D’une torture à l’autre

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Jean-Louis Davant
Jean-Louis Davant
Laborantzako erakasle ohia, idazlea, euskaltzaina, Enbata eta EHAS-en sortzaileetakoa.
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On le sait bien maintenant grâce à une campagne d’information et de sensibilisation qui va croissant en Pays Basque nord : trois citoyens français de nationalité basque croupissent en prison depuis plus de trente ans : un en Espagne, deux en France. En ce qui nous concerne directement comme citoyens, le procureur de la République Française, avocat de cet État, s’acharne à y maintenir ces derniers, alors qu’ils auraient droit à la liberté conditionnelle depuis des années.

Rappelons les faits de départ en citant Wikipédia : “Le 2 avril 1990, Henri Parot est arrêté à Séville, dans une voiture chargée d’explosifs avec laquelle il prétendait faire sauter le Quartier général de la Police, après avoir essayé de passer un banal contrôle de la Garde Civile : il y a eu une fusillade avec les agents blessant deux d’entre eux. Il a reçu vingt-six sentences condamnatoires pour presque 4800 ans de prison.

L’on saura par la suite qu’Henri / Unai Parot fut horriblement torturé pendant les jours et les nuits de sa garde à vue. Ses aveux forcés, communiqués par les services de l’État espagnol à ceux de l’État français, permettront à la justice française d’arrêter en Pays Basque nord, dès les 4 et 5 avril 1990, neuf compatriotes, et nous apprenions avec stupéfaction que trois d’entre eux faisaient partie avec Unai du commando Argala, responsable de nombreux attentats meurtriers en Espagne au service de l’organisation armée basque ETA : il s’agit de Ion Kepa Parot, frère cadet d’Unai, Jakes Esnal et Frédéric “Xistor” Haramboure.

Et après plus de trente ans trois membres du commando sont toujours sous les verrous : Unai Parot en Espagne, son frère et Jakes Esnal en France, Frédéric Haramboure étant finalement libéré sous condition le 24 novembre 2020, contre l’avis permanent du parquet antiterroriste de Paris.

Selon le Code Pénal espagnol, le maximum légal autorisé pour les réclusions à perpétuité est de trente ans. Donc Unai Parot devrait être libre. La Cour de justice européenne ayant annulé la fameuse “doctrine Parot” permettant d’outrepasser la loi dans le cas des “terroristes” basques, le pouvoir central espagnol invente des stratagèmes pour empêcher la libération de certains d’entre eux et surtout celle d’Unai, y compris celui de “fabriquer des accusations” selon les mots du ministre de la justice espagnol de 2006. On intente à Unai de nouveaux procès, dont celui d’appartenance à ETA, pour laquelle il est déjà condamné.

Dans une stratégie de diabolisation de l’ennemi, la propagande officielle a fait de l’aîné des frères Parot l’ennemi public N° 1, de sorte que sa libération serait extrêmement choquante pour l’opinion publique espagnole, encore aujourd’hui, malgré l’adieu aux armes décidé par ETA en octobre 2011, la livraison de celles-ci aux autorités françaises, puis sa propre dissolution.

Ce conflit douloureux étant terminé, pourquoi perpétuer une politique de vengeance basée sur des lois d’exception qui n’ont plus de raison d’être ? La solution ne serait-elle pas d’expulser Unai Parot vers la France pour contourner le front de l’opinion publique espagnole ? Mais ce serait trop simple dans cet univers politique foncièrement vicié par un conflit que l’État espagnol refuse de reconnaître comme tel. Les obstacles qui, d’une, certaine façon, peuvent se comprendre en Espagne, n’ont pas les mêmes raisons d’être du côté français. Or, paradoxalement, la France traite encore plus durement ses propres citoyens sus-nommés : en Espagne ils seraient déjà dehors. Pourquoi cet acharnement implacable ? Pourquoi, d’appels acceptés par les juges d’application des peines aux refus opposés par le procureur de la République, cette interminable douche écossaise qui évoque très fort une sorte de torture blanche, et celle-ci rejoint finalement celle, très sombre, qui fut exercée en avril 1990 sur Unai Parot dans les sous-sols d’une caserne de Séville, servant de base à sa condamnation, puis à celle de Jakes Esnal, Frédéric Haramboure et Jon Parot. S’ils ne mettent pas fin à cet acharnement irrationnel, les dirigeants de l’État français devront rendre des comptes aux citoyens dont nous sommes, notamment lors des présidentielles qui approchent à grands pas.

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