Nette victoire du PNV, recul d’EH Bildu, entrée de Podemos au Legebiltzar, déroute du PSOE et poursuite de l’érosion du PP, voilà le panorama politique de la Communauté autonome basque au soir des élections autonomiques du 25 septembre 2016. Avec 28 élus sur 75, le PNV sort grand vainqueur du scrutin. Dans une participation en légère baisse de 1,5 point par rapport à 2012, mais avec un nombre d’inscrits en augmentation, le parti du lehendakari sortant améliore son score de 14.000 voix et gagne un siège supplémentaire. Même s’il n’atteint pas la majorité absolue de 38 sièges, Urkullu n’aura nul besoin de contracter des alliances pour pouvoir gouverner durant les quatre prochaines années. En effet, les challengers éventuels devraient constituer une coalition à trois pour atteindre la majorité de 38 au Legebiltzar. Cette perspective est pour l’heure inenvisageable. D’élection en élection, la participation citoyenne baisse. Moins de 2 électeurs sur 3 (62,26%) se sont déplacés pour aller voter ce 25 septembre. Ici comme ailleurs, cette lente mais inexorable érosion civique pose question.
Réactions
Andoni Ortuzar (EAJ-PNV) “Nous voulons un gouvernement fort et stable. Nous n’écartons rien. Toutes les options sont sur la table. Nous verrons laquelle sera la meilleure. EAJ possède la culture politique du pacte”.
Arnaldo Otegi (EH Bildu) “Des majorités larges sont possibles. Sur 75 membres du parlement, 57 sont en faveur du droit à décider. Ce pays a besoin d’accords larges, et ces accords sont possibles, il faut une volonté politique. Au sein d’EAJ et de Podemos, nombreux sont ceux qui sont en faveur de tels accords”.
Joseba Egibar (EAJ-PNV) “Les autres partis n’ont pas su orienter convenablement leur boussole. Pour moi, c’est une bonne chose que Ciudadanos n’ait pas obtenu de représentant. Les citoyens ont bien évalué les stratégies mises en place par les partis. Les gens ont besoin de certitudes. (…) Le PSOE a besoin d’entamer une réflexion. Le PNV va composer un gouvernement, seul. Après, nous nous efforcerons de parvenir à des accords sur l’économie, sur le développement, sur les politiques sociales. Pour cela, il faudra voir quelles seront les stratégies des autres partis”.
Maddalen Iriarte (EH Bildu) “Nous avons du pain sur la planche pour pouvoir prétendre au leadership. Toutefois, depuis les dernières élections, il me semble que nous sommes parvenus à susciter l’intérêt des gens. Il nous faut à présent faire le bilan des résultats et déterminer où nous devons travailler pour aller plus loin que ces 18 sièges. (…) Au vu des résultats obtenus par EAJ, je vois mal comment parvenir à un accord sur la souveraineté. EAJ doit être particulièrement satisfait des résultats obtenus par le PSOE, car il lui sera facile de passer des accords avec un PSOE affaibli qui ne pourra rien exiger”.
Pili Zabala (Podemos) “Nous avons obtenu 11 sièges, en deçà de ce que nous espérions. Néanmoins, ces résultats sont historiques et je suis sûre que nous ferons mieux à l’avenir. Nous devons travailler dur pour avoir la possibilité de décider de notre avenir. Nous devons travailler à élaborer un nouveau système social et une nouvelle donne politique”.
Répartition contestable
Comme à l’issue de chaque scrutin autonomique dans la CAV, on ne peut manquer de s’interroger sur l’inégalité représentative de la répartition des 75 sièges du legebiltzar à égalité entre les trois provinces: 25 pour chacune d’entre elles. Ainsi, au legebiltzar, la Biscaye et ses presque 900.000 inscrits ne pèsent politiquement pas plus que les 580.000 gipuzkoar ou les 255.000 électeurs arabar. Ce système inégalitaire voulu par le PNV pour mieux intégrer l’Alava où le sentiment abertzale était en 1975 beaucoup plus incertain qu’en Biscaye ou Gipuzkoa, fausse considérablement la représentativité démographique, et donc démocratique, au sein de la Communauté autonome. Qu’est ce qui justifie en 2016 que le vote d’un arabar compte autant que celui de quatre bizkaitar? Si la répartition des 75 sièges du legebiltzar était proportionnelle au nombre d’inscrits, la répartition des sièges serait la suivante: Bizkaia 39, Gipuzkoa 25, Araba 11. On note que le Gipuzkoa avec ses 580.000 inscrits et ses 25 élus est en conformité avec la juste représentativité. En projetant les résultats obtenus ce 25 septembre sur une représentation au prorata du nombre d’électeurs par province, on se rend compte que le PP n’aurait pas plus de 4 ou 5 élus au legebiltzar et que le PNV serait plus proche de la majorité absolue.
Quel gouvernement
Plus encore que lors de la mandature précédente, Urkullu a les mains libres à l’issue de la large victoire du PNV. Avec 28 élus, il n’atteint pas la majorité absolue de 38. Toutefois, il ne cherchera pas d’accord programmatique et gouvernera seul. Il sait que la seule alternative à un gouvernement PNV ne pourrait venir que d’une coalition à 3: EH Bildu + Podemos +PSOE (38 élus au total). Eventualité invraisemblable en raison du refus catégorique du PSOE d’envisager une consultation sur l’autodétermination. Pour adopter le budget, Urkullu pourra compter, comme actuellement, sur l’appui d’un PSOE qui sort lessivé de ces élections et ne pourra pas exiger grand chose en contrepartie.