
Absence de volets, logements surchauffés, quartiers bétonnés… La chaleur révèle l’urgence d’adapter l’habitat, alors que les politiques publiques prennent le chemin inverse.
La nouvelle décoration de façade tendance de cette année, celle que tout le monde s’est arrachée cet été, est définitivement la couverture de survie. Les canicules de ces derniers mois ont mis en évidence l’inadaptation de nos logements aux fortes chaleurs. La précarité énergétique d’été est un phénomène massif.
Des locataires en première ligne
La chaleur entre aisément dans les logements des ensembles d’immeubles construits dans les années 60 et 70 ou plus anciens qui n’ont, à ce jour, pas encore bénéficié de travaux de réhabilitation, comme Les Joncaux à Hendaia (1970). Le mercure est monté haut chez les locataires de ces résidences. On pourrait croire que les bâtiments récents sont plus à même de garantir une température intérieure convenable, et pourtant de nombreux exemples soulignent qu’ils ne résistent pas forcément plus à la chaleur. Au Séqué à Baiona par exemple, les logements sociaux ont été construits en 2014, livrés sans volets alors qu’ils étaient prévus sur les plans. Difficile d’ignorer en 2014 que les années à venir ne s’annonçaient guère mieux en termes de chaleur. Ainsi, les locataires du Séqué 1 se sont mobilisés et ont obtenu gain de cause : le bailleur social s’est engagé à installer des volets extérieurs sur les logements, à l’horizon fin 2026.
“80 % du bâti de 2050 existe déjà : adapter l’existant est donc prioritaire et des solutions existent.”
Cette avancée souligne que l’adaptation repose encore essentiellement sur la mobilisation et les moyens de chacun pour faire face. 80 % du bâti de 2050 existe déjà : adapter l’existant est donc prioritaire et des solutions existent. À Kanbo, une locataire a lancé une pétition après le refus de son bailleur social d’installer des volets sur son immeuble, alors que la température atteignait 50°C dans la cage d’escalier et 32°C dans son logement. De la même façon, Locataires Ensemble et le DAL ont créé la pétition “Pas de volets, pas de loyer”.
En l’absence d’une intervention publique à la hauteur, les inégalités sociales se traduisent par une plus grande exposition des quartiers populaires aux fortes chaleurs. Des équipements en moins ou moins efficaces, des quartiers plus bétonnés, plus minéralisés et moins végétalisés que les autres : ils sont particulièrement exposés au phénomène d’îlot de chaleur urbain.
Le droit à la fraîcheur
Un logement sur deux est une “bouilloire thermique” selon la Fondation pour le Logement dans son étude “Quartiers chauds !” (2026). Le terme de “bouilloire thermique” illustre une réalité de plus en plus fréquente : des logements qui emmagasinent la chaleur et deviennent quasiment impossibles à rafraîchir. Alors que la loi fixe une température minimale intérieure pour considérer un logement comme décent, elle ne fixe pas de température maximale : avoir 40°C chez soi, ce n’est pas interdit. Si la réglementation thermique des bâtiments est particulièrement orientée vers les économies de chauffage en hiver, les surchauffes d’été ne sont pas dans les radars des politiques, malgré les avertissements qui n’ont cessé de s’amplifier.
Les données du baromètre Qualitel & IPSOS révèlent que les inégalités face aux fortes chaleurs sont aussi des inégalités de logement : les occupants d’appartements, et en particulier ceux qui vivent dans des petits logements, souffrent davantage de la chaleur que les personnes résidant dans une maison avec un espace extérieur. Le droit à la fraîcheur est transversal : il implique les bâtiments et les espaces publics.
Une politique à contretemps
Dans un sens du timing des plus remarquables, en pleine canicule, les sénateurs ont voté la nouvelle loi de M. Jeanbrun.
Cette dernière propose notamment la remise en location de passoires thermiques en reportant de cinq ans l’obligation pour les propriétaires de logements au DPE F ou G de réaliser les travaux de rénovation. Le budget du dispositif d’aide MaPrimeRenov’ sera raboté, tout comme celui du Fonds Vert, destiné à l’adaptation des communes au réchauffement climatique. L’Assemblée nationale doit examiner le texte à l’automne.
M. Jeanbrun, alors que la chaleur agit comme révélateur d’inégalités sociales, l’habitat comme enjeu politique, et l’adaptation comme responsabilité collective, votre loi donne froid dans le dos…
