Attention plagiat !

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Peio Etcheverry-Ainchart
Peio Etcheverry-Ainchart
Formakuntzaz historialari eta lanbidez editore. Abertzaleen Batasunako kide eta Donibane Lohitzuneko Herriko Etxean hautetsi abertzalea.
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Plagiat

“Ce livre ne s’est pas contenté de piller l’iconographie du tome de Manex Goyhenetche, mais a bel et bien pompé littéralement son texte, de sorte qu’on dénombre 17 “emprunts” représentant à peu près 90% du passage testé.”

“Copier l’oeuvre ou une partie de l’oeuvre de quelqu’un et s’en attribuer la paternité”, c’est la définition du plagiat donnée par le Petit Robert. Noël approchant, goûts personnels ou idées cadeaux nous font lécher les vitrines avec plus de tentations qu’à l’accoutumée. Et comme le lectorat d’Enbata est plutôt sensible à tout ce qui peut sortir de nouveau en matière de culture basque, je souhaiterais ici attirer son attention sur une nouveauté à surtout éviter, tant la honte doit planer sur son auteur et son éditeur.

Premiers doutes de forme

Le livre en question a pourtant tout pour séduire : une Histoire du Pays Basque sous forme d’un beau livre cartonné, avec une jolie couverture et du joli papier assorti de nombreuses illustrations dont de nombreuses en couleur, et tout cela pour un prix relativement correct pour ce genre de livre.

L’auteur –Dominique Lormier– est inconnu ici mais peu importe, le lecteur de base ne s’en soucie pas toujours.

Or sa petite biographie, apparaissant sur le premier rabat, est déjà sujette à questionnement : l’homme, présenté comme un historien, a la cinquantaine et déjà “plus d’une centaine d’ouvrages” à son actif.

En admettant qu’il ait commencé à 20 ans, cela fait environ 3 livres par an à un rythme régulier.

Il doit dormir peu.

Bizarre tout de même qu’il débarque ainsi avec un tel livre sans qu’on n’en ait jamais entendu parler ici, la plupart des gens écrivant sur le Pays Basque étant originaires d’ici ou y vivant, ou étant au moins connu d’un réseau ou d’un autre.

L’éditeur – Geste– est un éditeur des Deux-Sèvres, ce qui en soi est également curieux. Mais bon, personne n’a le monopole de l’intérêt pour le Pays Basque et son histoire, et nul n’est besoin d’être basque pour en avoir la légitimité.

Feuilletons donc le livre et, comme tout lecteur averti, consultons les éléments d’entrée d’un livre d’histoire : table des matières, bibliographie, introduction et conclusion.

Encore faut-il les trouver : pas de table des matières, le livre s’achève curieusement sur deux photos de Jacques Chaban-Delmas en train de jouer au golf ; pas de bibliographie, ce qui nous met en présence d’un auteur omniscient qui n’a eu besoin d’aucune source, et qui a pondu par lui-même et de mémoire toute une histoire du Pays Basque ; une introduction qui se borne à résumer le texte qui va suivre mais passons ; et pas de conclusion du tout.

A ce stade, on se perd déjà en conjectures mais encore peut-on se dire que les choix éditoriaux sont aussi nombreux que les écrivains et que cela n’empêche pas d’avoir un texte de qualité.

Passons vite sur le fait que l’épisode de la Deuxième guerre mondiale (également le plus richement illustré) occupe à lui seul 20% du livre, nous ne tardons pas à être interpellés par l’iconographie du début de celui-ci.

Un plagiat systématique

Les premières cartes ou illustrations consacrées à la période préhistorique nous rappellent vaguement un terrain connu. De fait, l’essentiel du début du livre est illustré de documents tirés du tome 1 de l’Histoire générale du Pays Basque de Manex Goyhenetche (éd. Elkar). Un, deux, trois, dix, vingt, on en dénombre 22 rien que sur les 50 premières pages ! En légende, la seule mention “M. Goyhenetche” entre parenthèses, sans source et sans évidemment d’autorisation.

La moutarde commence alors déjà à monter au nez, mais ce n’est qu’un début car la suspicion de contrefaçon encourage à parcourir maintenant le texte. Pour se rendre compte de l’honnêteté de l’auteur, prêtons-nous à un petit jeu des comparaisons, avec comme support le même livre de Manex et sur un simple test d’une quarantaine de pages.

IMG_20161129_0001C’est avec effarement qu’on constate alors que ce livre ne s’est pas contenté de piller l’iconographie du tome de Manex, mais a bel et bien pompé littéralement son texte, de sorte qu’on dénombre 17 “emprunts” représentant à peu près 90% du passage testé ! Du pur et simple copié-collé, assorti d’ailleurs de fautes de retranscriptions en euskara, avec bizarrement au milieu une seule citation en bonne et due forme du livre source en note, comme si ce cache-misère pouvait suffire à camoufler l’infamie.

Pas un sou pour un vampire !

Inutile de se demander si le reste du livre est à l’avenant, on comprend parfaitement comment l’auteur peut avoir plus de 100 livres à son actif en plagiant aussi allègrement le travail des autres.

C’est d’autant plus honteux que le livre plagié est celui d’un historien décédé il y a plus de 10 ans…

Honte à cet homme, honte aussi à cet éditeur qui a jeté son dévolu sur le Pays Basque, y trouvant un segment de marché attractif et ainsi une belle source d’enrichissement sans respecter une seule seconde le territoire, ses habitants, et celles et ceux qui ont écrit leur histoire.

Libre aux libraires de vendre ce livre. Libre aux consommateurs de l’acheter. Libre par contre à Elkar et à la famille de Manex (et aux autres auteurs plagiés dans ce livre) d’intenter une action en justice contre ces gens-là.

Mais gardons à l’esprit que le meilleur moyen de les décourager de continuer et de piller encore ailleurs et sur d’autres thématiques, c’est encore de refuser d’acheter et de lire ce livre, de cautionner ce pillage de notre historiographie et de manière générale ce qui est de la simple malhonnêteté intellectuelle (kasu, il existe aussi en poche : Petite histoire du Pays Basque).

PlagiatdePoche

“Ce livre ne s’est pas contenté de piller l’iconographie du tome de Manex Goyhenetche, mais a bel et bien pompé littéralement son texte, de sorte qu’on dénombre 17 “emprunts” représentant à peu près 90% du passage testé.”

 

4 Comments

  1. Juan Vicuna
    Posted 05/12/2016 at 17:09 | Permalink

    Merci de nous avoir informé, et ainsi nous éviter d’aider les voleurs, l’éditeur et le soi-disant auteur. Serait-il possible d’obtenir la saisie judiciaire avec mise au pilon du livre? Les droits de l’auteur plagié, décédé, peuvent ètre défendus par ses héritiers ou par une association? Au délà de ne pas l’acheter, aurait-il d’autres façons de réagir contre ce vol?

    • Etcheverry-Ainchart
      Posted 06/12/2016 at 14:20 | Permalink

      Egun on
      Un contact par voie d’avocat a été pris avec l’éditeur. Pour l’instant il est prématuré d’en dire davantage mais l’affaire n’en restera pas à la seule dénonciation d’historiens qui va avoir lieu demain. La meilleure manière d’agir contre ce plagiat est de faire circuler l’information le plus largement possible, voir de prêter un peu de son temps à travailler à dénicher les autres éventuels livres plagiés dans ce gros livre de 250 pages en vue d’une éventuelle action judiciaire, car un tel travail de prospection est très long. Pour cela, il suffit de me contacter par le biais d’Enbata. Milesker

  2. Tom
    Posted 16/12/2016 at 17:46 | Permalink