Une COP pour rien ?

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Martine Bisauta
Martine Bisauta
Ekologista, Herritar Parte Hartzeaz eta Garapen Iraunkorraz arduradun, Baionako auzapez-orde gisa.
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CO2121ème conférence des parties à la Convention cadre des Nations Unies, la COP 21 de Paris tiendra-t-elle tous les espoirs qu’elle a pu susciter ? Les différentes réunions qui ont précédé la conférence finale pouvaient déjà légitimement suggérer le contraire et cela malgré les affirmations du gouvernement français. Dans les deux derniers mois, la communication officielle prenait un ton de victoire déjà acquise se prévalant des déclarations favorables du gouvernement chinois sur la nécessité d’un accord juridiquement contraignant. Dix jours après la douche froide venait de Washington avec un John Kerry affirmant le contraire…

La prise de conscience des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre reste encore à démontrer et cela malgré le dernier rapport très alarmant du GIEC sur l’évolution du climat. Se défausser au moment des décisions est un sport dans lequel ils  réussissent avec talent depuis plus de 20 ans maintenant et toutes les manières de se soustraire à des engagements contraignants sont toujours d’actualité.

Dans ce contexte la voix de la société civile était attendue comme le moyen incontournable pour mettre la pression sur l’ensemble des chefs d’Etat et de gouvernements et Paris devait être le point d’orgue de mobilisations très importantes des  ONG regroupées dans la Coalition Climat 21.

Le 13 novembre, la capitale a connu de sanglants attentats faisant 130 morts et plusieurs centaines de blessés dans une seule soirée. Ces tragiques évènements ont provoqué une onde de choc compréhensible dans tout le pays et des dispositions très restrictives par rapport à toute forme de rassemblement ont été prises par le gouvernement.

Si on ne peut contester des décisions qui tendent à protéger l’ensemble de la population dans ces moments difficiles, on peut quand même s’étonner que les parisiens soient appelés à continuer à se rendre de manière quasi ostentatoire dans tous les lieux publics, dans les grands magasins, ou encore au marché de Noël. La vie doit continuer dit-on, certes et de toute façon la vie reprend toujours le dessus.

Il est donc surprenant que seules les manifestations citoyennes liées à la COP 21 soient, du moins à ce jour, interdites. La Coalition Climat 21 s’en émeut et dénonce “cette stratégie de choc qui consiste à utiliser les attentats tragiques pour réduire les  libertés”.

Au-delà de ce débat, ce qui ne manque pas d’inquiéter c’est que l’absence de manifestation de l’opinion publique va favoriser une plus grande prégnance des lobbies sur les travaux de la Conférence. Ce déficit démocratique ne sera pas sans conséquences et dans un cadre déconnecté du terrain, les pays qui traînent le plus pour prendre les décisions qui s’imposent seront encore moins enclins à passer aux actes…

Selon le comité organisateur, l’objectif de la conférence est “d’aboutir pour la première fois à un accord universel permettant de lutter efficacement contre le dérèglement climatique et d’accélérer la transition vers des sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone”. On imagine facilement les freins de toutes natures qui peuvent se mettre en place pour tenter de juguler toute avancée sur ce point. D’autant que cela implique des financements importants de la part des pays du Nord et en faveur des pays du Sud.

Laurent Fabius a beau se déclarer optimiste, en déclarant que la barre des 100 milliards pourrait être atteinte, il n’en reste pas moins que la force incontestable de la société civile reste d’une impérieuse nécessité.

Sans vouloir outre mesure assombrir le tableau, il faut être aussi conscient que la crise climatique est liée aux enjeux énergétiques, et qu’elle est déjà source de conflits et de guerres dans de nombreuses parties du monde. Nous savons également que le dérèglement climatique entraînera des migrations importantes de populations et que cela sera source de nouvelles tensions…

Plus que jamais la transition énergétique s’impose donc comme la seule solution pour en atténuer les conséquences et nous sommes dans la plus grande des urgences.

Nous ne parvenons toujours pas dans les cercles de décisions à imposer la réflexion écologique comme l’alpha et l’omega de tout projet, l’écologie c’est ce que l’on rajoute à la fin lorsque l’on a épuisé toutes les autres sources de raisonnement.

Si la COP 21 de Paris ne tient pas ses engagements et ne débouche pas sur un accord réellement contraignant qui s’impose à tous les Etats, il n’y aura tout simplement pas de session de rattrapage.

Nous entrerons encore plus fortement dans un monde de tous les dangers car le temps pour agir est déjà plus que compté !