Vers une force de second tour ?

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Peio Etcheverry-Ainchart
Peio Etcheverry-Ainchart
Formakuntzaz historialari eta lanbidez editore. Abertzaleen Batasunako kide eta Donibane Lohitzuneko Herriko Etxean hautetsi abertzalea.
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EHBaiLes élections départementales de mars ont hissé les abertzale de gauche de la coalition EH Bai au rang d’acteurs qui comptent dans le paysage politique d’Iparralde. Elles en ont fait des candidatures de rassemblement de second tour face à la droite  UMP-UDI-MODEM. Quelle forme d’entente, quelle réciprocité de second tour avec le PS EH Bai doit-elle privilégier pour l’avenir ?

Cela fait déjà quelque temps que les élections départementales sont derrière nous et je ne voudrais pas passer l’année là-dessus, mais il se trouve qu’un commentaire posté par André Garro sur le site d’Enbata au sujet de ma dernière chronique coïncide assez avec mes cogitations actuelles pour que je revienne une dernière fois dessus.

Je vote pour toi, tu votes pour moi?

Le commentaire en question –dont l’auteur me pardonnera de le résumer à cette seule phrase– disait au sujet du report de voix socialistes sur les candidatures abertzale au second tour des départementales, “les voix d’électeurs de gauche lambda comme moi pourraient manquer un jour si la réciproque n’est pas vraie”.

Réflexion que l’on a souvent entendue et qui est intéressante car elle pose comme postulat la symétrie des reports entre abertzale de gauche et PS. C’est une question qui est plutôt plaisante à lire car contrairement à la plupart des élections précédentes, elle pose EH Bai et PS en position d’égalité, là où auparavant le second ne percevait le premier que comme une réserve de voix à savoir mobiliser.

Débat délicat et polémique, car il est tout à fait évident que dire “on vous demande d’appeler à voter pour nous, mais sachez que nous ne le ferons jamais pour vous” est difficile à tenir, en tout cas sans l’expliquer. Mais comme une belle bouse n’existe pas sans vache bien grasse, ce genre de questionnement est le fruit de notre accès à la cour des grands, on ne va donc pas s’en plaindre.

A mon sens, ce n’est pas (ou plus) une question à se poser de manière systématique, mais plutôt en étudiant avec finesse ses aspects politiques, tactiques et pédagogiques.

Au plan politique tout d’abord, il me semble important de démonter une idée qui me paraît fausse, celle de reports “naturels” entre abertzale et PS. S’il peut être naturel pour le PS d’apporter son soutien à EH Bai dans un second tour au nom de “l’union des gauches”, l’inverse ne me paraît pas aussi évident, et ce pour trois raisons.

La  première tient dans le fait qu’EH Bai est certes une force de gauche, mais également une force abertzale ; or, à ce dernier égard, le PS est tout autant que la droite son adversaire. La deuxième considère qu’au regard du corpus idéologique d’EH Bai, l’on peut légitimement poser le principe de l’union des gauches mais encore faut-il savoir de quelles gauches, considérant la rose actuelle fade et incolore…

La troisième réside dans le fait que le PS est un parti hexagonal, qui plus est de gouvernement, dont l’exercice actuel du pouvoir continue d’approfondir les contradictions vis-à-vis du mouvement abertzale d’une part, mais aussi vis-à-vis des engagements de certains élus socialistes locaux, d’autre part. Au plan politique, je doute qu’une symétrie puisse être possible entre deux formations politiques liées à un conflit asymétrique, ce qui rend impossible toute consigne de report systématique des voix abertzale vers le PS, sauf cas particulier de type “front républicain contre le FN”.

Je pourrais voter pour toi si…

Mais, cela signifie-t-il qu’il ne faut jamais appeler à voter PS ? Je ne le pense pas non plus. Non seulement cela reviendrait à considérer que tous les socialistes sont à mettre dans le même panier, mais aussi qu’à moins d’espérer pouvoir gagner tout seuls, nous nous interdirions, en fait, tout succès (comme André Garro le dit, un électeur socialiste peut être aussi rancunier qu’un abertzale…). Il me semble qu’au plan tactique, l’une des fonctions du mouvement abertzale est au contraire, faute d’être partout en position de fédérer lui-même, de savoir ailleurs faire gagner ou perdre en fonction de ses idées. Lorsque tout le monde aura compris qu’une candidature PS pourra peutêtre compter sur un soutien abertzale si elle en véhicule certains principes, et que ce ne sera jamais le cas d’une autre qui leur serait hostile, nous ferons bouger les lignes au sein du PS et pèserons même en étant minoritaires.

