Plantoun, un précédent « gagnant-gagnant »

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Peio Etcheverry-Ainchart
Peio Etcheverry-Ainchart
Historien de formation et éditeur de profession; membre d'Abertzaleen Batasuna et conseiller municipal abertzale à Saint-Jean-de-Luz.
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Depuis maintenant plusieurs mois, l’occupation du logement n°26 du « hameau » de Plantoun défraie la chronique sociale et politique bayonnaise, mettant une nouvelle fois en lumière la lancinante question du logement au Pays Basque.

Le plantage du Plantoun

Script de la saga : un programme immobilier à vocation sociale, des malfaçons multiples, des biens laissés vacants en attendant une décision concrète, et finalement des squatteurs entamant un bras de fer avec la mairie au nom du scandale que constitue cette vacance dans un contexte de pénurie de logements. Les éléments du problème ne sont guère nouveaux, et c’est bien cela qui accentue cette impression de surplace dans la gestion de ce qui est devenu le souci premier de la plupart des habitant-e-s de ce petit territoire, avec bien sûr celui de l’emploi. Pourtant, quoi que l’opinion publique puisse penser de la méthode utilisée par ces militant-e-s, celle-ci a le mérite de rappeler de manière spectaculaire les lacunes de l’action publique en matière de logement.

Certes, la situation n’est guère similaire à celle d’il y a encore quelques années. Au milieu des années 2000, en effet, alors que la flambée des prix battait pourtant son plein, les municipalités locales commençaient seulement à prendre conscience de l’ampleur de la crise et se mettaient à peine à agir. Résultat de ce retard à l’allumage aujourd’hui : des manques criants au regard des besoins, rendus toujours plus importants du fait de l’augmentation de la population ; mais surtout, des difficultés croissantes à pouvoir dégager du foncier à un prix assez correct pour pouvoir en sortir des programmes sociaux. Car pendant que les collectivités temporisaient, le « marché », lui, n’attendait pas ; les promoteurs privés sont désormais les seuls à pouvoir faire à peu près ce qu’ils veulent, sachant pertinemment que les mairies se satisferont de pouvoir leur réclamer un quota minimal de logements sociaux, dans des programmes par ailleurs hors de prix et donc encore largement rentables.

Heureusement, en lisière de la jungle qu’est devenu le parc privé, on arrive encore à lancer quelques programmes accessibles au plus grand nombre, que l’on cherche à valoriser pour leur vocation sociale – comme si cela relevait du plus pur altruisme – mais aussi de plus en plus pour leurs vertus écologiques – n’oublions pas que le développement durable est quasiment devenu aujourd’hui une vertu cardinale, ne le regrettons pas. En ce domaine, après plusieurs années passées à se contenter de gérer l’avance prise dans les années 60-70 avec la construction de la ZUP et du Polo-Beyris, reconnaissons que la Ville de Bayonne a lancé de la plus belle des manières le projet du Séqué. Gageons que le résultat à long terme sera à la hauteur des méritoires efforts des débuts.

Mais, reconnaissons-le également, l’expérience du Plantoun est à plusieurs égards un plantage. Nous ne reviendrons pas ici sur les multiples problèmes survenus dans ce programme car ils sont déjà largement connus. Aujourd’hui, ce qui paraît le plus significatif n’est pas qu’il ait pu y avoir des malfaçons : ces dernières sont parfaitement inadmissibles mais elles sont devenues tellement classiques dans les programmes immobiliers vendus sur plan qu’on finirait presque par ne plus s’en émouvoir. Ce qui interpelle le plus, c’est d’une part les manquements dans le suivi de ces projets une fois leurs défaillances mises en lumière, et d’autre part la difficulté à trouver une issue au problème. Dans ces deux domaines, la situation du squat du Plantoun me fait penser à une autre situation qui avait également fait pas mal de bruit dans Bayonne il y a presque dix ans, et dont l’issue constitua un précédent dont on pourrait s’inspirer aujourd’hui encore.

