L’Europe plurielle

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Jakes Abeberri
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Europe

L’Edito du mensuel Enbata

Comme en 2014, le Rassemblement national (ex-FN) est sorti en tête des élections européennes en France. Il est cependant en léger recul avec 23,5% des suffrages exprimés contre 24,9% il y a cinq ans. Sa “victoire” vient du fait d’être devant la liste Loiseau, soutenue par Emmanuel Macron qui, de Biarritz il y a quelques jours, avait pour objectif de dépasser le score de Marine Le Pen.

L’écart entre les deux listes n’est, il est vrai, que de 1% alors que la participation, 50,1%, n’a jamais été aussi forte depuis que le Parlement de Strasbourg est élu au suffrage universel en 1979. Cinq millions d’électeurs supplémentaires ont participé au scrutin du 26 mai dernier par rapport à celui de 2014.

Le duopole installé depuis les présidentielles de 2017, Macron / Le Pen, que les observateurs et les divers candidats accusaient d’avoir confisqué la démocratie a, au contraire, incité l’électeur à se rendre aux urnes.

L’engagement ouvertement européen du nouveau président, ayant célébré sa victoire de 2017 au son de l’Hymne à la joie sur fond de drapeau bleu étoilé, y est aussi pour une large part.

D’ailleurs, plus aucune force politique majeure, en France comme sur le continent, ne veut quitter l’Union ou l’euro !

Au plan hexagonal, ces élections européennes ont confirmé et amplifié la décomposition du paysage politique français dominant depuis des décennies.

Après avoir fait éclater la gauche qui se retrouvait dans quatre listes, le Parti socialiste, le Parti communiste, Insoumis et Génération.s, c’est la droite historique qui est anéantie, dégringolant des 20% d’un Fillon déjà mal en point aux présidentielles, à 8,2% de François-Xavier Bellamy.

La révolte de six mois de “gilets jaunes” semble n’avoir que peu imprimé l’échiquier électoral où leurs propres listes n’atteignent pas le 1%.

Dans ce désastre général, la percée spectaculaire de Yannick Jadot d’Europe Ecologie est le fait marquant du scrutin. Avec 13,5%, les Verts sont aujourd’hui le troisième parti de France. Leur victoire est triple car, au-delà de leur propre score, l’écologie politique s’est répandue sur l’ensemble du spectre français, des macronistes qui ont placé en seconde position l’ancien leader vert Pascal Canfin, à toutes les gauches mettant désormais en avant la double exigence sociale et environnementale. Enfin, la prise de conscience de la jeunesse à travers le monde, ses défilés, ses pétitions, ses actions diverses dont Bizi est ici l’avant-garde, se traduit au niveau du Parlement européen par un gain de 17 députés répartis dans chacun des Etats partenaires pour constituer à Strasbourg un large groupe de 78 eurodéputés pouvant d’autant plus peser sur la politique de ce continent que la majorité échappera, pour la première fois, au tandem PPE (droite) et social-démocratie.

Les jours prochains répondront à ce changement de la donne européenne lors de la nomination des présidents de la Commission, du Parlement, du Conseil des chefs de gouvernements et en octobre, de la Banque centrale de Francfort.

Au plan local, le classement est totalement différent de celui de l’Hexagone.

La liste de la majorité présidentielle arrive nettement en tête dans les Pyrénées-Atlantiques à 25,17% contre 22,5% en France. Si ce leadership macronien l’est tout autant en Pays Basque qu’en Béarn, la seconde place en Pays Basque revient au Vert Yannick Jadot, allant dans les villes de la côte comme à l’intérieur de 15 à 18%. On peut donc estimer la plus-value basque de EELV autour de 4%.

La droite classique s’effondre. Alliot-Marie en était le leader il y a cinq ans. Elle laisse son successeur François-Xavier Bellamy à 8%. Ce magistère de la droite s’est effondré. Il était de 30,35% à Saint-Jean-de-Luz, 27,60 à Biarritz, 24,12% à Anglet et 18,64% à Bayonne. Le mouvement macroniste occupe aujourd’hui la première place dans toutes nos villes avec 24,9% à Bayonne, 33,19% à Biarritz, 29,6% à Anglet, 21,8% à Hendaye-Urrugne, 27,4% à Saint-Jean-de-Luz. Il y a fort à parier que ce nouvel hégémonisme présidentiel aura une forte influence lors des municipales de l’an prochain.

Saluons enfin l’élection au Parlement de Strasbourg de l’abertzale corse François Alfonsi sur la liste de Yannick Jadot au titre de délégué R&PS (Régions et peuples solidaires).

Enbata l’avait mis en couverture le mois dernier et son interview nous rappelait ses combats en faveur de la cause basque lors de sa première mandature, de 2009 à 2014. Editorialiste politique de l’hebdomadaire Arritti, créé par Max Simeoni qui ouvrit la voie au Parlement européen, il est le militant exemplaire des peuples sans Etat. Placé au bon endroit, il y retrouvera nos amis souverainistes catalans, dont l’exilé et le preso Oriol Junqueras, sortis vainqueurs du scrutin du 26 mai.