
Annuelle Obligatoire.
Les changements récents à la tête de Sokoa permettent d’imaginer une évolution de l’entreprise vers l’ESS et l’arrêt de pratiques comme la distribution de dividendes aux actionnaires lorsque des aides publiques ont été perçues.
Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas encore, Sokoa est une entreprise créée en 1971 à Hendaia autour de valeurs honorables comme “la contribution au développement économique et la création d’emploi au Pays Basque”, “la répartition équilibrée des profits et la volonté d’associer, de façon significative, les salariés au capital” et “la transparence de la gestion”. C’est en tout cas ce qui est martelé sur le site internet de l’entreprise et dans des publireportages de la presse locale. Derrière le storytelling bien ficelé, la réalité. Souvent vendu à tort aux habitant·es du territoire comme une coopérative modèle, le système Sokoa n’a rien à envier aux autres entreprises.
Aides publiques sans condition
Lors de l’Assemblée Générale des actionnaires de l’entreprise de Sokoa, nous avons une fois de plus été témoins de la manière dont le système capitaliste favorise la mise en place de dispositifs financés par la collectivité, sans condition ou contrepartie, afin de venir en aide à des entreprises confrontées à des difficultés économiques. L’AG s’est tenue le 27 juin 2026. L’une des résolutions soumises à l’ordre du jour portait sur une distribution de dividendes de plus de 800 000 euros au titre de l’année 2025, alors même que l’entreprise avait bénéficié du dispositif appelé Activité Partielle de Longue Durée Rebond (APLD-R) à partir de juin 2025. Une partie des bénéfices réalisés par l’entreprise repose donc sur ce dispositif d’aide publique. La résolution a été votée par une majorité d’actionnaires.
“Comment les pouvoirs publics permettent-ils qu’une entreprise distribue des dividendes à ses actionnaires alors qu’elle a eu recours à des aides publiques financées par la collectivité ?”
Comment les pouvoirs publics permettent-ils qu’une entreprise distribue des dividendes à ses actionnaires alors qu’elle a eu recours à des aides publiques financées par la collectivité ? Comment nous, citoyen·nes, pouvons-nous accepter que des actionnaires s’enrichissent sur des fonds publics, notre argent à nous tou·tes ? Comment des actionnaires trouvent-iels légitime de s’enrichir sur de l’argent public, au moment même où les travailleur·euses de l’entreprise subissent des baisses de salaires et une dégradation des conditions de travail ?
Il faut réécrire la chanson… Ilegitimoa banaiz, alda zuen legea!
En Hego Euskal Herria (Pays Basque Sud), ce type de pratique est interdit. En effet, depuis la crise de la COVID-19, l’article 5.2 du Décret 18/2020 du 12 mai prévoit notamment, dans son article 5, qu’il est interdit aux entreprises ayant recours à un dispositif temporaire de réglementation de l’emploi (“ERTE”) de procéder à la distribution de dividendes entre leurs associé·es. Nous refusons un système dans lequel les pertes sont socialisées tandis que les bénéfices sont privatisés : l’argent public doit servir l’intérêt collectif.
Siège éjectable
Depuis plusieurs mois, Sokoa vit une crise interne rythmée par des rebondissements plus ou moins inattendus. Le Conseil d’Administration du 31 juillet dernier a démis de ses fonctions Joseph Bergara “Txistu”, à sa tête depuis 2019. Dans la foulée, Timothée Achéritogaray, successeur de Jean-Michel Berra, a présenté sa démission en tant que directeur général. Iban Olhagaray a été élu à la tête du CA et Patrick Landais nommé DG. La fin nécessaire d’une ère.
Rappelons que cela impacte directement la vie de 260 travailleurs et travailleuses malmené·es ces dernières années, avec une volonté de les écarter le plus possible des centres de décision. Pour preuve, la direction de Sokoa a été condamnée plusieurs fois pour discrimination syndicale.
Cela nous oblige à repenser les systèmes de gouvernance depuis la base. Un système d’organisation dans lequel le pouvoir est centralisé et les richesses confisquées par les actionnaires ne permet pas de renouer avec lesdites valeurs de l’entreprise citées plus haut. D’ailleurs, les délégué·es du personnel ont une nouvelle fois réitéré leur proposition de faire évoluer les statuts de l’entreprise afin qu’elle intègre officiellement le champ de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). Cette évolution permettrait à Sokoa d’affirmer pleinement son identité, de devenir un acteur de référence de l’ESS dans notre territoire, et de passer d’éléments de langage à une réelle pratique.
