Les monnaies alternatives démarrent en Hegoalde

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La formule papier de la monnaie alternative Ekhi à Bilbao, en 2014-2015.

La formule papier de la monnaie alternative Ekhi à Bilbao, en 2014-2015.

Desazkunde crée de 2014 à 2015 à Bilbao la monnaie alternative Ekhi. Puis il change de formule en optant pour la digitalisation. Le réseau Ekhilur s’étend en septembre 2022 à Hernani en Gipuzkoa où il reçoit le soutien de la municipalité souverainiste.

Depuis 2011 dans le vieux quartier central de Bilbo, cogite le collectif Desazkunde, il milite en faveur de la décroissance. Trois ans plus tard, il crée Ekhi, une monnaie alternative avec seulement une vingtaine de commerçants pionniers qui adhèrent à la démarche. Ils entendent promouvoir les valeurs d’équité, d’économie durable, d’égalité entre les sexes, de promotion de la langue et de la culture basques. Concrètement, il s’agit de construire un réseau, de favoriser les liens entre vendeurs et acheteurs, de fidéliser ces derniers, de maintenir l’identité du quartier et de lutter contre la financiarisation de l’économie. A chaque acquisition d’un Ekhi équivalent à un euro, trois centimes sont destinés à un fond social, Ekhifunding, qui finance associations et mouvements sociaux. Le système est assorti d’une formule de péremption afin d’accélérer la circulation de la monnaie qui a une valeur limitée dans le temps, mais renouvelable à chaque usage. Malheureusement, l’expérience-pilote peine à prendre son envol et s’arrête un an plus tard.

Alors Ekhi crée Ekhilur, une coopérative de consommation sans but lucratif (www.ekhilur.eus). Elle met en route en 2017 une monnaie uniquement digitale qui doit fonctionner grâce à la création d’une Entité de monnaie électronique. Mais à Madrid, la Banque d’Espagne refuse d’autoriser cet outil. Ekhilur contourne l’obstacle en faisant appel à une entité d’origine française, Ap Aganea et à l’application Clickcoin. Chacun peut effectuer ses règlements grâce à une application sur son téléphone portable ou l’usage d’une carte dotée d’un QR Code.

 Relations avec l’Eusko d’Iparralde

Une centaine de commerçants adhère à Ekhilur qui s’étend en Biscaye, à Mungia notamment. Carmen Muñoz, élue municipale Elkarrekin Podemos de Bilbao, prend en charge le dossier afin de soutenir le petit commerce urbain affecté par la pandémie. Le 26 mars 2021, le conseil municipal vote une aide de 28.300 euros en faveur de la nouvelle monnaie, tous les groupes politiques sont pour, sauf le PP. Cette aide financière prend en charge le prix de l’adhésion de chaque coopérateur à la coopérative Ekhilur. Bilbao Ekintza, entité publique de développement économique dirigée par Xabier Otxandiano, accompagne la coopérative avec l’élaboration d’un plan d’action. Le réseau des associations de commerçants est sollicité, en particulier le plus important, le réseau Reas Euskadi, ainsi que Goiener, coopérative de production et de distribution d’énergie renouvelable et ses 12.000 sociétaires, ou encore la banque éthique basque Fiare, née en 2013. Il s’agit de créer un outil stratégique en faveur de l’économie de proximité, d’une certaine éthique de consommation et qui soit non dépendant des structures financières internationales, mais bien entre les mains des usagers.

Le président d’Ekhilur, Alex Lopez, rencontre en 2021 les promoteurs de l’Eusko d’Iparralde, dans le but de tisser des liens et pourquoi pas de construire demain une formule commune. L’Eusko est en Europe la première monnaie alternative, avec ses 4000 usagers particuliers, 1300 commerçants et l’adhésion de 35 communes. Il fait figure de grand frère, voire de modèle.

