L’arrivée du TGV en Iparralde, chronologie d’un débat

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+ Juillet 2022 : de passage à Ustaritz, Andoni Ortuzar, président du PNV, déclare : « Nous ne sommes pas ici pour dire par où, comment, quel itinéraire le train à grande vitesse doit emprunter en Iparralde. Nous disons seulement qu’il faut construire la LGV ».
+ 12 décembre 2022 : un rapport du Conseil d’orientation et des infrastructures envisage la construction du tronçon de LGV Dax-Irun au plus tôt en 2042, alors que le TGV, le Y basque construit par la Communauté autonome, arrivera à Irun au plus tôt en 2027, sans possibilité de raccordement au Nord avec une ligne TGV ou une voie classique modernisée.
+ 17 décembre 2022 : le maire de Bayonne et président de la CAPB J.-R. Etchegaray, le maire PSOE d’Irun José Antonio Santano et le maire écologiste de Bordeaux Pierre Hurmic, cosignent un communiqué demandant une étude par un cabinet indépendant pour moderniser la voie ferrée existante entre Irun et la Nouvelle Aquitaine. Les TGV pourraient ainsi rouler sur le tronçon Irun-Bordeaux à des vitesses modulées, jusqu’à 220 km/h au nord de Dax. Ils proposent que cette étude évalue le coût, un calendrier, la faisabilité technique, les données sur le développement du ferroutage, les temps de trajet et l’impact environnemental de cette infrastructure. José Antonio Santano est devenu très critique à l’égard du projet de ligne LGV parce que Madrid vient de décider qu’un gare pour TGV serait construite à Irun et que la ligne nouvelle contournant Irun par Biriatou « tuera » Irun. Le président de la région, le socialiste Alain Rousset ardent promoteur du TGV, réplique qu’il faut faire la LGV et améliorer la voie existante, les deux. Beaucoup sont sceptiques sur ce « en même temps ».
23 décembre 2022: le président du conseil départemental Jean-Jacques Lasserre réaffirme son approbation à la construction d’une LGV parce « qu’il croit à l’ouverture » qui « est un véritable devoir ». « Le Pays Basque est un pays d’hommes et de femmes ouverts », la « force du Pays Basque est d’avoir colonisé le monde entier : les bergers dans le Nevada, les baleiniers à St-Pierre-et-Miquelon, les populations en Argentine… ».
31 décembre 2022 : le Journal officiel publie la liste des communes dont les propriétaires et les entreprises devront payer pendant 40 ans une nouvelle Taxe spéciale d’équipement (TSE) créée pour financer la construction de la LGV, entre autres entre Bordeaux et Dax. 39 communes du Pays Basque sont concernées et une taxe additionnelle est annoncée pour 2024. Au total, 51 millions d’euros seront à verser par an. Or les élus de la CAPB ont le 18 décembre 2021 voté à près de 80 % contre le projet de construction de ligne TGV et ont refusé de signer une convention de financement pour un projet de construction qui pour l’instant s’arrête à Dax. Pour le président de la CAPB J. R. Etchegaray, « le gouvernement ne doit pas passer en force », à l’inverse, la députée Florence Lasserre considère qu’à hauteur « de 3 à 7 euros par an et par contribuable », le montant « de cette taxe n’est pas démesuré ou déraisonnable ». Dans les Landes, les élus PS sont favorables à cette taxe au nom de « l’intérêt général ». A l’intérieur des terres, d’autres élus grincent des dents au sujet de la « défense d’un intérêt qui n’est général que pour les communes balnéaires de la côte » landaise.
Le conseil départemental des Landes (PS) s’est engagé en 2021 à financer la construction de la LGV à hauteur de 140,9 millions d’euros ; le 64 à hauteur de 70 millions (avec la condition que 16 millions soient consacrés à la rénovation des lignes Dax-Bayonne et Dax-Pau) ; la ville de Pau à hauteur de 75 millions ; la Gironde et le Lot-et-Garonne disent niet et des opposants du 47 parlent de « racket, de calice jusqu’à la lie, d’épée jusqu’à la garde, de double peine, etc. ».
