Un jour de colère

JC-PEA

A l’aune d’une grande manifestation le 20 novembre et au sortir de l’été, il est temps de réaffirmer ce que doit être le tourisme dans notre pays si attractif, respectueux de son environnement comme de son économie, en plaçant les besoins de la population en premier plan.

L’été est passé, et avec lui plus de deux mois de saturation dans tous les domaines, en tout cas sur ce littoral toujours davantage offert au tourisme de masse. Saturation démographique, avec des rues débordant de flots humains en villégiature.

Saturation automobile, tous ces braves gens n’envisageant pas qu’on puisse prendre des transports en commun durant ses vacances. Saturation de la vie économique, trop de commerçants jouant la facilité en tirant sur la corde de leurs saisonniers pour ensuite baisser le rideau pendant plusieurs semaines, si ce n’est tout l’hiver ; sans manquer d’augmenter leurs prix au début du mois de juillet ; sans penser que les locaux aussi aiment bien prendre un verre au bord de la mer, même en novembre ; sans penser qu’il est possible de proposer autre chose que des glaces et des tongs aux couleurs de l’ikurriña à nos visiteurs.

Effets délétères d’une activité louable

Bref, nous sommes une zone touristique, cela fait un moment que nous nous y sommes habitués. Personnellement, je ne trouve rien à redire à cet état de fait. Mon pays est beau, il est gâté par la nature, et je ne trouve pas incongru qu’une partie de son activité consiste à accueillir des gens qui souhaiteraient le découvrir. Je ne suis pas contre le tourisme, encore moins contre les touristes, bien au contraire. Il serait bien injuste de l’être quand on n’a de tentation plus délicieuse que de se faire soi-même touriste lorsque arrivent les vacances et que s’évader vers une jolie contrée plus ou moins éloignée aide à se ressourcer.

Faut-il le rappeler encore une fois : les abertzale sont pour le tourisme ! Mais un tourisme maîtrisé et vertueux. Pas un tourisme qui n’a de cesse que de tenter de vampiriser l’économie locale en ne laissant que des miettes aux autres secteurs d’activité pourtant riches et variés au Pays Basque. Pas un tourisme qui donne l’impression que les villes de la côte – et certaines du Pays Basque intérieur aussi – se réveillent à Pâques pour un sprint de quelques mois, avant de se rendormir en octobre, non sans laisser entendre à ses habitants qu’ils peuvent désormais sortir de chez eux et réinvestir leur territoire car les choses sérieuses sont désormais finies. Pas un tourisme qui adapte même certaines offres de services dits “publics” aux besoins des visiteurs, pour ensuite les réduire à nouveau sous prétexte que “c’est moins rentable”. Jamais les abertzale ne seront pour ce type de tourisme.

Les abertzale sont pour un tourisme équilibré, par lequel les touristes sont appelés à découvrir un pays et ses gens tels qu’ils vivent réellement. Un tourisme qui d’ailleurs respecterait ainsi bien davantage ses touristes qu’en leur bavant à la figure un pays de carte postale dont ils ne voudraient pas l’équivalent pour leur propre lieu d’origine. Un tourisme qui ne se fonderait pas exclusivement sur la saison estivale, la bronzette de plage ou les randonnées sous le cagnard, mais s’étalerait sur toute l’année afin d’éviter la thrombose de juillet-août et le vide de janvier. Bref, un tourisme qui serait au service du pays et non un pays au service du tourisme, secteur d’activité qui d’ailleurs est loin d’être le plus vertueux dans le partage des richesses qu’il produit, un vendeur de glace ou un gérant de food-truck nourrissant bien moins de monde qu’un agriculteur ou un commerce de bouche de proximité.

Les abertzale sont pour un tourisme équilibré,
par lequel les touristes sont appelés à découvrir un pays
et ses gens tels qu’ils vivent réellement.
Un tourisme qui serait au service du pays
et non un pays au service du tourisme.

Vivre au pays

Et puis surtout, un tourisme qui saurait gérer son offre d’accueil dans le respect des besoins fondamentaux de la population locale. En évitant qu’une minorité disposant des moyens suffisants pour acquérir une résidence secondaire qu’elle n’occupera qu’une partie de l’année ne s’impose systématiquement sur une majorité cherchant à vivre dans ce pays, qu’elle y soit née ou qu’elle s’y soit déplacée.

Un tourisme qui saurait aussi brider l’appât du gain de ces propriétaires d’immeubles qu’ils n’occupent pas eux-mêmes et qui préfèrent louer à la semaine, si possible en s’asseyant sur tout devoir fiscal, plutôt que de louer à l’année.

Car telle est bien la plus douloureuse des conséquences d’un tourisme mal géré au Pays Basque : l’impossibilité rampante d’y vivre au quotidien.

Serions-nous la Lozère ou la Creuse, que nous n’aurions aucun mal à loger nos enfants ; nous serions même bien en peine de les convaincre de rester y vivre. Ne crachons pas sur ce tas d’or que la géographie et l’histoire nous ont offert, on nous l’envie suffisamment.

Mais sachons faire comprendre à celles et ceux qui sont responsables de l’aménagement de ce territoire –monde que nous commençons d’ailleurs nous-mêmes à investir– qu’aucun intérêt économique ne vaudra jamais l’intérêt premier, celui de la population elle-même, son droit à vivre dans ce pays.

Bayonne, 20 novembre

Cela fait longtemps que les abertzale répétons ce message, revendiquons ce droit. Longtemps aussi que les gens le ressentent au plus profond d’eux-mêmes sans forcément se demander d’où vient le problème ni qui pourrait leur proposer le meilleur projet pour le résoudre, en vivant la situation dans une certaine fatalité. Mais ces derniers mois, la crise sanitaire ayant eu un effet accélérateur sur la crise du logement, l’exaspération devient palpable. C’est le moment de formuler massivement cette exaspération afin qu’elle soit entendue pour elle-même et non comme une ligne dans un diagnostic sociologique ou un programme électoral. C’est dans cet esprit que sera organisée la manifestation du 20 novembre prochain à Bayonne, sur cette seule question du logement. Pour la première fois une manifestation sera ainsi collectivement organisée au Pays Basque sur ce thème, en dépassant les clivages politiques parce que l’intérêt commun est en jeu, mais en affirmant bien fort comme postulat de base qu’il revient à la puissance publique de dicter sa loi aux marchés foncier et immobilier et non l’inverse. Une manifestation qui se voudra massive, un jour de colère qui signifiera qu’il faut maintenant que les choses changent, et qu’on va ensemble s’en donner les moyens. À nous tous et toutes de faire de ce jour de colère un jour historique pour Iparralde.

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One thought on “Un jour de colère

  1. J’aime bcp vos articles, des mots justes, vrais.
    Mais les premiers à faire de la spéculation, n’ont ils pas leurs racines ici dans cette terre ?

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