Plantoun
5 bis rue du trinquet

Au début de l’année 2004, suivant la logique d’une campagne lancée quelques années auparavant dans le domaine du logement, Abertzaleen Batasuna « ouvrait » un appartement situé en pleine place Patxa, au 5 bis rue du trinquet, et y installait publiquement Christiane, une jeune femme dont le dossier prenait la poussière au milieu des listes d’attribution de logement social. L’appartement en question, propriété de la Ville de Bayonne, était resté vide durant une bonne dizaine d’années et, fait ahurissant, la municipalité reconnaîtra quelque temps plus tard qu’elle en avait oublié jusqu’à l’existence ! Dans l’immédiat, l’action fut revendiquée avec pour but de dénoncer la vacance de centaines de logements pourtant en état d’être habités, et ce en plein Bayonne. Trois mesures furent réclamées à la mairie : régularisation de l’occupation du logement par un bail en bonne et due forme, le temps de décider de sa destination à long terme ; en guise de proposition de destination du bien faite à la mairie, partenariat avec le PACT pour remise aux normes puis attribution à un foyer d’accueil d’urgence ; enfin attribution d’un autre logement social à Christiane.

Evidemment, la première réponse de la mairie n’alla pas dans ce sens. Comment lui en vouloir ? Il est naturel de la part d’une mairie de ne pas souhaiter agir sous la pression et à la suite d’une telle action, parfaitement illégale à défaut d’être illégitime. Une première rencontre en mairie avec les adjoint-e-s à l’urbanisme et aux affaires sociales se solda donc par une menace d’expulsion manu militari. Mais une fois posées la détermination de l’initiative ainsi que l’évidente impopularité d’une éventuelle intervention policière, il ne fallut que quelques mois de bras de fer pour que la mairie accepte l’ensemble des revendications posées par AB. Quelques semaines plus tard, l’ensemble des décisions furent suivies d’effet et le logement fut réouvert, cette fois légalement.

Presque dix ans plus tard, à Plantoun, la situation est bloquée. Certes, certains détails diffèrent entre les deux affaires, mais le fond est identique : que faire d’un logement défaillant au regard du cahier des charges de la construction d’un logement neuf mais parfaitement propre à l’habitation, et est-il possible de le rendre utile à la collectivité le temps de trancher sur sa destination finale ?

Soyons clairs, quelles que soient les responsabilités du passé, la gestion de la politique du logement à l’heure actuelle est une question éminemment difficile ; ses méandres administratifs, juridiques et politiques rendent tous les y’a-qu’à-faut-qu’on inopportuns et d’ailleurs inefficaces. Mais en l’occurrence, les squatteurs du Plantoun ne demandent pas autre chose que ce qui fut obtenu rue du trinquet. Je cite leur communiqué : « les squatteurs actuels sont prêts à quitter les lieux si une famille est relogée dans la maison occupée. (…) Des travailleuses sociales se sont proposées pour accompagner la famille qui prendrait possession des lieux, par le biais d’un accord (convention d’occupation, indemnité d’usage) entre les HLM (propriétaire) et une association d’accueil et d’hébergement de personnes en difficulté ». Le précédent existe, c’est un modèle dont personne – ni même la Ville de Bayonne – n’a eu à se plaindre puisque toutes les parties en sortirent gagnantes, l’ouverture d’un logement social supplémentaire, même temporaire, constituant un évident intérêt collectif. Loin des proportions incompréhensibles qu’a prises l’affaire du Plantoun au plan judiciaire, un accord sur ces bases permettrait d’en sortir par le haut.

Gagnant-gagnant

Il est donc important d’être nombreux samedi prochain devant la mairie de Bayonne, pour appeler au bon sens dans cette histoire ; celui qui permettrait de voir une expérience immobilière malheureuse être sinon totalement rattrapée, du moins compensée du mieux possible en se hissant à la hauteur de l’enjeu. Car si les erreurs ne pourront jamais être toutes évitées, dans la construction comme dans tant d’autres domaines, il restera toujours anormal que leur conséquence prenne la forme d’un logement habitable mais totalement inoccupé. Surtout dans le contexte immobilier actuel. Quelles que soient les parties en présence, elles ne peuvent que se retrouver autour de cette évidence.

En ce qui me concerne, c’est dans cet esprit que je serai devant la mairie de Bayonne samedi prochain à 16h.

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