La peste et le choléra

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie-ren burasoak Bigorre-etik etorri dira Euskal Herrirat beren lehen 4 haurrekin, 60 hamarkadaren hasieran. Baionan hazi ondoren, euskal kantuaren bidez erabaki du euskotar bilakatzea eta euskara, bertako biztanleen hizkuntza, ikastea. Kultur eta politika arloko militante gisa, idazkera egiazko arma literario bat dela pentsatzen du. 80 hamarkadaren erditsutan, Ekaitza astekariaren sortzaileetakoa eta 1992an Baionako hiru hilez behingo Kutzu adizkariaren sortzaileetakoa da. Enbatan hilabetero kronika bat egiten du 2012ko urtarriletik geroz.
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P&C

Bon. On va pouvoir passer à autre chose. Autre chose qu’à s’étriper dans les réseaux sociaux, dans les repas de famille ou d’amis, au boulot aussi parfois. C’est étonnant comment ce type d’élection archaïque, d’un nationalisme à tout crin, avec son homme ou sa femme providentiel.le et ses pouvoirs exorbitants, n’a pas été bien plus remis en question. Le danger est là, d’abord parce que ce système n’est pas du coup vraiment démocratique. Peu de profondeur dans les débats —quand ils existent— sur la représentation politique, sur un système constitutionnel et électoral complétement pyramidal, vertical et centraliste. Pas de questionnement sur ce que pourrait être un régime parlementaire. Peu d’invitation à échanger sur des projets de société. Et un délitement certain de la réflexion politique, du clivage gauche-droite initié à la fois par Macron et repris en force par celle qui a grandi dans un manoir et qui parle de “peuple” et de pouvoir d’achat. Une escroquerie intellectuelle qui doit faire retourner dans leurs tombes celles et ceux qui ont mené le front populaire face aux ligues fascistes dans les années trente.

Connes d’élections !

Chez les deux finalistes de ce jeu pervers électoral, tout sonne faux. Le 10 avril au soir se sont retrouvés “un techno-capitaliste autoritaire et une pré-fasciste néolibérale”.(1) Le troisième larron —Mélenchon— a bénéficié à gauche de la prime aux sondages puisque, in fine, ce sont eux qui font l’élection et qui amènent nombre de votants à choisir dès le premier tour, non pas celui ou celle qui portent le mieux leurs valeurs, mais le mieux placé dans les enquêtes d’opinion. Hidalgo, Roussel et Jadot en ont fait les frais. Du coup, des voix du côté de LFI ont accusé ces derniers d’avoir empêché le franchouillard égocentré d’accéder au second tour. On nous refait le coup de Taubira qui aurait éliminé Jospin en 2002. Ben oui, on n’a qu’à instaurer que trois candidatures : l’extrème droite, une droite centriste libérale et une gauche hégémonique. C’est quoi ce système de pensée qui vise à honnir la pluralité à gauche ? Pour autant, l’analyse du premier tour est outrageusement sans pitié : les trois candidats d’extrême droite réunis dépassent avec plus de 32 % le cumul des scores des six prétendants à gauche (31,74%).

Pauvre France !

On pensait avant le premier tour que l’arrivée de Zemmour allait siphonner les voix de Le Pen, l’empêchant d’être au second tour. Il a, en fait, avec Dupont-Aignant, contribué à faire passer le score total de 2017 (9,707 millions soit 27%, Asselineau inclus) à 11.344 millions (32, 28 %). Résultat : + 5% et 1,6 million de voix supplémentaires. Et Le Pen toute seule voit son score augmenter de 21,30% (7,7 millions de suffrages) en 2017 à 23,15% soit 8,1 millions. Au second tour, elle cumule 13,3 millions (41,5 %) contre 10,6 millions en 2017 (33,9%). La société française se droitise et s’extrême-droitise dangereusement.

Il y a là une vraie analyse à faire pour comprendre ce vote populiste rétrograde afin de pouvoir à terme inverser la folie de cette courbe. En 2002, la totalité du vote néo-facho atteignait déjà au premier tour 8,1 millions de soutiens, soit 28,5%(2).

En 20 ans, on ne peut que noter une progression de plus de 3 millions de voix et près de 4%. Le plus inquiétant est de relever les écarts au second tour en 2002 entre Chirac et Le Pen père (20 millions), puis en 2017 plus que 10 millions entre Macron et Le Pen. Et enfin, 5,5 millions ce 24 avril. Si rien ne change en profondeur, qu’en sera-t-il en 2027 si ce type d’élection est maintenu ?

