La paix n’est pas un acte passif

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Jean Rene Etchegaray, maire de Bayonne, lors de l'inauguration de la sculpture "Arbolaren Egia" le Dimanche 8 Avril 2018.

Jean Rene Etchegaray, maire de Bayonne, lors de l’inauguration de la sculpture “Arbolaren Egia” le Dimanche 8 Avril 2018.

Retranscription de la prise de parole de Jean-René Etchegaray,  Maire de Bayonne,  Président de la Communauté d’agglomération Pays Basque, lors de l’inauguration de la sculpture de Koldobika Jauregi (“Arbolaren Egia” ou “La vérité de l’arbre”) le dimanche 8 avril à l’Esplanade Roland Barthes :

Il y a un an jour pour jour, le désarmement de l’ETA était acté à Bayonne, selon un processus conforme à notre Etat de droit. Le Gouvernement, présidé alors par le Premier Ministre Bernard Cazeneuve, a rendu possible le déroulement de cet acte historique. On sait aujourd’hui que le 8 avril marquera l’histoire du Pays Basque mais aussi de la France, car c’est ici que le dernier conflit armé d’Europe Occidentale n’avait toujours pas trouvé sa solution.

Beaucoup de générations ont souffert de ce conflit qui avait toutes les caractéristiques d’une guerre. En Octobre 2011, la Conférence d’Aiete, présidée par Kofi Annan, a ouvert une fenêtre sur la paix en proposant en 5 points les termes de la résolution du conflit.

Le premier point, c’est-à-dire l’engagement définitif de la fin du conflit armé par l’ETA, était immédiatement acté. Restait le point 2 de cette déclaration, qui supposait la participation des Etats français et espagnol à ce processus. Le 8 avril 2017 marquera une forme claire d’engagement de l’Etat français.

Il reste encore beaucoup à faire. La paix n’est pas un acte passif. C’est pour cela que j’ai considéré comme opportun que ce soit à l’Hôtel de Ville de Bayonne, capitale du Pays Basque français, que cet acte historique se déroule.

Depuis lors, un espace de discussion sur la situation des prisonniers a été initié au Ministère de la Justice. Les premiers résultats tangibles ont été observés avec la levée du statut à plusieurs prisonniers. Et surtout le rapprochement de plusieurs d’entre eux. D’autres mesures devraient suivre. La mobilisation doit néanmoins se poursuivre.

Il est important qu’aujourd’hui nous soyons rassemblés pour inaugurer une sculpture, dans ce quartier qui, il y a tout juste un an, rassemblait dans une manifestation silencieuse près de 20 000 personnes. Le geste artistique de Koldobika Jauregui, auquel nous devons cette œuvre, et que je veux ici remercier, doit être bien compris par chacune et chacun d’entre nous. Cette sculpture se veut être l’apologie de la paix et de la réconciliation à laquelle tout le monde aspire.

Le symbole, parti pris artistique du sculpteur, doit être entendu comme l’espoir du renouveau. L’arbre symbolise au Pays Basque le rassemblement et la vie. Et si le récit suggéré par l’artiste nous rappelle ce qu’a été l’histoire de ce conflit, c’est pour mieux le dépasser.

Je veux dire ici, d’une façon très solennelle, que les victimes, toutes les victimes, sont dans notre esprit associés à cette commémoration. Rien, absolument rien à mes yeux, ne justifiera jamais les actes commis de part et d’autre.

Mais aujourd’hui, l’occasion unique nous est donnée, sans oublier les souffrances du passé, de préparer l’avenir du Pays Basque et des générations futures. Cette sculpture, cette œuvre, est à mes yeux une étape nécessaire pour une paix durable au Pays Basque. Je le répète, la paix qui se construit n’est pas un acte passif. Le signe que renvoie la sculpture de Koldobika Jauregui, s’il est bien compris, permet de poser un acte qui pourrait être décisif…