
A Cambo, après l’attaque sur les légumes de Marienia, ce sont ses terres qui ont été arrosées d’herbicide, tandis qu’à Lorategi, des promoteurs ont entamé un chantier en s’affranchissant des règles vis-à-vis d’espèces protégées.
Fébrilité ? Acte désespéré ? Colère noire ? Tentative d’intimidation ? Simple bêtise ? Difficile de se faire une idée exacte de ce qui a motivé le déversement d’un herbicide chimique sur la parcelle de blé de Marienia à Cambo. Par contre, l’objectif des coupables est très clair : c’est la volonté de détruire la récolte à venir, et au passage, de contaminer les sols.
La terre brûlée de Marienia
Il s’en est fallu de peu pour que les brebis présentes sur ce champ ne soient intoxiquées car le paysan avait prévu de leur ouvrir la parcelle de blé, conformément à une tradition ancestrale consistant à faire paître les brebis dans le blé à ce stade de maturité (tallage).
Sur ce terrain à la valeur agricole incontestable mais promis à Bouygues en vue d’un projet immobilier, dans une bataille qui dure depuis des années avec moult rebondissements, les opposants ont planté d’abord des légumes dont des patates récoltées en septembre 2025, avant de semer du blé vers la mi-octobre, qui devait permettre de fabriquer du pain. Une partie des légumes avaient eux aussi été attaqués, coupés, arrachés, ce qui avait conduit à un joli atelier de fabrication d’épouvantails. Le vandalisme a encore augmenté d’un cran sur le blé, irrémédiablement ravagé par l’utilisation de produits toxiques et potentiellement rémanents, sans aucun respect ni pour la terre ni pour le travail des paysans. En tous les cas, cet acte malveillant est symboliquement proche de la politique de la terre brûlée utilisée par les vaincus qui préfèrent laisser derrière eux un champ de désolation.
Coup de tonnerre juridique sur Lorategi
Mais il est une deuxième affaire camboarde qui vient également de provoquer un petit coup de tonnerre. C’est le projet Lorategi, porté par In’Sitom et l’Office 64 de l’habitat. Un permis de construire leur a été accordé sur un terrain en partie boisé abritant de nombreuses espèces protégées, ce que les porteurs du projet ne pouvaient ignorer puisqu’un cabinet d’études en avait établi la réalité dès 2023.
Toutefois, les promoteurs ont fait le choix de commencer le chantier sans aucune considération pour la biodiversité, dans la mesure où ils n’ont délibérément pas déposé de dossier de demande d’autorisation de dérogation à l’interdiction de destruction d’espèces protégées. Rappelons qu’en présence d’espèces protégées, des mesures doivent être prises pour éviter ou réduire les impacts, et s’il reste des dommages, pour les compenser. Par exemple, cela peut être des clôtures qui empêchent aux animaux de rentrer sur le chantier tout en permettant à ceux présents de s’enfuir. La dérogation de destruction des espèces est souvent accordée, mais ce qui en fait tout l’intérêt, c’est la définition des mesures qui l’accompagnent et qui permettent de préserver, en partie du moins, l’environnement immédiat du projet.
Le temps de l’urbanisme débridé devrait s’arrêter, il est tout à fait possible de conjuguer logement et protection de nos espaces naturels ou agricoles.
Les constructeurs étant passés outre cette obligation de demander une dérogation, le CADE (Collectif des Associations de Défense de l’Environnement) avait saisi le tribunal judiciaire de Bayonne sur le plan civil pour faire suspendre immédiatement les travaux. Ce dernier avait donné raison au CADE et ordonné, le 28 octobre 2025, l’interruption des travaux sous peine d’une astreinte journalière de 1.000€ dans l’attente de la demande de dérogation. Les porteurs du projet avaient fait appel du jugement. La décision de la cour d’appel de Pau est tombée le 17 mars 2026. Elle confirme le jugement de Bayonne : les travaux ne pourront reprendre qu’une fois les dérogations nécessaires demandées, puis le cas échéant accordées.
Deux dossiers pour une même cause
Le temps de l’urbanisme débridé devrait s’arrêter, il est tout à fait possible de conjuguer logement et protection de nos espaces naturels ou agricoles. C’est ce que demandent les habitants et les paysans, c’est aussi le sens de toutes les politiques publiques récemment votées au niveau de la CAPB. En cohérence avec cette attente forte du territoire, ces deux dossiers vont peut-être contribuer à ce que les promoteurs réfléchissent dorénavant à deux fois avant de s’emparer de terrains encore vierges et s’intéressent – enfin – aux rénovations des vieilles bâtisses et diverses friches qui sont pléthore à Cambo notamment.
