Débats électoraux centrés sur la souveraineté

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En durcissant leur position face aux projets souverainistes catalans, les Espagnols, toujours aux abois sur le plan économique, en font la pomme de discorde majeure dans les deux communautés autono-mes qui ont avancé leurs élections régionales: pour le 21 octobre en Pays Basque et pour le 25 novembre en Catalogne. Selon un sondage récent, 74% des Catalans sont favorables à l’organisation d’un référendum sur l’indépendance de leur pays. Mais les Cortes espagnoles, droite et gauche unanimes, approuvent le 9 octobre un texte qui interdit à la Catalogne le droit d’organiser ce type de consultation. L’article 149-1 de la Constitution permet aux communes et aux communautés autonomes le droit de les mettre en œuvre, mais il faut que l’Etat donne son accord. Toujours la laisse bien utile pour brider les «excès de démocratie». Pour ces beaux messieurs, de telles consultations sont autant d’excès et de dérives qui mettent en péril la démocratie!
Ce vote va bien dans le sens du vent. Les partisans du centralisme augmentent en Espagne: selon une enquête d’opinion, un quart des Espagnols est en faveur d’un seul gouvernement central, sans les autonomies régionales, et près de 15% se prononcent pour la diminution du pouvoir des communautés autonomes.

Bruxelles consulté
Le roi sonde discrètement quelques gros chefs d’entreprises catalans sur leur position face à la montée en puissance du souverainisme, l’un d’entre eux, patron du groupe d’édition Planeta, annonce qu’il délocalisera à Madrid ou à Saragosse. Le gouvernement espagnol demande à Bruxelles que la Commission européenne précise sa position en cas d’indépendance de la Catalogne. En effet, Viviane Reding, vice-présidente de la Commission et en charge de la Justice et des libertés publiques, vient d’affirmer dans une interview au Diario de Sevilla, que rien ne s’opposerait à une adhésion de la Catalogne à l’Union européenne.
Du coup, c’est la levée de boucliers espagnols. Le ministre des Affaires étrangères, José Ma-nuel Garcia-Margallo, vilipende l’ambiance du dernier match de foot-ball entre le FC Barcelonne et le Real Madrid, au Camp Nou: les drapeaux catalans et les cris de la foule en faveur de l’indépendance, ont donné de l’Espagne une «image désastreuse» à l’étranger. Le ministre de la Justice espagnol annonce le 7 octobre que l’indépendance de la Catalogne suppose que celle-ci abandonne l’euro. Sanchez Camacho, président du PP en Catalogne, indique que, non seulement le nouvel Etat devrait quitter l’Union européenne, mais que cela provoquerait une immense fuite de capitaux et d’entreprises, donc davantage de chômage et de pauvreté. Le 11 octobre, la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria, prédit au leader de CiU Artur Mas une chute abyssale de la Bourse, du fait de l’instabilité politique.

L’argument de la peur
En Pays Basque, le lehendakari Francisco Lopez ajoute: «Mais qui va payer nos re-traites?» Les arguments de la peur et du porte-monnaie, toujours les mêmes… on les connaît bien, ils furent ressassés par nos adversaires, dès les premières campagnes électorales du mouvement Enbata au début des années 60. «Foutez-leur la trouille», pour asseoir la domination, les arguments politiques les plus simplistes sont toujours les meilleurs.
Artur Mas réplique en disant qu’au regard de son poids économique, une Catalogne souveraine se situerait en douzième position sur les 27 pays de l’UE. Les républicains indépendantistes d’ERC font patte de velours. Leur président affirme que l’espagnol aura un statut de langue co-officielle dans une Catalogne indépendante, même si le catalan demeurera langue véhiculaire dans l’enseignement et prioritaire dans l’administration, y compris la justice.

Les masques tombent
En réponse, le ministre espagnol de l’Education, José Ignacio Wert déclare le 10 octobre aux Cortes, que «l’intérêt du gouvernement est d’espagnoliser les élèves catalans». Pour lui, le système éducatif catalan actuel vit une «dérive qui vise à cacher ou à minimiser les éléments communs, en particulier sur le plan historique, lorsque l’on présente l’histoire de la Catalogne au sein de l’Espagne». A l’inverse, «on exagère jusqu’à la caricature les aspects particuliers de la Catalogne».
On le voit, le choc est frontal, aussi bien sur le plan économique que culturel ou linguistique. Il a le mérite de la clarté. Les Espagnols ne font plus comme beaucoup de peuples et d’Etats dominants face aux minorités qui relèvent la tête. Ils ne s’avancent plus masqués avec de beaux discours sur l’union, la démocratie, la paix, l’universalité, les droits de l’homme, l’ouverture à l’autre, le pluralisme, la diversité, le bilinguisme bidon, la créolisation ou le métissage, etc. qui ne sont que double langage destiné à cacher la domination du plus fort, l’écrasement, la disparition programmée du plus fai-ble.
L’accord signé le 15 octobre entre les gouvernements britannique et écossais sur les modalités du référendum d’autodétermination prévu pour 2014, rend plus criant encore le hiatus entre deux cultures politiques: pragmatisme et sens du compromis au nord, crispation, invectives et menaces primaires, au sud de l’Europe.

