
© Reid Wiseman / NASA
Nous savons, nous voyons, nous ressentons les bouleversements climatiques. Pourtant, le changement tarde. De l’émerveillement à la peur, en passant par la colère, nos émotions peuvent-elles enfin devenir le moteur d’une nouvelle normalité écologique ?
“Quelle est la plus belle planète du système solaire ?” Lorsque l’on pose cette question à des enfants, les réponses sont toujours variées “Saturne avec tous ses anneaux !”, “Mars, parce qu’elle est rouge !”… Rares sont ceux qui pensent à citer la Terre. Et pourtant… c’est sans conteste la plus variée et la plus magnifique des planètes de notre système.
Dans certains domaines, nous ne voyons bien que de loin… Les astronautes qui ont observé notre planète depuis l’orbite ou la Lune décrivent leur émerveillement profond, et une prise de conscience bouleversante : notre planète est fragile, vivante, sans frontières, c’est notre unique foyer commun. Cela induit chez beaucoup un profond changement de regard, qui a été décrit et nommé par le philosophe de l’espace Frank White : l’Overview Effect (effet de vue d’ensemble).
Cette expérience transforme la perception de l’humanité et de l’environnement et éveille un sentiment d’émerveillement, d’unité et de responsabilité. Pour ceux et celles d’entre nous qui ne sont pas astronautes, visionner des images prises de l’espace (1) peut donner un aperçu de cette expérience.
De même, la contemplation de la nature qui nous entoure, puissance des océans, immensité des montagnes, profondeur d’un ciel étoilé, plus rarement éclipse totale de soleil, peut provoquer beaucoup d’émotion. Mais comment passer de l’émerveillement et de ce sentiment de responsabilité à l’action ? Parce que si l’été a été pour certain·e·s d’entre nous l’occasion de contempler les merveilles de la nature, il a été pour les Européen·ne·s une période de concrétisation brutale des effets annoncés du changement climatique. Canicules à répétition, sécheresse et méga incendies, avec ce qu’ils entraînent de dégâts psychologiques et matériels, se sont faits très proches, très visibles, très présents.
Ce que d’aucuns imaginaient dans un avenir lointain se concrétise aujourd’hui et cela fait peur. Dans certains domaines, nous ne voyons bien que de près. Pour beaucoup, c’est un pas de plus dans la prise de conscience des effets du changement climatique. Même les pires des climato-négationnistes ont été forcés d’adapter leur discours.
Mais comment passer de la peur à l’action ? Parce qu’objectivement nous en sommes toujours là. Nous avons tous les éléments intellectuels pour comprendre comment nos modes de vie dérèglent le climat, détruisent la biodiversité et épuisent les ressources. Nous avons le moteur des émotions – que ce soit l’amour de l’environnement, ou la peur de sa destruction et de ce que cela implique pour nous et nos proches – qui devrait motiver nos changements de comportements. Mais nous ne parvenons pas à franchir les pas décisifs, aussi bien au niveau individuel que collectif, afin d’inverser la tendance.
La normalité dans nos sociétés occidentales est d’avoir des comportements délétères pour l’environnement. Certains sont matériellement contraints : il est par exemple très compliqué de vivre en milieu rural sans voiture au 21e siècle ou de bannir totalement le plastique de son quotidien. D’autres sont le résultat d’une pression psychologique et sociale. Mais un certain nombre de ces contraintes peuvent être levées. Il existe de multiples exemples de comportements banals il y a quelques décennies et qui ne semblent plus acceptables aujourd’hui comme servir du vin aux enfants, fumer dans un train, brûler ses déchets plastiques ou rouler sans ceinture de sécurité.
Toutes ces évolutions ont nécessité un engagement de la puissance publique pour rendre le changement possible : obliger les constructeurs à équiper les voitures de ceintures de sécurité, par exemple ; organiser des campagnes d’information et adapter la législation. Cela relève de choix politiques. En période de campagne électorale, les candidat·es et futur·es dirigeant·es vont devoir se positionner en conséquence sous peine de voir monter une autre émotion dans la société : la colère… Émerveillement, peur, colère, collectivement, utilisons ces moteurs d’action pour installer ensemble une nouvelle normalité : celle où les comportements destructeurs pour l’humain et la nature seront définitivement écartés.
(1) Taper “Overview Effe”
