle se présente auprès des autorités du pays.

La répression politique à l’encontre des leaders indépendantistes est tout aussi féroce en Catalogne même. Depuis les élections du 21 décembre 2017, trois candidats souverainistes ont dû renoncer à être élu président de la Generalitat. Carles Puigdemont, président sortant, bénéficiait d’une majorité absolue au parlement catalan. Il a renoncé le 30 janvier, sous les menaces de la Cour suprême et a dû laisser la place à un deuxième candidat, le député et ex-président de l’ANC, Jordi Sanchez, toujours incarcéré. Mais le magistrat de la cour suprême Pablo Llarena considère que ce dirigeant politique “risque de récidiver” en remettant à flot le projet souverainiste. Il a donc refusé le 9 mars qu’il sorte de prison —ne serait-ce que 24 heures— pour se présenter devant le parlement et être élu. Quelques jours plus tard, le 20, Jordi Sanchez soumis à un chantage “judiciaire” éhonté, démissionnait de son mandat de député.

Un troisième homme, Jordi Turull, est alors pressenti, non sans mal, car à chaque fois, les trois composantes de la majorité souverainiste doivent se mettre d’accord. Jordi Turull qui fut un des grands artisans du référendum d’autodétermination, a passé deux mois en prison et se trouve en liberté conditionnelle. Son jugement définitif, comme celui de la plupart des autres inculpés catalans aura lieu en principe, à l’automne 2018. Le 22 mars, le parlement ne l’a pas élu à la majorité absolue, du fait de l’abstention des quatre députés de CUP. Comme souvent, l’extrême gauche, par sa radicalité, devient l’allié objectif du pouvoir en place ou de la réaction. En principe, 48 heures plus tard, il sera élu président à la majorité simple et pourra constituer un gouvernement.

Troisième candidat… l’Espagne le réincarcère et embastille quatre députés

Mais le 23 mars, Jordi Turull est réincarcéré par la cour suprême, avec quatre autres leaders indépendantistes: les ex-ministres et députés, Josep Rull et Raül Romeva, l’ex-présidente du parlement et députée Carme Forcadell et la députée Dolors Bassa. Il y a quelques mois, les deux dernières avaient été libérées après quelques semaines de prison, non sans avoir versé respectivement 150 et 100.000 euros de caution. Une possible récidive dans leurs futures actions politiques et le risque que tous ces députés partent se réfugier à l’étranger, ont convaincu le magistrat. Il y a quelques jours, Forcadell et Bassa annonçaient qu’elles quittaient leur mandat de députées. En vain.

Dans les attendus de sa décision, Pablo Llarena compare le processus indépendantiste catalan à la tentative de putsch du colonel Tejero le 23 février 1981 et accuse les inculpés de “rébellion avec violences”, le plus grave chef d’inculpation prévu dans le code pénal espagnol, passible de 30 ans de prison. En outre, il exige de 14 ex-membres du gouvernement catalan le versement solidaire de 2,1 millions d’euros de caution, au titre de leur “responsabilité civile” dans l’organisation du référendum du 1er octobre 2017.

Sept leaders politiques exilés, dix en prison

La députée et secrétaire générale d’ERC Marta Rovira appelée par le même magistrat à comparaître le 23 mars, a senti le vent venir. En liberté sous caution (60.000 euros), elle ne s’est pas présentée à Madrid et a pris la veille le chemin de l’exil, rejoignant à Genève la députée CUP Anna Gabriel. En cinq mois, 28 dirigeants catalans ont été inculpés. Pour rester libres, 13 d’entre eux ont dû verser des cautions de 100.000 euros chacun, en moyenne. Sept personnalités indépendantistes ont dû quitter leur pays. Désormais, les figures les plus en vue de l’abertzalisme catalan sont, soit en prison, soit exilées.

La pression ne s’arrête pas là. Depuis 150 jours que le statut d’autonomie est suspendu, 260 fonctionnaires catalans ont été démis de leurs fonctions en raison de leur implication dans la mise en œuvre du référendum d’autodétermination. Le Conseil général du pouvoir judiciaire refuse, le 8 mars, à un ex-magistrat devenu sénateur ERC et très impliqué dans le processus indépendantiste, sa réintégration dans son corps d’origine. Le 16 mars, c’est au tour de Antoni Molons, haut fonctionnaire bien connu de la Generalitat, d’être destitué de ses fonctions par le conseil des ministres espagnol. Il s’était chargé de signer avec plusieurs médias des contrats de publicité en faveur du référendum.

