
A l’inverse des populations des pays du Sud qui paient le prix du dérèglement climatique depuis des années, ses conséquences sont plus nouvelles en Europe et accentuent la prise de conscience de cette réalité. Pourtant cela fait des décennies que les climatologues alertent, répètent toujours et encore le même message: à cause de la combustion de carbone fossile l’atmosphère se réchauffe, les événements météo extrêmes deviennent plus intenses, plus fréquents, plus longs, et leurs dégâts humains, écosystémiques et économiques se multiplient. Tant qu’on continuera de brûler du pétrole, du gaz et du charbon, il y aura des canicules toujours plus violentes. Le message est archi-connu, maintes fois répété, mais toujours pas pris au sérieux par les décideurs malgré l’évidence. Les climatologues se désolent de voir se matérialiser leurs prédictions d’il y a 20 ou 30 ans en cas d’inaction globale.
Retard et impréparation
Un nouvel épisode de chaleur marque le début de ce mois de juillet, le troisième après celui des 25 et 26 mai, puis la semaine du 21 juin dernier où pendant 5 jours d’affilée il a fait entre 37 et 41 degrés en journée à la station météo de Biarritz. Ailleurs le thermomètre a dépassé 44. Les corps encaissent, sauf ceux qui ne le peuvent plus, car affaiblis par l’âge ou la maladie, car coincés dans des logements précaires, car contraints par des activités qui les exposent à l’intempérie (à l’extérieur) et à ses effets (dans des locaux non isolés), car morts noyés en cherchant à se rafraîchir. La semaine du 21 juin les demandes d’interventions des pompiers ont augmenté localement de 50 % et de 20 % pour le SAMU(1), dans l’hexagone les hôpitaux sous-dotés craquent sous l’afflux des patients(2) . À Biarritz et à Bayonne un transfert des élèves des écoles publiques à la Halle d’Iraty et au stade Jean-Dauger a été organisé, car leurs bâtiments habituels ne les protègent pas de la fournaise. Le nombre de places était cependant insuffisant et les parents ont été invités à ne pas envoyer leurs enfants à l’école. Ces solutions improvisées à la dernière minute montrent clairement notre retard et notre impréparation collective, là où des politiques volontaristes auraient dû structurer nos activités et nos lieux de vie depuis longtemps.
Dans les fermes-usines, volailles et porcs sont morts en masse, les services d’équarrissage débordent, beaucoup d’animaux seront enterrés sur place à la hâte, avec les risques sanitaires que cela implique. Dans les rivières les niveaux d’eau étaient déjà extrêmement bas en juin. Dans les eaux qui se réchauffent et s’appauvrissent en oxygène, des milliers de poissons sont morts, comme à Ancenis-Saint-Géréon près de Nantes. L’association Hegalaldia a récupéré plus d’oiseaux en détresse qu’à l’habitude. Les forêts déjà durement éprouvées par les sécheresses et chaleurs des étés précédents verront des mortalités record, de même que les vergers de nombreux arboriculteurs.
Déni de responsabilité
Pendant ce temps, le gouvernement francais ne trouve pas mieux à faire que de raboter encore le budget du dispositif d’aide MaPrimeRenov’, destiné à la rénovation énergétique des logements, et celui du fonds vert, destiné à l’adaptation des communes au réchauffement climatique. L’ADEME, agence clé dans la décarbonation des collectivités territoriales, est également menacée de démantèlement. Quel genre de capitaine couperait l’eau de ses pompiers en plein incendie, et au nom de quoi?
Au niveau municipal, les décisions de démantèlement de mesures vertes se multiplient, par pure idéologie. À Bordeaux, la nouvelle municipalité a supprimé le label «Bâtiment frugal bordelais» qui contraignait les promoteurs à utiliser des matériaux biosourcés, à limiter le béton et à intégrer massivement de la végétation dans les projets de construction; et supprime des jardinières pour les remplacer par des places de parking. Plus près de nous à Urrugne, la municipalité défait une voie cyclable pour y remettre des voitures.
