Hommage à Michel Berhocoirigoin

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Pour le premier anniversaire de sa disparition le 7 mai, ses compagnons de route ont rendu au leader basque un hommage à la hauteur de sa dimension. 

Grand moment que cet hommage au siège d’Euskal Herriko Laborantxa Ganbara, à Ainhize Monjolose. Certes le parcours de Michel Berhocoirigoin est connu, mais les organisateurs de cette journée ont eu d’abord le souci de mettre en relief son message, sa démarche de rassembleur, ses convictions et ses choix stratégiques et sa méthode. Avec sa capacité à fédérer, à argumenter, à mettre en oeuvre l’intelligence collective, sa patience et sa pédagogie comme sa fermeté sur l’essentiel empreint de radicalité pragmatique, le leader basque, à la fois semeur de graines et homme d’action, restera dans notre combat un modèle à suivre pour les militants d’aujourd’hui et de demain. Ce fut le point fort de cette journée du 7 mai.

EHLGGrand moment aussi parce que cet hommage à Michel s’articulait sur les témoignages personnels de ceux croisés sa vie durant, des interviews, des films, des images et documents d’archives, l’ensemble se répondant en écho et ponctué de quelques virgules poétiques par deux bertsularis talentueux, Patxi Iriart et Xabier Arriaga/Txiplas. Le tout mis en scène et rythmé par deux professionnels du théâtre, Txomin Heguy et Marie-Agnès Gorostiague qui ont tissé le fil conducteur d’une vie aux multiples facettes et brillante par sa cohérence.

Les témoignages et les films les plus anciens étaient à couper le souffle, du collège agricole d’Hasparren, creuset d’une génération de jeunes agriculteurs, en passant par le MRJC, les activités théâtrales, le combat du Larzac et la visite auprès de Lanza del Vasto, la rencontre avec Jean Pitrau, l’accouchement difficile d’une nouvelle fédération syndicale agricole en France, et celui du syndicat basque ELB, les liens avec le syndicat agricole d’Hegoalde EHNE, la fondation et la lutte titanesque que généra la création d’EHLG, l’engagement politique abertzale (1), Lurrama, Batera et la première institutionnalisation d’Iparralde avec l’accouchement de la CAPB, enfin le désarmement d’ETA et le combat pour la libération de tous nos prisonniers de guerre. La liste est impressionnante.

Voir Michel Berhocoirigoin jouer le rôle de Matalaz dans la pièce de Piarres Larzabal où il affronte le tenant du pouvoir en place, un évêque, apparaît comme prémonitoire du parcours que le syndicaliste déroulera ensuite. Arño Oxandabaratz rappelait au passage l’humour d’un Michel amoureux de jeux de mots et de blagues à deux sous qui font baisser la tension. Son rôle important et peu connu en Iparralde pour jeter les bases d’un syndicalisme agricole en France, proposant une alternative aux agro-industriels de la FNSEA, a été souligné par Gaby Dewalle, porte parole de la Confédération Paysanne de 92 à 95. ELA et la Fondation Manu Robles Arangiz étaient présents en la personne d’Amaia Muñoa et de Txetx, soutiens clefs au moment de la création d’EHLG et preuves vivantes d’une action rassemblant les forces du Pays Basque tout entier. En somme, le symbole de notre construction nationale en marche. Le maire de Bayonne Jean-René Etchegaray, avocat bénévole et tenace de Michel Berhocoirigoin devant les tribunaux, a dit son admiration, la « boussole » que fut cet « humaniste », dressé face à la violence d’un l’État français instrumentalisé par les lobbys qui tentèrent de l’abattre, au service d’intérêts méprisables. Son rôle clé tout le long du parcours de Mixel ayant été plusieurs fois rappelé dans les interventions, bien entendu Mikele a été associée à cet hommage (2).

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Lorsque dans une ultime interview, Michel Berhocoirigoin, de sa « voix lointaine, calme et grave » s’est laissé aller à une vision panthéiste de l’être humain qui fait un avec son milieu, son sol, nos cœurs ont chaviré parce qu’il s’agissait de paroles de vie. Et nous avons compris ce qu’était un « peuple-racine », cher aux tribus des antipodes.

