Du pain sur la planche par Peio Etcheverry-Ainchart

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Une fois le 15 août passé, ça sent quand même très fort la rentrée. On a beau se dire que, dégoulinant sous 35° à l’ombre et toujours occasionnellement abordé dans la rue par quelque vacancier soucieux de savoir comment se procurer « cette charmante bourse en cuir dans laquelle boivent les indigènes », l’été a encore quelques belles semaines devant lui ; il faut bien être prof de fac pour se sentir encore pleinement en vacances. Mais pour les autres, il est temps de penser à la rentrée et au menu qu’elle nous réserve.

À grande échelle
Cette année, sur le plan politique, le «veau sera gras» (selon la fulgurante autant que bovine expression d’un philosophe luzien trop méconnu). Comment ne pas évoquer en tout premier lieu la crise économique, sociale et environnementale qui nous frappe depuis plusieurs mois, mais dont les développements à venir seront peut-être d’une ampleur inédite, de sorte qu’ils devront inévitablement appeler une réaction à la hauteur de l’enjeu de la part du monde abertzale, sous peine de voir celui-ci rester totalement hors-jeu. Car aussi grave que puissent être les problèmes à régler au Pays Basque, ils passeront toujours pour bien futiles aux yeux d’une population affrontée au risque désormais immédiat de la baisse de son niveau de vie, de la précarité de l’avenir professionnel de ses enfants, de la fragilisation de la prise en charge de ses aînés dépendants… Durant les dernières élections, alors même que ce type de scrutin éminemment « national » (au sens littéral de la représentation de la nation française à son organe législatif) les rendait particulièrement difficiles pour un mouvement périphérique, nous avons réussi à nous imposer comme la troisième voie entre l’UMP et le PS, autour d’un message assumant ces thématiques sociétales. À nous de savoir confirmer notre capacité à alimenter cette pensée globale, fondement d’une action la plus riche possible au plan local.

Mais le contexte de cette rentrée n’est pas seulement lié à la crise. Avant la fin de l’année, cela fera un an que l’une des pages les plus marquantes de l’histoire récente de notre pays aura été tournée, ayant vu coup sur coup se produire la conférence internationale d’Aiete et la déclaration de fin définitive des actions armées d’ETA. On le sait, les processus de sortie de conflit connaissent des phases, des moments critiques qui font qu’ils progressent ou au contraire se bloquent. Au vu de l’attitude des gouvernements espagnol et français depuis le début de l’année, face à une situation déjà alarmante dans le domaine de la politique carcérale et à la veille d’élections majeures en Hegoalde, quand surviendra le premier moment critique de ce nouveau processus et n’y est-on pas déjà ? Rien de doit être improvisé en la matière, et les stratégies du monde abertzale se doivent d’être concertées et cohérentes. En cela, l’application de l’accord signé entre les 5 partis au printemps sera assurément déterminant.
Institution : le moment de vérité
Dans la masse des questions posées à l’échelle du Pays Basque nord en cette rentrée, celle de l’institution semble écraser les autres. Le fait est que le contexte se révèle, là aussi, totalement nouveau. Après des années de blocage, le lancement de l’acte III de la décentralisation annoncé par le nouveau gouvernement, le fait que l’Assemblée Nationale et le Sénat soient aux mains du même parti socialiste – dont les deux députées du Pays Basque nord sont en outre favorables à une collectivité territoriale –, le fait que les abertzale y soient la troisième force électorale et aient été arbitres des dernières législatives (et sûrement des prochaines aussi), tout concourt à ce que cette vieille bataille connaisse enfin son issue. Et comme dit la chanson d’Oskorri, « bada garaia noizbait dezagun guda hori gal edo irabaz » (il est temps que cette bataille, nous la gagnions ou la perdions). En cet instant décisif, la décision du Conseil des élus sera attentivement scrutée, de même que les positions des uns et des autres.

Quant à la langue basque, la promesse de campagne de François Hollande ne saurait être reléguée aux oubliettes : certes, la ratification d’une signature pourtant a minima de la charte européenne des langues régionales serait une petite avancée, mais à nous de nous mobiliser pour qu’elle ne soit qu’un palier vers un véritable statut de co-officialité. Là encore, le PS au pouvoir devra montrer sa cohérence, lui qui était représenté à la dernière manifestation Deiadar par force candidat(e)s, depuis élu(e)s sur la base d’engagements dûment signés. Sachons leur faire confiance, sans se départir d’une vigilance imposée par l’expérience.

Des cairns sur le chemin
Nouveau pouvoir, nouvelles perspectives, donc. Mais aussi d’autres domaines d’action dans lesquels la capacité tantôt de proposition tantôt d’opposition du mouvement abertzale devra s’exprimer. Le projet de LGV bien sûr, qui s’il a pris du plomb dans l’aile avec la crise restera encore longtemps telle une ombre planant dans le ciel basque, mais aussi la question du logement dont les premières mesures adoptées par le gouvernement se sont pas pour rassurer quant à la prise en compte de la situation locale.
Pour finir, si 2013 nous permettra se souffler sur le plan électoral, ce sera pour mieux embrayer avec les bouquets d’élections de 2014 et 2015, moments majeurs à préparer le mieux possible durant les mois à venir.
Beaucoup de pain sur la planche, donc, et encore la liste n’est-elle pas exhaustive ; autant de cairns ponctuant le chemin, qui scanderont assurément le rythme de l’année qui vient, et qui appellent dès aujourd’hui l’investissement de tou(te)s.

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