Les abertzale face au défi de la grande précarité et de l’immigration

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Juliette Bergouignan
Juliette Bergouignan
Enseignante universitaire retraitée, militante Batera, membre du Conseil de Développement et de la CIMADE.
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Autrefois, dans nos fermes, il était courant d’accueillir les vagabonds en leur offrant une assiette de soupe et une place au chaud au fenil. Cet accueil était naturel, culturel. La solidarité familiale, entre voisins et au-delà, est une valeur forte en Euskal Herria. Le projet abertzale d’autodétermination est un projet inclusif, solidaire. C’est collectivement que nous répondons aux besoins fondamentaux de notre société : alimentation saine, logement, formation.

Cette solidarité qui s’étend bien au-delà du monde agricole fut à l’origine du GFA mutuel devenu Lurzaindia. Ces structures ont permis de maintenir sur leurs terres des fermiers expulsés, d’installer des hors cadre familiaux, de garantir une destination agricole à des terres convoitées pour les transformer en résidences secondaires tout en essayant de freiner (un peu) la spéculation foncière.

Depuis bientôt 16 ans, EHLG est une réalisation dans laquelle les abertzale ont un rôle important. Loin de se limiter au monde paysan, EHLG accueille dans ses instances, des consommateurs et membres de plusieurs associations. Prise de conscience, développement d’une agriculture paysanne et durable avec des outils collectifs de transformation ou de commercialisation ont un impact important sur les paysages, la santé et l’alimentation en Iparralde Ce lien entre paysans et consommateurs, citadins et ruraux a été encore renforcé par Lurrama, vitrine de l’agriculture respectueuse de la terre, des hommes, des animaux, dans laquelle s’investissent beaucoup de bénévoles non paysans.

Les abertzale et les migrants

Tout en dénonçant les politiques migratoires actuelles, tant européenne que française, des solutions locales ont été trouvées pour faire face aux besoins les plus urgents de familles étrangères avec enfants ou de jeunes migrants : hébergement, alimentation, formation, santé et accompagnement dans leurs démarches administratives et de santé. Les abertzale sont souvent très investis dans des associations de solidarité avec les plus démunis, dont ils sont parfois à l’origine. N’oubliant pas l’histoire récente de notre émigration en Amérique du Sud, comme du Nord.

Le Pays Basque, avec quelques autres territoires (Briançon, Grande-Synthe) a rejoint “les villes et territoires accueillants”.

Etorkinekin /Solidarité migrants regroupe 12 associations locales, dans tout Iparralde, accueillant des familles sans papier en attente d’une éventuelle régularisation administrative. Bestearekin, quant à elle, s’occupe de familles déboutées du droit d’asile.

Améliorer la situation

Pourtant, beaucoup reste à faire et la situation actuelle est loin d’être satisfaisante avec environ 250 personnes sans abri sur le BAB. La Maison de Gilles (35 places) et “ma nuit”, dortoirs de 25 places près de l’abattoir d’Anglet, sont saturés. Tous les soirs, beaucoup de personnes appellent le 115, mais, faute de place, elles sont contraintes de dormir dehors et c’est là que leur santé se dégrade. Quant à ceux qui sont hébergés en dortoirs à “ma nuit”, ils doivent retourner à la rue vers 8 heures du matin, avec sacs, valises… et aucun local technique ou bagagerie ne sont prévus pour qu’ils puissent se délester pendant la journée. Heureusement, le Point Accueil Jour accueille, autour d’une boisson chaude, des personnes désirant prendre une douche, laver leurs vêtements. Des travailleurs français ou étrangers, dont le salaire est modeste, dorment dans des voitures ou sous la tente, les loyers privés étant trop élevés et les délais d’accès aux HLM trop longs. La crise économique qui se profile, avec l’accroissement du chômage, mettra davantage de gens incapables de payer leur loyer à la rue.

C’est intolérable ! Les solutions existent. Volonté politique et échange avec les militants de terrain devraient permettre d’améliorer cette situation.

Les abertzale forces de proposition

Les abertzale doivent être force de proposition, en particulier nos élus à l’Agglomération. Même s’il revient à l’Agglomération d’ouvrir davantage d’hébergements publics, les propriétaires privés peuvent contribuer à améliorer la situation. On pourrait aussi inciter fiscalement les propriétaires d’appartements vides l’hiver à accueillir des familles sans abri hors saison, avec garanties de suivi par des référents associatifs afin qu’il n’y ait pas de dégradation et défraiement des charges par l’agglomération. Selon l’INSEE, 70% des SDF souhaiteraient vivre en appartement et seulement 30% choisissent la liberté et restent dans la rue avec leurs chiens.

Les mairies abertzale, en particulier celles proches du BAB, pourraient à minima destiner un local au plan grand froid et mieux encore offrir des solutions d’hébergement d’urgence à l’année.

Toujours avec des financements solidaires, la formation est un terrain où les abertzale s’investissent, bien sûr avec Integrazio Batzordea au sein de Seaska, mais également en donnant des cours d’alphabétisation aux migrants ou en trouvant avec eux des établissements acceptant de les former et de leur permettre ainsi une intégration professionnelle future.

Depuis toujours, les abertzale ne se sont pas contentés de revendiquer. Il ont su mettre en place les outils dont ils avaient besoin, tant pour la création d’emplois (avec Herrikoa et les coopératives (Scop, SCIC), que pour la transmission de l’euskara (avec Seaska, Gau Eskola, Uda Leku), et le développement d’une agriculture paysanne et durable (avec EHLG et tous les organes gravitant autour) que pour la production et fourniture d’énergie locale et renouvelable avec I-Ener et Enargia. Gageons qu’ils proposeront des solutions pour lutter contre la grande précarité.

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