Les Baléares gèlent pour quatre ans les créations nouvelles de lits touristiques

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Ellande Duny-Pétré
Ellande Duny-Pétré
Engagé dans le mouvement abertzale depuis le Procès de Burgos. Responsable de la chronique Hegoalde dans Enbata.
Beste artikulu batzu
Bateau de croisière de plus de 5000 passagers désormais limités aux Baléares.

Bateau de croisière de plus de 5000 passagers désormais limités aux Baléares.

Une nouvelle loi de cette communauté autonome limite à 15 % la possibilité d’augmenter la surface des hôtels, s’ils réduisent de 5 % leur capacité d’accueil.

Soucieuses d’éviter la saturation touristique, les Iles Baléares en Méditerranée ont décidé de geler pendant quatre ans supplémentaires leur capacité d’accueil, tant en ce qui concerne les hôtels que les locations de vacances. Le Conseil de gouvernement a adopté le 11 février un décret-loi destiné à devenir une loi, après les amendements apportés par les groupes parlementaires. Il contient des mesures visant à rendre supportable sur le plan environnemental la pression touristique et à protéger les droits des salariés de ce secteur essentiel dans l’économie locale.

Le texte est immédiatement applicable, et a pour effet de bloquer les demandes de créations de nouveaux établissements et leur agrandissement. La hauteur des bâtiments des hôtels et des résidences de vacance est limitée, seuls des travaux de réorganisation des espaces intérieurs sont autorisés, dans la mesure où ils aboutissent à une réduction du nombre de lits.

Déjà dans les années 90, les Baléares mirent en place un système de licences assorties de quotas pour limiter l’augmentation des clients dans les établissements hôteliers, une formule modulée selon les îles et le type d’établissement (rural ou urbain, gîtes, etc.). Une loi de 2017 fixa ensuite le plafond du nombre total de lits touristiques, alors de 623.624, avec pour projet de faire baisser leur nombre de 120.000 unités pendant les années suivantes (1). Aujourd’hui, nous en sommes à 430.000 places disponibles. Les nouvelles règles adoptées début février empêchent la commercialisation de 18.718 places hôtelières.

Francina Armengol, présidente socialiste du gouvernement des Baléares.

Francina Armengol, présidente socialiste du gouvernement des Baléares.

Une majorité PSOE, Podemos et les abertzale de Més per Mallorca sont à l’origine de ce décret-loi. Le PP et Ciudadanos s’y opposent et parlent de « violation de la démocratie ». Ils sont l’expression du mécontentement de la FEHM, la Fédération de l’Economie hôtelière de Majorque, puissant lobby d’un secteur économique majeur dans l’archipel et qui met le pays en coupe réglée.

Hôtels « vertueux »

Selon Francina Armengol, présidente socialiste des Baléares, le débat en cours porte sur la question du « maintien d’une offre touristique de qualité et équilibrée, entre le nombre de places offertes et les capacités réelles » d’accueil de l’archipel. Bien entendu, elle « fait le pari de la qualité plutôt que de la quantité ». Par ce biais, les Baléares entendent devenir la première destination touristique de la planète fonctionnant selon les principes d’une économie circulaire et soutenable, prenant en compte la charge supportable par l’ensemble de l’éco-système îlien.

Les entreprises touristiques seront soumises chaque année à une évaluation de leur gestion des produits consommables et de leur production de déchets. Les économies d’eau, l’usage d’énergies renouvelables, l’abandon progressif du fuel seront favorisés. Le défi est que chaque établissement réduise sa production annuelle de CO2 de 57 tonnes. La classification des hôtels visera à obtenir l’abandon de critères de luxe, au profit d’une plus grande sobriété et simplicité de certaines prestations proposées, la mise à l’écart de gadgets inutiles intégrés dans les offres commerciales du « tout compris ». Les équipements à un seul usage et jetables seront proscrits. Est promue une nouvelle catégorie d’hôtels « vertueux », elle bénéficie d’un label quatre étoiles. Dans la restauration, les productions locales, en particulier celles de la pêche, seront valorisées, comme seront interdits les distributeurs automatiques d’alcool, afin de favoriser les emplois directs.
Le texte adopté est assorti d’un volet social. Il prend en compte l’amélioration des conditions de travail des 20.000 femmes de chambre et des personnels de service extrêmement nombreux. En six ans, il conviendra de rendre pivotants 300.000 lits afin de faciliter le travail d’entretien (coût de l’opération, 300 e par lit).

La mise en œuvre de ce plan s’accompagne d’une série d’aides du gouvernement autonome, à hauteur de 60 millions d’euros, d’abord destinées à la rénovation des équipements les plus petits et les moins rentables. Mais les sanctions ne sont pas oubliées, en cas de non respect des mesures : amende de 500 € pour refus d’installation d’un lit pivotant et jusqu’à 100.000 euros, si les obligations liées à l’économie circulaire ne sont pas suivies.

Avant la pandémie en 2019, les Baléares ont accueilli 2.656.443 touristes empruntant 818 bateaux de croisières. En une seule journée, 16.000 personnes envahissaient ainsi Palma de Majorque et rendaient la ville invivable. Aussi, le gouvernement autonome vient de limiter à partir de 2022 le nombre de ces bateaux de croisières désireux d’accoster : seulement trois par jour, dont un seul de 5000 passagers. A ce jour, Dubrovnik en Croatie et Aalborg au Danemark ont pris de telles mesures.

On le voit, les efforts des autorités régionales pour limiter l’arrivée de millions de personnes s’accompagnent d’un arsenal de mesures visant à maîtriser un développement anarchique et destructeur, mu par la seule recherche de profits immédiats et la fuite en avant. Les Baléares seraient-elles un laboratoire susceptible d’inspirer d’autres pays ?

(1) En 2020, les îles Baléares comptent 1.171.543 habitants. Elles ont reçu 16,4 millions de touristes en 2019.

 

One Comment

  1. xipri
    Posted 14/02/2022 at 18:07 | Permalink

    Voilà le plus intéressant des articles que j’ai lus depuis longtemps.
    Il mérite d’être écrit en terres d’or pour rester ineffaçable.
    Il me semble avoir lu il y a quelque temps qu’à l’île de Ré on ne donne plus de permis de construire. Qui pourrait confirmer ou infirmer?
    Qui suggérera à nos responsables politiques et sociaux de suivre la même voie que les Canariens ou (éventuellement ) celle de l’île de Ré? De toutes façons il faudra bien s’arrêter un jour…
    quand il ne restera plus un seul mètre carré de libre
    lorsque le terrain de rugby sera réfugié au dessus de la terrasse des immeubles construits sur le terrain actuel. Tout est possible à nos merveilleux techniciens sortis des grands écoles. Je pense à cela chaque fois que je vois de l’autoroute la cour de récréation d’une école d’Eibar, au paysage panoramique, visible depuis l’autoroute à condition de lever les yeux.
    Tout cela ne sera pas possible bien sûr sans les précautions voulues, un bataillon de psychologues spécialisés entre autres afin que nous ne nous trouvions pas au milieu d’une pandémie phénoménale de crises cardiaques.
    De tels changements! Ce sera autre chose que le passage de l’âne à l’auto puis au TGV. Nous marquerons l’histoire.

    xipri

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