Créer du lien, recentrer les flux monétaires

L’extension de l’usage de l’Ekhi franchit une nouvelle étape en septembre de cette année. La ville d’Hernani (Gipuzkoa, 20.000 habitants) lance l’usage digital de la monnaie grâce au système Ekhilur. L’opération reçoit le soutien économique de le municipalité souverainiste basque. Elle vient de réaliser « un diagnostic qui aboutit à un plan d’action en faveur du commerce local » explique Patxi Ibarguren, conseiller municipal d’EHBildu. L’usage de l’Ekhi apparaît comme un outil adéquat. 20 Ekhis sont offerts par la ville au moment de l’achat des premiers 50 Ekhis/euros, puis fonctionne ensuite une formule de bonification de l’ordre de 10 % au fur et à mesure de l’usage de la monnaie. Soixante établissements commerciaux adhèrent, avec à leur tête l’association Berriak qui regroupe les commerçants classiques et les hôteliers. Un système de bons d’achat qui se cumulent en Ekhis est prévu, afin de promouvoir la nouvelle monnaie. Le maire d’Hernani compte bien intégrer l’Ekhi dans les budgets et le fonctionnement municipal. Il entend ainsi renforcer la communauté et les liens sociaux dans la cité, en valorisant la fonction sociale de l’argent, en modifiant les habitudes des acheteurs qui ont tendance à consommer de plus en plus à Donostia et finalement en maîtrisant davantage les flux économiques ou en clarifiant les démarches de consommation. La crise économique de 2008 a fait de gros dégâts et la ville d’Hernani a mis en œuvre quatre opérations de bons de soutien pour un total de 600.000 euros.  L’usage des Ekhis permettra aujourd’hui de recentrer ces actions et de les prolonger, grâce à un effet multiplicateur du fait des échanges locaux.

Le maire d’Hernani Xabier Lertxundi (à gauche), aux côtés du responsable des services sociaux, José Léon Etxart..

Le maire d’Hernani Xabier Lertxundi (à gauche), aux côtés du responsable des services sociaux, José Léon Etxart..

Le PSOE vent debout contre l’Ekhi

Le PSOE d’Hernani siège dans l’opposition et il tire à boulets rouges sur l’Ekhi, «une pseudo monnaie», fruit d’un « ensemble idéologique » qui revendique la «souveraineté monétaire». Les socialistes accusent la mairie de « séquestrer » l’économie locale avec un système qui réduit le marché et pénalise les usagers. Entre les usagers d’Ekhi et ceux qui ne l’utilisent pas, point d’égalité, bref il s’agit d’une formule « perverse et trompeuse ». Lorsque les promoteurs de l’Ekhi affirment qu’il s’agit d’influencer ou d’exercer un contrôle sur la monnaie, c’est un mensonge, puisque la référence demeure l’euro. Au PSOE, la version espagnole du jacobinisme bat son plein.

Une autre monnaie locale a vu le jour dans la capitale navarraise Iruñea. Elle consiste en la distribution de bons d’achat par une cinquantaine de commerçants du centre ancien, sous la forme de milliers de fac similés de pièces anciennes, inspirées de l’époque moyenâgeuse. Ils ont une valeur de un, trois ou cinq euros. Leur apparence est celle de divers métaux vieillis, cuivre, argent et or, ils sont offerts aux clients au bout du deuxième achat et ne fonctionnent plus au moment des soldes. Le lancement  de cette monnaie a eu lieu le 8 septembre, jour du 599e anniversaire de la réunion des trois quartiers historiques de la cité, Saint-Cernin, Saint-Nicolas et Navarrería, en une seule et même ville, par Charles III le Noble. Cette monnaie locale n’a évidemment rien d’alternatif, elle est dépourvue de tout projet socio-économique global. Il s’agit d’une simple démarche de promotion commerciale.

One Comment

  1. Jakes LAFITTE
    Posted 24/10/2022 at 21:52 | Permalink

    Ongi da, baina nire ustez hobeki litateke euskoa zazpi probintzietan eta lehenik mugaren aldeko salerosketan erabiltzea (Irunen; Ibardinen; Saran; Dantxarinean eta Luzaiden bereziki) hara Iparraldeko jende asko datorrelako.

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