La voix des sans État

Paul-André Colombani, Jean-Félix Acquaviva et Michel Castellani échangent avec Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif de Corse, avant de partir pour l'Assemblée nationale.
Paul-André Colombani, Jean-Félix Acquaviva et Michel Castellani échangent avec Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif de Corse, avant de partir pour l’Assemblée nationale.

Trois députés nationalistes corses à l’Assemblée nationale. Cela est tout aussi exceptionnel que la vague Macron chamboulant l’édifice institutionnel français. Trois élus sur quatre circonscriptions corses, c’est presque un grand chelem, d’autant que le quatrième candidat abertzale a raté l’accès au second tour pour 13 voix. Il y a là la traduction de la percée à l’élection de l’Assemblée territoriale du 13 décembre 2015 qui, avec 35,34% des voix, avait porté les abertzale unis à sa direction.

Cette percée n’était pas le fruit d’un gain de voix, mais l’addition structurelle des deux familles patriotes corses, les indépendantistes, qui longtemps soutinrent la violence armée du FLNC et des autonomistes dont Edmond Simeoni fut l’historique leader.

Pour preuve, lors des territoriales précédentes de 2010, où les deux familles s’étaient présentées désunies, obtenant au premier tour 25,89% des voix pour Gilles Simeoni et 9,85% des voix pour J-G Talamoni. Leur total à 35,74% fut pourtant stérile bien qu’identique à celui de 2015, où unis en une liste commune, ils décrochèrent la victoire.

Scénario assez semblable aux législatives avec en 2012, mais désunis, 29.477 voix au premier tour alors qu’unis cette fois-ci, avec une légère progression à 33.925 voix, ils accèdent au second tour et gagnent trois sièges sur quatre. Cette maturité politique fut rendue possible par le renoncement aux armes du FLNC, le 24 juin 2014. Depuis lors, scrutins démocratiques après scrutins, s’installe une force centrale et incontournable dans le paysage politique insulaire.

En revanche, l’émergence des trois députés « Pé a Corsica », deux autonomistes et un indépendantiste, dans le paysage politique français, fait tousser le monde médiatique. D’autant que leurs revendications essentielles, portées devant l’électorat de l’île, sont autrement plus rudes que celles d’En marche : co-officialité de la langue corse, création d’un statut de résident et d’un statut fiscal. Ces revendications n’ont rien d’un rêve d’insoumis mais tirent leur force d’une large adoption par l’Assemblée de Corse. De même que la représentativité des trois parlementaires n’est en rien fortuite ou à la marge puisque élus à 60,8%, 63% et 55,2% des suffrages exprimés, c’est-à-dire bien au-delà de l’électorat purement abertzale du premier tour. Représentativité également porteuse d’un retournement culturel de la société corse, puisqu’obtenue par l’élimination des clans traditionnels, Gacobbi, Zuccarelli et de Rocca Serra, qui sclérosèrent des décennies la citoyenneté de leurs mandants.

Si l’élection des trois députés nationalistes corses n’a pas agi aussi fortement que le coup de tonnerre du discours inaugural à l’Assemblée territoriale de son président Jean- Guy Talamoni, entièrement en langue corse, ce pavé politique jeté cependant aujourd’hui dans la mare jacobine, devrait instiller à Paris, dans le débat au parlement, la voix dissidente des peuples sans États. Ce sera le discours en euskara non prononcé par Michel Labeguerie.

Si la loi NOTRe a permis la création de l’agglomération Pays Basque, son volet Corse est d’une autre importance. En décembre prochain, elle met en place une assemblée unique dans l’île par la dissolution des deux départements. Nos amis s’y préparent.

L’exercice du pouvoir territorial depuis 18 mois a conforté leur position dominante comme on vient de le voir lors des législatives de juin. Pour eux, le renforcement de l’exécutif actuel est la clé ouvrant sur une perspective négociée d’un statut d’autonomie interne.

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