Commémorez, commémorez…

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Peio Etcheverry-Ainchart
Peio Etcheverry-Ainchart
Formakuntzaz historialari eta lanbidez editore. Abertzaleen Batasunako kide eta Donibane Lohitzuneko Herriko Etxean hautetsi abertzalea.
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CommemorezCentenaire du début de la première guerre mondiale, soixante-dixième anniversaire du débarquement des alliés sur les plages normandes, l’année 2014 est riche de commémorations et de rappels historiques. On le sait, les mythes et les représentations collectives sont, avec la foi, les choses les plus difficiles à changer, sous peine de sacrilège. Mais n’est-il pas de la responsabilité d’un Etat-nation moderne de dépoussiérer son calendrier symbolique, quitte à introduire de nouvelles dates ou à modifier le sens de certaines d’entre elles ?

Oui, je sais, les citations historiques méritent davantage de respect, surtout de la part d’un amoureux déclaré de Clio. Mais si vous voulez bien cesser d’être un peu rabat-joie en cette morne rentrée et considérer que, somme toute, la commémoration relève d’un esprit moins négatif que celui de la calomnie de la véritable citation, votre serviteur pourra enfin entrer dans le vif du sujet et arrêter de tourner autour du pot comme il le fait de manière fort agaçante au début de chacune de ses chroniques.

Les “lieux de mémoire”

Cela n’a échappé à personne durant le printemps et l’été dernier : l’heure est en France aux commémorations. Nous avons eu droit à celles liées au déclenchement de la première guerre mondiale, en particulier le jour anniversaire de la mobilisation générale d’août 1914, où consigne fut même donnée de faire sonner le tocsin. Gageons que d’ici novembre 2018, ce ne sera pas la dernière occasion de rappeler tel ou tel événement lié à la Grande guerre. Nous avons eu aussi les commémorations liées à la fin de la seconde guerre mondiale : outre l’appel du 18 juin qui nous fait chaque année remonter à 1940, nous avons eu droit au débarquement de Normandie, au débarquement de Provence, à la libération de Paris, à la libération de tel ou tel autre lieu, ou le départ pour l’Angleterre des marins de l’île de Sein, qui restera pour le président Hollande malheureusement marqué du sceau d’intempéries de tout type.

Les commémorations, on en a soupé et on en soupera encore, cela aura au moins la vertu de permettre aux vieux drapeaux tricolores de s’aérer de temps en temps et d’ainsi éviter de trop sentir l’anti-mites. Mais à part cela, en ce qui me concerne je ne peux m’empêcher de me demander quelle signification peuvent encore avoir ces commémorations aujourd’hui.

Faisons un petit rappel historique, disons d’un gros siècle. Lorsque la IIIe République s’installe en France, elle lance un processus de construction nationale destinée à cimenter son enracinement dans la population. Parmi les multiples leviers sollicités dans ce but, figurent les “mythes nationaux”, censés soulever l’émotion populaire et oeuvrer telles des piqûres de rappel patriotique, immatérielles comme matérielles. C’est ainsi que le 14 juillet devient fête nationale en souvenir de la fête de la fédération de 1790, ou que l’on multiplie les bustes de Marianne dans les mairies. Puis survient la première guerre mondiale, drame humain mais couronnement du processus d’enracinement de la nation française : le sang des tranchées cimente le sentiment de sacrifice consenti des enfants de la patrie. C’est pour rappeler cette idée au quotidien et alimenter en permanence cette flamme que l’on érige les monuments aux morts, qu’on inhume un soldat inconnu sous l’Arc de triomphe parisien et que le 11 novembre devient jour férié. Par la suite, chaque conflit impliquant la France donnera lieu à une nouvelle liste sur les monuments aux morts, à une nouvelle commémoration, voire à un nouveau jour férié (ainsi le 8 mai). Pierre Nora les baptisa de manière générique “lieux de mémoire”.

Oublier un peu la patrie…

Conceptuellement, on n’a aucune peine à comprendre le sens de ces commémorations. Elles scandent l’année du souvenir des grands moments patriotiques vécus par la France, et remplissent une double mission : celle d’honorer les soldats ayant participé à ces conflits –morts ou anciens combattants encore vivants– et celle d’alimenter l’esprit patriotique des citoyens. Sur la première et en tant qu’abertzale, il faut veiller à éviter de projeter un regard contemporain et militant sur cette époque déjà éloignée : les Basques de 1920, même ceux qui se sont insoumis ou ont déserté pendant la guerre, étaient à l’unisson de l’esprit patriotique de leur temps. Pour eux comme pour leurs enfants voire petits-enfants, ces monuments et commémorations étaient importants. Bien sûr, cet état d’esprit s’explique par des années d’embrigadement patriotique que l’on peut condamner, mais le résultat est là et force le respect.

Mais aujourd’hui, force est de constater qu’au moins dans le cas de la Grande guerre, il n’y a plus personne de vivant à honorer, ni même leur souvenir direct puisque sont aussi morts presque tous leurs proches. Des deux missions, il ne reste donc plus que la deuxième, et c’est en tant que citoyen que l’on peut se demander s’il n’y a pas un moment où tout cela devrait cesser. Car s’il est vrai qu’on prend bien soin d’inviter des Allemands aux cérémonies et qu’on parle de paix et de réconciliation, il n’en reste pas moins que les événements commémorés sont des victoires militaires, fruits des haines entre nations, et des moments patriotiques. Tout cela au début du XXIe siècle…

… pour plus d’universalité

On le sait, les mythes et les représentations collectives sont, avec la foi, les choses les plus difficiles à changer, sous peine de sacrilège. Mais n’est-il pas de la responsabilité d’un Etat-nation moderne de dépoussiérer son calendrier symbolique, quitte à introduire de nouvelles dates ou à modifier le sens de certaines d’entre elles ? Qu’on le veuille ou pas, on célèbre toujours le 8 mai en France comme une victoire militaire sur l’Allemagne, alors que ce conflit a entraîné au moins deux cataclysmes dont il conviendrait de rappeler bien plus clairement leur danger toujours présent : la bombe atomique et les génocides. Quant au 11 novembre, fête chauvine par excellence, ne vaudrait-il pas mieux lui préférer la Journée de l’Europe que personne ne connaît (9 mai), ou la Journée Internationale de la paix (21 septembre) ? Tout cela n’est ni anodin, ni innocent. Pas anodin, car il ne faut pas sous-estimer l’effet inconscient de ces manifestations dans la population, au risque d’alimenter ce chauvinisme dont on connaît aujourd’hui les risques potentiels. Pas innocent non plus, car les gouvernants ne sont pas fous et savent ce qu’ils font. Si l’on continue à commémorer en France et ailleurs, c’est que quelque part les Etats-nations pourtant souverains n’ont pas totalement abandonné cette conception étriquée du nationalisme dix-neuviémiste. Or ils ne peuvent ignorer le fait qu’en commémorant cette idée, il en restera toujours quelque chose.

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