Comme en crescendo, la manifestation s’est achevée par la montée sur la scène d’une dizaine de jeunes agriculteurs qui ont lu, chacun à leur tour, des phrases clefs écrites ou prononcées par Michel. Comme « une salve d’avenir ». Entraînée à la guitare par Txomin Héguy, l’assemblée a alors entonné un chant populaire, entre tous cher à l’homme du jour, Epherra revisité par Niko Etxart. Elle s’est terminée debout, sous les applaudissements, face au portrait de Michel, peint par Mattin Partarrieu. Sa présence était palpable, il nous regardait. Oui, un moment inoubliable, marqué par une intense émotion. Les larmes mouillaient les yeux de beaucoup.

Nous attendons maintenant la diffusion de l’enregistrement de cette matinée du 7 mai que Kanaldude ne manquera pas d’offrir via internet ou en DVD.

A n’en pas douter, ce sera une pierre blanche dans l’histoire du Pays Basque et un outil de formation, comme le livre paru à cette occasion (voir ci-dessous).

(1) Michel Berhocoirigoin fut membre d’Euskal Batasuna, d’AB et d’EHBai, ainsi que chroniqueur du journal politique Enbata.
(2) Que les intervenant.es absent.es de ce compte rendu veuillent bien excuser ces lacunes, il était difficile de les citer tous.

Aldakortasunean orekatzaile
Sur la ligne de crête

La fondation Manu Robles Arangiz publie un ouvrage bilingue et gratuit de 120 pages, rassemblant plusieurs interventions de Michel Berhocoirigoin de 2006 à 2020. Disponible à la Fondation Manu Robles Arangiz fundazioa, 20 rue des Cordeliers, 64100 Bayonne. Tél : 06 84 52 74 35.

Voici les quelques lignes qui concluent cet ouvrage disponible en PDF en cliquant ici.

Pages 57 et 58.

MIXEL BERHOCOIRIGOIN

Gu sortu ginen enbor beretik sortuko dira besteak,
Burruka hortan iraungo duten zuhaitz ardaxka gazteak.
Beren aukeren jabe eraikiz, ta erortzean berriro jaikiz,
Ibiltzen joanen direnak: gertakizunen indar ta argiz,
Gure ametsak arrazoi garbiz egiztatuko dutenak.

Le recensement des enseignements à tirer du parcours de Mixel Berhocoirigoin, de sa pensée et de sa pratique militantes, leur publication ou transmission par divers moyens ne font que commencer. Mixel continuera longtemps à inspirer notre action et notre travail pour une société plus juste et plus soutenable.

Stratège au souffle long, visionnaire, porteur d’un projet et de valeurs à la fois universelles et ancrées localement, funambule avançant sereinement sur une ligne de crête joignant radicalité et pragmatisme, homme d’écoute et de synthèse, ne négligeant aucun détail sans pour autant perdre de vue l’essentiel et le global, animateur à la fois doux et déterminé, proche des gens et les aimant, débordé de travail et pourtant tellement accessible, sachant travailler avec ceux qui ne partageaient pas ses idées, faisant ainsi bouger les lignes, constituant bien souvent un point d’équilibre entre diverses tendances et cultures, sachant fédérer et entraîner, rassurant, inspirant confiance, ne se résignant jamais, courageux, Mixel Berhocoirigoin était tout simplement un leader. Pas un chef qui commande et se sert des gens ; un leader qui éclaire, anime, motive et élève les autres.

Maintenant, comment remplacer Mixel ? Comment combler l’immense vide qu’il laisse ? Comment concevoir sa relève quand on voit toutes les qualités et compétences qui étaient les siennes, et qu’on sait combien on en est soi- même si loin ? Comment se sentir légitime, capable de prendre la relève de Berhoko tellement cet homme-là a mis la barre haut ? Tout son parcours, toute sa pratique, nous apportent la réponse, la méthode : le collectif. C’est le collectif qui comblera le vide, trouvera les nouvelles réponses, prendra la relève. Et nous sommes toutes et tous légitimes, plus que ça, indispensables pour réussir cela. Un leader de la trempe de Berhoko a alimenté le collectif, ses batailles et ses victoires, mais lui-même se nourrissait des apports de tous les autres militant.es à ces réunions, à ces réflexions, à ces chantiers, à ces combats qu’il partageait avec elles et eux. Les réussites de Mixel sont également leurs réussites, ce livret de formation leur rend également hommage, à chacune et chacun d’entre eux.

Le meilleur hommage à rendre à Mixel est et restera de renforcer les instances collectives qu’il aura contribué à créer, de continuer à porter les combats et les lignes stratégiques qu’il aura participé à lancer et, par et avec le collectif, d’ouvrir les nouveaux chantiers des décennies à venir.

Version PDF en langue basque du livret :