+ 7 janvier 2023: le président de l’Agglomération Pays Basque Jean-René Etchegaray fustige « une fiscalité aveugle à l’expression des territoires», à propos du financement de la LGV. « On est en train de nous cerner », ajoute-t-il. Selon les critères définis par l’État, « 38 communes à moins d’une heure de Dax », point d’arrivée provisoire de la ligne, « se retrouvent imposées, Biriatou est concernée mais pas Hendaye, Hasparren mais pas Cambo ». Le périmètre embrasse « les trois quarts de la population de notre agglomération ». Celui qui est aussi maire de Bayonne se méfie : « Il n’est pas acquis à ce jour que l’Europe apportera les 20 % espérés d’elle au projet », soit 2,05 milliards. « Si les financements attendus n’arrivent pas, serons-nous comptables des engagements des autres collectivités ? Les contribuables ne doivent pas devenir la variable d’ajustement de ce projet, par une simple décision modificative de la loi ou une autre taxe ».
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11 janvier 2023 : Jean-Jacques Lasserre, président du conseil départemental, réaffirme son engagement pour la LGV et en remet une couche : « Un pays qui ne s’ouvre pas est un pays qui se condamne. Il y a des étonnements qui m’étonnent. La question fiscale des collectivités pour financer la LGV n’est pas nouvelle », dit-il sans les nommer à l’adresse des élus d’Iparralde et de Jean-René Etchegaray. Dans ce débat à fleuret moucheté, ce dernier répond le 20 janvier à J.-J. Lasserre : « Nous ne sommes pas ce village d’Indiens auxquels certains cherchent à nous réduire. Notre attractivité, notre tradition d’accueil ne sont plus à démontrer ».
+ 13 janvier 2023 : les conseillers généraux abertzale EHBai Iker Elizalde et Annie Poveda présentent au parlement de Navarre une motion en faveur de la modernisation de la ligne ferroviaire existante ente Dax et la frontière. Elle est votée à l’unanimité. En revanche, la deuxième motion qu’ils proposent pour dénoncer la nouvelle taxe spéciale d’équipement est rejetée : 29 élus pour la taxe, 21 contre et 3 abstentions.
+ 18 janvier 2023: le CADE révèle les prévisions de fréquentation de la nouvelle ligne de TGV qui traversera Ie Pays Basque Nord. Ils proviennent d’un bureau d’étude travaillant pour la Commission européenne. Pour 2030, cette étude annonce qu’entre 5000 et 6400 trains de fret circuleront chaque année, soit de 14 à 18 trains par jour sur 350 jours ouvrés, c’est à dire 7 à 9 trains par sens. Chiffres à l’appui, le CADE révèle que le gain de temps de transport résultant de la construction d’une ligne TGV Bordeaux-Hendaye est très faible.
+ Rappel: les promoteurs de la construction d’une nouvelle ligne clamaient publiquement en 2006 qu’avec une nouvelle ligne TGV, le fret passerait de 2,4 millions de tonnes (chiffre de 2002) à entre 15 et 21 millions de tonnes. Des montants stratosphériques sont avancés, de l’ordre de 160 trains de fret circulant par jour en Pays Basque, en 2020 et une immense vague d’avantages économiques ruisselant sur les territoires traversés.