Attelage nécessaire en Pays Basque
Le débat hispano-catalan rejaillit sur la campagne électorale qui s’achève dans la Communauté autonome basque. Avec quelques différences de taille. Ce type de débat a déjà eu lieu dans un contexte différent, lors du plan Ibarretxe de souveraineté-association, approuvé par le Parlement de Gasteiz, rejeté par les Cortes et abandonné par le PNV qui a refusé de poursuivre le combat.
Les deux partis, qui en principe, arriveront en tête le soir du 21 octobre, ne veulent pas brûler les étapes. Ils reviennent de loin, de très loin. Bildu à peine légalisé après des années d’interdiction, veut d’abord conforter son assise politique en occupant toute la place qui lui revient et en tournant définitivement la page de la lutte armée. Le PNV, écarté du pouvoir pour la première fois de son histoire récente, veut d’abord revenir aux commandes.
Aucun des quatre partis principaux, PP, PSOE, PNV et Bildu ne pourra gouverner seul. L’attelage à deux, avec ou sans participation au gouvernement, est donc le passage obligé. La négociation qui débutera le matin du 22 octobre est en somme la deuxième mi-temps du scrutin, son second tour. Elle a une incidence sur la campagne. Chaque parti veut à la fois rassembler son camp —la moindre voix comptera dans un scrutin à la proportionnelle qui fait basculer quelques sièges pour une poignée de suffrages— et en même temps, il convient de ménager le futur partenaire possible pour gouverner.
Classiquement, Bildu se montre le plus souverainiste, le PNV étant beaucoup plus pragmatique, timoré et flou dans son vocabulaire et ses projets à moyen terme. Quant à la démarche prévue pour faire avancer le projet indépendantiste, il en est peu question, dans la mesure où il s’agit d’abord de conquérir le pouvoir régional, de gouverner ensemble ou pas. En outre, la question de la méthode à mettre en œuvre est très liée à «un accord sociétal», la construction d’un mouvement social qui se mettra en marche sur le chemin de la souveraineté. Nous en sommes encore loin. Iñigo Urkullu, candidat du PNV, évoque un «accord ouvert et intégrateur», autour du pouvoir de décision. Pour la chef de file de Bildu, Laura Mintegi, un nouvel Etat libre en Europe ne peut pas se bâtir sur du vide mais avec tous, en recherchant des alliances. Le ton est moins à l’incantation d’hier, le principe de réalité a fait son œuvre, la nécessité de convaincre est davantage prise en compte.

Chevaux de l’apocalypse
Ce sont les Espagnols qui durcissent le ton en tentant de réveiller les vieux réflexes de la peur. Mariano Rajoy, le premier ministre PP ne dispose quasiment plus du spectre ETA. C’est très fâcheux. Le bouc émissaire, ça marchait si bien, c’était si pratique sur les estrades pour rassembler et enflammer les troupes. Alors Rajoy, de passage à Donostia le 8 octobre, enfourche les chevaux de l’Apocalypse: «Je n’accepterai jamais les séparatismes qui dé-bouchent sur le néant, il ne s’agit pas d’une simple option idéologique, mais d’une absurdité aux proportions colossales. C’est un torpillage sous la ligne de flottaison de ce qu’il faut faire pour vaincre la crise économique. Il ne faut surtout pas revenir des années en arrière, vivre des incertitudes qui aboutiront à l’isolement et à la perte du bien-être». Le patron du PP en Euskal Herria, Antonio Basagoiti, en rajoute une couche: le chemin emprunté en-semble par Bildu et le PNV, est celui de «l’incendie du Pays Basque pour rompre avec l’Espagne».
Pour Francisco Lopez, le PSOE est d’abord «un mur de contention» de l’indépendantisme. Il ajoute que «Bildu gouverne le Gipuzkoa comme une terre conquise (…). Le PNV ne va pas freiner Bildu, il sera son prisonnier». Aujourd’hui «Euskadi est devenu une référence au niveau mondial» —sous-entendu, parce que je le dirige— mais demain, s’ils rompent la caisse unique de la Sécurité sociale, «qui paiera les pensions?», actuellement «prises en charge par les travailleurs de toute l’Espagne».
Les socialistes ressortent du fond du tiroir Felipe Gonzalez. Au fronton de Barakaldo où il reconnut il y a près de quarante ans, le droit des Basques à l’autodétermination, le vieux leader de gauche clame aujourd’hui: les projets indépendantistes sont «un désastre, une régression historique», «aucun territoire es-pagnol ne sera indépendant. (…) Le droit à l’autodétermination que certains réclament, existe bel et bien, mais c’est le droit, le pouvoir de décision des Espagnols».
Et les sondages dans tout ça? Le PNV est donné gagnant avec 26 à 27 sièges de député, soit plus de 36% des estimations. Il est suivi par Bildu avec entre 21 et 23 sièges (plus de 25% des intentions de vote). Les socialistes chutent lourdement, ils pourraient perdre onze de leurs 25 parlementaires actuels et ne totaliser que 14 députés (17,2% des voix). Enfin le PP céderait aussi du terrain avec un peu plus de 10% des voix, soit 9 à 10 élus, alors qu’il en dispose de 13 aujourd’hui.

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