La justice espagnole ne supporte pas les voyages et les interventions publiques de Carles Puigdemont au Danemark, en Finlande et en Suisse, au siège de l’ONU, seul ou en compagnie d’autres députés exilés. Elle fait des pieds et des mains pour essayer de limiter leur liberté de déplacement, elle enquête sur l’origine et le transfert des fonds qui leur permettent de vivre et de poursuivre une activité politique.

En cinq mois, 28 dirigeants catalans ont été inculpés.
Pour rester libres,
13 d’entre eux ont dû verser
des cautions de 100.000 euros chacun, en moyenne.
Sept personnalités indépendantistes ont dû quitter leur pays.

Consuls indésirables

Fin février, le gouvernement espagnol exige de la Finlande qu’elle suspende de ses fonctions son consul, Albert Ginjaume Egido, en poste à Barcelone. Madrid lui reproche, “ses activités inadéquates”, “en rapport avec la situation politique catalane”. Titulaire de ce poste depuis 29 ans, l’Espagne n’apprécie pas qu’au nom du Comité des consuls nommés à Barcelone —94 au total— Ginjaume Egido organise chaque mois un repas avec des personnalités de la vie politique, économique, sociale, culturelles et sportive de Catalogne. Au total, le gouvernement a exigé le départ de trois autres consuls, tous accusés de sympathie à l’égard des indépendantistes: ils représentaient les Philippines, la Lettonie et la Bulgarie. Ceux du Pérou et du Danemark sont sur la sellette. Depuis la mise en œuvre de l’article 155, onze délégations internationales catalanes réparties à travers le monde, sortes de pré-ambassades, ont été dissoutes. Les subventions allouées à 62 “Maisons de Catalogne” situées à l’étranger, ont été largement revues à la baisse.

Existe en Espagne l’équivalent du défenseur des droits chargé de se pencher sur les situations de discrimination. Le 28 février, Conceptió Ferrer, numéro 2 de ce service, rencontre secrètement et à titre privé, les deux députés indépendantistes incarcérés, Oriol Junqueras et Joaquin Forn. Sans effet pour l’instant. Seule exception, mais dans un domaine très symbolique, la condamnation de l’Espagne le 13 mars par la Cour européenne des droits de l’homme, pour avoir condamné à une forte amende deux Catalans qui, il y a onze ans, avaient publiquement brûlé un portrait du roi : cela ne constituait par un délit, mais relevait de la liberté d’expression.

La Catalogne n’existe pas

Avec ce torrent répressif, que l’on peine à suivre tant il s’étend, que recherche l’Espagne ? Un parlement et un gouvernement régional à sa botte, dirigé par un président autonomiste suffisamment souple. Que députés et dirigeants souverainistes acceptent de se soumettre sous la menace d’inculpations, d’amendes astronomiques et de prison. En échange de quoi, le statut d’autonomie pourra être rétabli… Car “tel est le bon plaisir” de l’État central, dans le respect absolu de sa légalité parée de toutes les vertus de la démocratie. Une situation qui rappelle le “bon temps” des colonies, celui de l’Algérie soumise de 1830 aux années 60 à toutes les lois d’exception possibles et imaginables par la France, suivant le syllogisme : L’Algérie c’est la France, or la France est une démocratie et son régime politique est légal, donc l’Algérie française est démocratique.
Les Etats européens préoccupés par d’autres questions, ne bronchent pas. Les “droits de l’hommistes” si prompts à s’émouvoir, restent silencieux. Les institutions européennes éprises de grands principes démocratiques, demeurent indifférentes. La Catalogne n’existe pas.