20 janvier 2023 : le président du PNV en Iparralde Peio Etxeleku écrit que « pour construire de manière partagée avec la société un projet d’avenir pour le Pays Basque, nous avons pris le temps d’écouter la société basque une année durant » dans le cadre de la démarche Entzunez eraiki. Le 19 décembre, l’Euskadi buru batzar a « traduit les conclusions des échanges tenus avec les représentants des associations, des groupes, et des entités des secteurs sociaux, culturels et économiques consultés durant l’initiative », y compris en Iparralde. « Il n’y a aucune possibilité de faire de la politique à l’avenir, sans écouter, sans réfléchir, sans partager toutes ces réflexions que la société doit faire ». Ce grand audit a-t-il modifié la position du PNV au sujet du passage du TGV en Iparralde (cf juillet 2022) ? Apparemment non. On comprend mieux dès lors la bienveillance que Jean-Jacques Lasserre affiche le 2 décembre au sujet du groupe Elgarrekin herriarentzat composé d’élus de la CAPB et dû à l’initiative de Peio Etxeleku. J.-J. Lasserre partage avec son initiateur les critiques sur « le mode d’organisation en communauté d’agglomération tel qu’il a été choisi, ce n’est pas la solution idéale».
La rivalité entre les deux institutions, celle de Pau et celle de Bayonne, voit ici sa traduction. Pas très étonnant que le président du conseil départemental préfère pour la CAPB une formule plus décentralisée, donc ayant moins de moyens et de cohérence pour s’opposer à ses décisions.
+ 21 janvier : le quotidien Le Monde publie un dossier consacré à la « Ruée vers l’ouest ». Ii s’agit du mouvement de population qui, en France depuis des années, fait se déplacer la population vers le littoral breton et aquitain. La Gironde compte 450.000 habitants de plus qu’en 1990, alors que 240.000 habitants quittent l’Ile-de-France chaque année. Ces populations de retraités, de cadres et de télé-travailleurs s’installent dans les zones résidentielles à la périphérie des grandes villes. L’État est indifférent à ce phénomène. Dans ses politiques publiques, il continue à soutenir le « Grand Paris » qui devrait renforcer le poids économique de la capitale. Il laisse les villes moyennes du littoral se débrouiller face aux prix de l’immobilier qui flambent, à la relégation des salariés locaux « essentiels » loin de leurs lieux de travail et au bouleversement des mobilités. Les déplacements motorisés en très forte augmentation annulent les efforts des municipalités (péri)urbaines pour limiter les nuisances de la voiture individuelle. Avant hier avec l’arrivée du TGV à Marseille, un tel phénomène se produisit sur la côte méditerranéenne. Hier et aujourd’hui, c’est le cas de Bordeaux et de la Bretagne, lorsque le même TGV desservit ces territoires. Avant l’arrivée du fameux train dans notre pays, cette dramatique évolution est déjà à l’œuvre. La population du Pays Basque gagne 3500 personnes par an, alors que notre taux de natalité est extraordinairement bas. Et demain, lorsque le TGV entrera en gare ?
+23 janvier : le groupe d’opposition municipale abertzale Hendaia Biltzen propose une motion en faveur de la modernisation de la voie ferrée existante entre Dax et Hendaye. Le maire socialiste qui a voté pour la LGV en 2011, refuse de prendre en compte ce « coup de com ».
26 janvier : le conseil municipal d’Ustaritz vote contre le projet de voies nouvelles pour TGV et l’instauration de nouvelles taxes pour les financer.
28 janvier : à Bordeaux, des centaines d’opposants aux côtés de nombreux élus manifestent, ils le font savoir au préfet en disant oui au train et non aux Lignes à grande vitesse. Les maires d’Irun, de Bayonne et de Bordeaux sont présents.
28 janvier : un rapport « consultatif » de 320 pages du Conseil d’orientation des infrastructures préparé sous l’égide du député pro-Macron David Valence, préconise de reporter au-delà de 2038 le chantier de la ligne à grande vitesse Bordeaux-Dax. Les pro-LGV sont furax, les opposants se sentent pousser des ailes.

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One thought on “L’arrivée du TGV en Iparralde, chronologie d’un débat

  1. Commentaire avec correctif

    La fiscalité s’est donc alourdie et a été multipliée dès la 1ère année par 237%.

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