Par contre, une telle posture nécessite de la clarté car il s’agit de reports et en aucun cas d’une alliance, et là réside l’aspect pédagogique.  Rien n’est pire que de donner l’impression de tripatouillages électoraux de type “je soutiens celui-ci mais tacle celui-là sans expliquer pourquoi”. Le terme “consigne de vote” est déjà assez laid en soi pour qu’on évite d’y ajouter de telles suspicions. Tout cela doit être justifié par des engagements publics, à la fois précis et concrets, vérifiables selon un échéancier et évalués en fin de mandat, sans chèque en blanc. Sur quels points les fonder ? Est-ce valable sur toutes les élections ou seulement certains scrutins locaux? Comment ensuite identifier les “abertzale-compatibles” et les autres? Voilà qui resterait à préciser.

Je doute qu’une symétrie puisse être possible
entre deux formations politiques liées à un conflit asymétrique,
ce qui rend impossible toute consigne de report systématique des voix abertzale vers le PS,
sauf cas particulier de type “front républicain contre le FN “.

Etre compris pour être suivis

A la suite du commentaire d’André Garro, mon souhait était juste de souligner la finesse avec laquelle il faudra à l’avenir aborder cette question des seconds tours, maintenant que nous avons changé de statut. En effet, il serait trop facile de nous reposer pendant 4-5 ans sur nos lauriers de mars 2015 pour ensuite pleurer devant une éventuelle claque aux élections suivantes, sanctionnés d’avoir été perçus soit comme des ingrats, soit comme de gros bourrins incapables d’identifier le bon grain de l’ivraie au sein du PS et faisant invariablement le jeu de la droite, soit comme des gens revendiquant leur pureté mais se complaisant en fait dans une (confortable ?) posture d’éternels opposants.

Or gagner, nous sommes en position de le faire demain. Mais comme au rugby, il ne sert à rien d’avancer si on est incapable de transformer l’essai au moment clé. Et cela suppose d’avoir pris le temps d’échafauder au préalable une stratégie claire. Mis à part le prochain scrutin régional quelque peu particulier, nous avons plusieurs mois pour y réfléchir sereinement ; alors surtout n’évacuons pas trop facilement ce débat au nom d’un “splendid isolation” systématique, qui, en plus d’être quelque peu dogmatique, risquerait de se retourner contre nous tôt ou tard. Nous avons confirmé notre statut de force de premier tour, sachons aussi nous imposer comme force de second tour.

One Comment

  1. André Garo
    Posted 25/05/2015 at 21:49 | Permalink

    Tout d’abord, merci de m’avoir cité : 3 fois pour un petit mail!
    A propos de ma modeste personne, je suis plutôt au niveau des idées, proche des Verts, avec qui AB a plusieurs fois fait des alliances. L’ électeur de gauche Lambda est seulement à 50% socialiste, vous semblez l’oublier.Le parti socialiste reste globalement consternant, on est d’accord, mais j’aurais mis sans regret mon bulletin PS dans l’urne au 2ème tour comme je l’ai fait pour EH Bai.

    Il me semble que votre réponse est plus destinée aux militants d’ EH Bai qu”à ceux qui se posent des questions comme les miennes.

    La seule chose que vous dites qui est contraire à ma pensée c’est que je ne parle jamais de désistement automatique. Il faut éviter d’être systématique en toute chose.

    Si on prend le cas de mon canton, Ustaritz, j’ai bien peur que la présence de JC St Jean parmi les candidats de droite, n’aurait pas, malgré l’ extrémisme de cet individu, amené EH Bai à voter pour un candidat de gauche. Et comme dans le cas que je cite dans ma 1ère réponse, c’est à dire l’appel au NI NI entre MAM et S. ALLAUX aux Législatives ça aurait été une belle cagade.(corrigée par la majorité des électeurs abertzale qui n’ont pas suivi l’appareil)

    Je me répète, au 1er tour on vote POUR, au 2ème CONTRE. En attendant l’Arlésienne qu’est la proportionnelle.

    Voilà mes 1ères impressions à la lecture de votre article.
    Vous pouvez me répondre si vous le désirez et si vous en avez le temps sur le blog.
    Cordialement
    André GaRo