Indépendantistes inadaptés et butés

L’Espagne dirige directement et d’une main de fer la Catalogne et jamais le pays n’a été aussi calme et stable. Mais droite et gauche espagnoles tentent de démontrer que cette “région” est vraiment ingouvernable à cause de méchants partis “populistes”, dont les dirigeants inadaptés et butés relèvent de la psychiatrie. Madrid tente de faire croire que le chaos et l’instabilité minent l’économie, que les capitaux et l’épargne fuient, que le PIB chute. Elle entend ainsi convaincre l’opinion catalane : elle doit se détourner des partis souverainistes.
En empêchant les Catalans d’élire un gouvernement régional, d’ici fin mai, l’Espagne dissoudra le parlement catalan et organisera un nouveau scrutin. L’objectif de Mariano Rajoy est le maintien du statu quo institutionnel, avec un souverainisme catalan contenu et stérilisé, assorti d’un clair avertissement préventif adressé aux Basques, le tout avec le soutien sans faille de l’opinion publique espagnole. Les deux frères ennemis de la droite, PP et Ciudadanos, veulent se maintenir ou prendre les rênes de l’Etat grâce à une union sacrée que leur apportera le soutien ponctuel du PSOE. Une telle union n’est possible que si l’Espagne dispose d’un bon bouc émissaire: hier ETA, aujourd’hui les “séparatistes” catalan.

L’autonomisme catalan s’est transformé en indépendantisme, en grande partie parce qu’une haute cour espagnole avait fait passer à la trappe l’essentiel d’un nouveau statut d’autonomie, pourtant approuvé en toute légalité par le parlement catalan et par référendum. Ce n’était que le hors d’œuvre. Aujourd’hui, la même méthode est appliquée, plus violemment encore. Le pouvoir des juges fait taire et incarcère les élus non conformes.
La rigidité et l’autoritarisme espagnols, la caricature de justice et de démocratie qu’ils osent mettre en œuvre en Catalogne, marqueront à jamais les esprits, en particulier auprès de la nouvelle génération. Carles Puigdemont entre par la grande porte dans le Panthéon catalan, sur les traces glorieuses d’un Luis Companys, arrêté quinze fois depuis 1906 et fusillé par Franco le 15 octobre 1940. L’Espagne se montre aujourd’hui égale à elle-même, elle creuse chaque jour le fossé qui sépare deux peuples. Il devient celui de la haine. Gare aux effets dévastateurs de l’acharnement et de l’humiliation. Si les Espagnols connaissaient l’histoire européenne, ils se souviendraient des conséquences du Traité de Versailles. Adieu le désir du “vivre ensemble”.

4 Comments

  1. blacko
    Posted 27/03/2018 at 00:34 | Permalink

    Carles Puigdemont? celui qui a mis en place les politiques d’austérité ?! qui a envoyé les flics dans les facs?! ah oui, c’est un exemple…

  2. Jakes LAFITTE
    Posted 27/03/2018 at 08:08 | Permalink

    L’Espagne passe facilement de “dictadura” a “dictablanda”, mais c’est toujour une dictature. Une solution: abolir cette monarchie de “zarzuela” cree et maintenue par les franquistes d’hier et d’aujourd’hui, maintenue et louee par certaines revues “yoopies” pour personnes superficielles. telle que hola, paris match, et compagnie…et revenir a la republique avec droit a l autodetermination pour les Pays Catalans, le Pays Basque la Galice et l’Occitanie (Vath d’Aran)

  3. Matalòt Reinat.
    Posted 27/03/2018 at 15:35 | Permalink

    Une décapitation en bonne et due forme du mouvement catalaniste par un pouvoir espagnol d’inspiration nettement franquiste et fasciste. Honte à l’espagne (avec une minuscule), honte à son gouvernement haineux, honte à Rajoy et à sa clique de mercenaires, honte à l’Europe qui reste les bras croisés devant une telle accumulation de mensonges et d’anti-démocratie, honte au gouvernement franchouillard macroniste bien content de voir mettre au pas ces salauds d’indépendantistes. Liberté, droits de l’homme, liberté d’expression : foutaise, mots vides de sens dont on nous rebat les oreilles à l’envi, mais que l’on ne respecte jamais ! Vous pouvez êtres fiers de vos comportemenst, politicards de pacotille. Catalonha tromfarà !

  4. André GARO
    Posted 28/03/2018 at 13:10 | Permalink

    Si j’étais catalan je voterais non à l’indépendance (qui est à mon avis une fausse solution). Ceci dit la dérive fascisante, poutinesque, du gouvernement de Rajoy et la complaisance dont il jouit dans les medias français et sans doute européens sont bien plus préoccupants que la perspective de l’indépendance de la Catalogne.
    Oui à l’autodétermination pacifique des peuples.

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