Le Covid, jusqu’aux confins du monde

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David Lannes
David Lannes
Ikerlari eta irakasle.
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CovidBrasilDurement touché par la pandémie, la politique de Jair Bolsonaro menace les populations indigènes d’Amazonie, particulièrement sensibles et déjà dévastées, dans leur histoire, par les “maladies de blancs”. Des organisations s’alarment des “conséquences génocidaires” de la crise.

Près de 90% des populations précolombiennes auraient été dévastées par des “maladies de Blancs” comme la rougeole ou la variole ; est-ce que le Covid-19 leur portera le coup de grâce ?

Au Brésil, durement touché par la pandémie, plusieurs organisations représentatives des peuples autochtones d’Amazonie s’alarment des possibles “conséquences génocidaires” de la pandémie qui survient dans le contexte d’une offensive du Président brésilien Jair Bolsonaro pour s’approprier leurs terres.

Depuis le XVIe siècle, les peuples autochtones de l’Amazonie succombent à des virus contre lesquels ils n’ont aucune défense immunitaire.

Dans les années 80 par exemple, plus du tiers du peuple Matis mourut peu après avoir pris contact avec le monde “civilisé”. L’arrivée du coronovirus est donc redoutée, d’autant plus que le mode de vie communautaire de ces populations favoriserait sa propagation. Et même si le virus épargnait les plus jeunes, “si l’on perd les personnes âgées et leur savoir, dont découle l’organisation de la société, c’est le chaos”, explique un universitaire brésilien interviewé par la BBC.

Stratégie d’isolement

Pour éviter une telle perspective, toute autorisation d’entrée sur les terres indigènes est suspendue depuis la mi-mars, et les différentes populations se sont réparties en petits groupes isolés dans la forêt, comme elles l’avaient fait dans les années 70-80 face à d’autres épidémies. Cette stratégie d’isolement renforcé des peuples autochtones se heurte cependant à deux obstacles.

Le premier est qu’une partie de ces populations est devenue dépendante des aides sociales et n’est plus capable de subvenir à ses besoins par la chasse ou l’agriculture. Si elles doivent retourner dans les villes pour s’approvisionner —et à ce jour aucun plan d’approvisionnement des villages autochtones n’est prévu— le risque est grand qu’elles se contaminent et transmettent le virus au reste de leur communauté. Les organisations indigènes s’en inquiètent d’autant plus que leur système spécifique de santé, créé en 2010 par Lula, est affaibli par les attaques répétées de ses opposants, et en particulier de Bolsonaro qui souhaite le supprimer.

Dans ce tableau bien noir,
on peut toutefois distinguer une petite lueur.
Un juge brésilien vient d’interdire aux missionnaires évangéliques
d’entrer en contact avec des peuples d’une vallée amazonienne

Le deuxième danger susceptible de limiter l’efficacité de l’isolement volontaire des peuples autochtones est leur proximité désormais importante avec les mineurs, bûcherons et éleveurs illégaux, sans oublier les missionnaires évangéliques.

Les présences de ces derniers sont d’ailleurs très mal vécues par les organisations indigènes. Une responsable réagissait ainsi à la nomination par Bolsonaro de Ricardo Dias, un ancien missionnaire évangélique, à la tête du département pour les peuples non contactés : “le gouvernement brésilien a pris la décision, en toute connaissance de cause, d’ouvrir les territoires autochtones aux missionnaires évangéliques, comme une étape clé dans la prise de contrôle de leurs terres et l’exploitation de leur or, minéraux, bois et autres ressources.

Posture de missionnaire

Dias est en effet un ancien membre du groupe évangélique fondamentaliste New Tribe Mission (NTM). Connue pour forcer le contact avec les peuples les plus reculés, la NTM n’hésitait pas dans les années 70-80 à recourir à de véritables chasses à l’homme et elle est responsable dans les années 90 de la disparition d’un peuple autochtone, éradiqué par des maladies transmises par ses missionnaires… La NTM ayant récemment annoncé avoir fait l’acquisition d’un hélicoptère pour mener une campagne d’évangélisation de grande envergure, la nomination de Dias est vécue comme une remise en cause de la politique, en vigueur depuis 1987, de ne pas forcer le contact avec les peuples autochtones. Comme le souligne Survival International, les missionnaires, en forçant le contact, accomplissent la première phase d’un processus d’appropriation des ressources des populations autochtones.

Pour la deuxième phase de ce processus, Bolsonaro a dévoilé en février un projet de loi visant à ouvrir les terres indigènes à l’exploitation minière et à l’agriculture commerciale. Une expropriation qu’il assume complètement : “les terres des indigènes sont trop vastes, et leurs ressources doivent être partagées avec le reste de la population”.

Sans surprise, on voit les exploitations illégales se multiplier, la déforestation progresser (+50% sur le premier trimestre 2020 par rapport à 2019) et, par conséquent, les contacts avec de potentiels porteurs du virus deviennent de plus en plus probables.

Dans ce tableau bien noir, on peut toutefois distinguer une petite lueur. Un juge brésilien vient d’interdire aux missionnaires évangéliques d’entrer en contact avec des peuples d’une vallée amazonienne, basant son jugement sur le fait que “les Indiens non-contactés sont particulièrement vulnérables”.

Les organisations indigènes parlent du “meilleur verdict” possible et c’est assurément une entrave à ce que ces organisations appellent le “plan génocidaire” de Bolsonaro.

Malheureusement, les exploitations sauvages profitent de la situation créée par le Covid-19 puisque le personnel chargé de la surveillance des réserves indigènes a, en grande partie, été mis en arrêt de travail. Et si les besoins en bois de construction ont baissé avec la crise, le prix de l’or a monté et des milliers de personnes privées de leurs ressources voient dans l’orpaillage sauvage une rare source de possibles revenus. Car la société brésilienne n’est pas non plus en grande forme… “Si un système doit s’effondrer, s’indigne une représentante autochtone qui appelle le Covid-19 à un peu de discernement, c’est l’économie basée sur l’exploitation violente de la terre et des peuples”.

 

  • Berripapera



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