Au niveau européen également, depuis 2024 s’enchaînent les reculs environnementaux, les coupes budgétaires ou annulations de mesures d’adaptation et de mitigation du changement climatique. Toujours pour les deux mêmes raisons : le court-termisme financier, et une idéologie hostile aux mesures écologiques. En plein incendie, les capitaines coupent l’eau de leurs pompiers car l’eau est considérée trop chère et les pompiers jugés trop militants. Comme s’il n’y avait pas d’urgence plus massive et immédiate.
Choix politiques à contresens de la science
Comme le rappellent Vincent Lucchese dans Reporterre(3) et Urko Apaolaza dans Argia(4), les canicules ne tombent pas du ciel, elles sont une violence politique. Elles sont la conséquence de décisions politiques délibérées à contresens de la science, à contresens du bien commun, à contresens de la protection des plus vulnérables.
Quand les causes sont connues, quand les risques sont évalués, quand l’information est transmise de longue date aux décideurs, ces décennies d’inaction délibérée et ces sabotages législatifs sont simplement criminels. Criminels, car au bout de la chaîne des responsabilités non assumées il y a des morts, toujours plus nombreux, et disproportionnément parmi les plus vulnérables. Au moins 2 025 pour la vague de chaleur de juin(5) , nombre qui sera corrigée à la hausse et auquel s’ajouteront les morts des prochaines canicules.
Ne rien lâcher
On ne le redira jamais assez: chaque dixième de degré compte. Si nous baissons les bras l’issue sera pire encore. Jean-Pascal van Ypersele (climatologue et ancien vice-président du GIEC) appelle à résister, car le meilleur cadeau que l’on pourrait faire au lobby des énergies fossiles ce serait d’être découragés. Nous n’allons pas abandonner nos territoires, nous allons y renforcer les alternatives engagées, qui figurent dans le Pacte pour le climat et les habitants du Pays Basque déjà signé par 30 communes regroupant 56% des habitants du territoire :
- Pour un habitat où on ne suffoque pas et qui ne contribue pas aux canicules, la charte du bâtiment frugal Sud-Aquitain donne de nombreuses pistes, pour notre territoire où le bâti consomme près de la moitié de l’énergie(6) et émet 16% des GES(7).
- À l’heure où les canicules estivales et les alternances de sécheresses et pluies extrêmes mettent à mal la stabilité des productions alimentaires, il nous appartient de renforcer une agriculture diversifiée, locale, qui fait vivre ses sols, et garantit à chaque habitant·e une alimentation saine et accessible.
- Réduisons notre dépendance à l’économie globale: développons une économie circulaire – par la réparation, le réemploi et la réduction des déchets – au service de l’emploi local, et généralisons l’usage de la monnaie locale.
- Le tout-voiture doit définitivement appartenir au passé, en développant des transports en commun pratiques et adaptés pour tou·tes, et en reliant les principaux lieux de vie et d’activités par des aménagements cyclables
- Les énergies fossiles doivent aussi appartenir au passé: produisons une énergie locale, citoyenne et renouvelable pour tendre vers la souveraineté énergétique.
(1) Source : Radio Ici Pays Basque, 25 juin
(2) Source : Après sept jours de canicule, des hyperthermies, des malaises cardiaques et de premiers décès : les hôpitaux à un « point de basculement », Le Monde, 26 juin
(3) https://reporterre.net/La-canicule-est-une-violence-politique
(4) https://www.argia.eus/albistea/beroaldia-ez-du-zeruak-ekarri-biolentzia-politikoa-da
(5) “La canicule a déjà fait 1300 morts en Europe depuis le 21 juin, selon l’OMS”, RTS, 29 juin
(6) Source : AREC 2022
(7) Source : bilan à mi-parcours Plan Climat CAPB 2025
Photo : action réalisée par Bizi le 16 juin 2022

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