Pays basque contaminé aussi

Avec une certaine forfanterie, on se croyait bien à l’abri, en Pays Basque Nord, de ce vote de rejet, de facilité, de peur, de conscience ou d’inconscience, de mal être ou de manque de repères éducatifs ou culturels. Au choix. En 2007, il représentait seulement 6%. En 2017, les trois candidats d’extrême droite doublaient leur score avec 11,19% et 29.170 voix. En 2022, encore un doublement du pourcentage jusqu’à atteindre 24,15% et 44.923 suffrages. Soit autant que de logements secondaires : c’est dire ! Un électeur sur quatre au Pays Basque contre 1 sur 3 en France. Pas de quoi danser le fandango. Et encore, sans s’appesantir sur un Lassalle à 11,61%. Au second tour, les Basques et néo Basques ont voté à 37% pour la candidate Poutino-Trumpiste. Une augmentation de 10% en 5 ans. En Pays Basque, nous croyions être un oasis de civilisation grâce à notre force associative, nos liens sociaux prégnants, notre vivre ensemble tant loué alors que nous sommes tout aussi impactés par la progression de ce vote craignos qui adhère —notamment— au projet d’interdire l’enseignement du basque à l’école. Sans identifier encore et clairement qui, autour de nous, s’adonne à ce jeu dangereux. Nous restons des citoyens français lambda mais globalement un tantinet moins débiles.

Entre deux maux…

Il faut dire que le rejet du vote envers Macron participe aussi de cette déliquescence. Durant les 15 jours précédant le 24 avril, les débats furent encore plus vivaces, voire rudes, qu’en 2017 face à ce système où le non-choix est de rigueur. Jusqu’au dernier moment et pour les gens de gauche, il a fallu choisir entre abstention, vote blanc ou nul et le fameux barrage. Un vrai cas de conscience où la culpabilité le disputait à la ligne politique. Au “Tu comptes sur les autres pour éviter Le Pen ?” répondait un “C’est fini de voter à droite !”. Et à “Macron ce n’est pas Le Pen” s’opposait un “C’est la peste ou le choléra”. Choix cornélien. Mais ces deux maladies n’ont pas le même niveau de risque et de mortalité. Le choléra a une létalité comprise entre 1,8 et 6% et diagnostiqué à temps, il peut être facilement soigné en quelques jours. Alors que la peste —surtout brune— se situe entre 30 et 60%, voire 100% pour certaines formes(3). Du coup, on n’ose pas indiquer à notre entourage le non choix fait : quel qu’il soit, il ne satisfait pas. Pis, il nous pèse et ne nous rend pas fiers.

Geroa zain!

A gauche, avec la fin des idéologies, un avenir morne semble s’offrir à nous. On nous promet un sursaut salvateur pour les législatives de juin où les intérêts partisans et autres égos démesurés s’effaceraient devant une prise de conscience collective. Nous sommes priés d’y croire. A écouter la candidate bayonnaise du PS qui demande de rallier son panache rose et la conseillère municipale angloye qui ne veut entendre parler que du projet de la France insoumise, c’est mal barré ! Alors remettons nous en au local, à notre territoire, à la rue, aux luttes solidaires, aux projets collectifs tournés vers l’échange, le combat pour la justice sociale et l’environnement. Surtout ne pas courber le dos car on voit plus loin en restant debout, le regard fixé vers l’horizon. Et comme le dit l’Internationale : “Il n’est pas de sauveurs suprêmes. Ni Dieu, ni César, ni tribun”.

(1) Hervé Kempf dans Reporterre.
(2) J.M. Le Pen + St Josse + Madelin + Megret + Boutin.
(3) Piqué dans l’analyse de Vianney Cier sur les réseaux sociaux.

One Comment

  1. Alexandre
    Posted 31/05/2022 at 10:33 | Permalink

    C’est bien de nous rappeler les chiffres qui représente des gens et pas des %.

    Concernant la poussée de l’extrême droite il nous manque quelques explications.
    Autant on la comprend à Etxarri, où un grand remplacement de la population locale par des envahisseurs bigots est en cours, autant Banka !
    Zer pasatzen ote zaie burutik?
    Norbaitek badaki?
    Aitzinetik, milesker

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