Jaune, couleur d’automne

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Martine Bisauta
Martine Bisauta
Ekologista, Herritar Parte Hartzeaz eta Garapen Iraunkorraz arduradun, Baionako auzapez-orde gisa.
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 GiletsJaunes1“Nous allons changer de monde dans la douleur à défaut de l’avoir initié par choix, et nous allons laisser au bord du chemin tout un monde rural en totale désespérance”. Ces lignes ont été écrites en décembre 2013 dans ces mêmes colonnes à propos des bonnets rouges et sous le titre Le temps des frondes. L’histoire, comme toujours, se répète sauf que l’envergure du mouvement en cours dit des “gilets jaunes” est bien plus importante, plus étendue, plus difficile encore à cerner et sans doute bien plus manipulée !

Comme sans doute bien d’entre vous, je peine à discerner dans ce mouvement né sur les réseaux sociaux, le sens global d’une démarche dont le but maintenant serait la démission du Président et/ou la dissolution de l’Assemblée Nationale…

Comme d’autres je m’interroge sur cette aspiration au chaos qui ne réglera aucun problème mais qui risque de les aggraver tous !

Bien sûr j’entends l’expression forte d’un ras-le-bol général alimenté par les grossières iniquités de ce monde où l’insolence de la richesse n’a d’égale que l’appauvrissement constant et régulier de millions de personnes !

Bien sûr par un de ces hasards incroyables on apprend en même temps la garde à vue de Carlos Ghosn patron du premier consortium automobile qui a probablement triché avec le fisc alors qu’il perçoit environ 45.000 euros/jour… jamais assez comme une insulte à ceux et celles qui ne parviennent plus à vivre de leur travail !

A nouveau, ce qui est en cause initialement, c’est une fiscalité jugée comme insupportable, hier sur la circulation des camions, aujourd’hui sur l’augmentation des taxes sur les carburants.

On nomme à nouveau “écotaxe”, ce qui logiquement est une “pollutaxe” et qui devrait alimenter des mesures pour permettre une transition énergétique plus acceptable socialement. Une fois de plus nos gouvernants se sont pris les pieds dans les fleurs du tapis, avec une décision brutale, non préparée et surtout en partie totalement mensongère ! On applaudit car on tient là une magnifique façon de décrédibiliser toutes les mesures absolument nécessaires pour lutter contre le réchauffement climatique…. Du coup, on a appris que la France se divisait en deux les urbains et les ruraux, ceux qui par essence (sans jeux de mots) ne pouvaient accepter cette décision car ils étaient contraints de vivre à des dizaines de kilomètres de leur lieu de travail, et cela sans transports alternatifs pour leurs déplacements…

Pour partie, c’est vrai mais pour partie seulement car cette réalité-là, elle a été aussi voulue, quitter les villes pour habiter dans des lotissements éloignés sans se préoccuper des déplacements que cela impliquait n’est pas une nouveauté…

Cela a été pendant des décennies le rêve de la maison individuelle, du petit jardin et du barbecue et pour les petites communes l’arrivée souhaitée d’habitant.es supplémentaires…

Dire que l’on n’a pas compris ce qui risquait de se passer est un euphémisme !

Déménagement des territoires, concentration des activités, dérégulation financière, fractures en tout genre le constat s’impose mais une fois fait, quels sont les moyens d’y répondre ?

Le triste ballet ces derniers jours de nombre de politiques angoisse incroyablement. Entre un gouvernement qui peine à saisir que sa communication est de nature à attiser toutes les passions et des partis politiques qui s’ingénient à s’accrocher aux wagons, le bout du tunnel est loin d’être visible !

Car il faut aussi avoir le courage de le dire, ce mouvement n’emporte pas avec lui que des revendications entendables ou même acceptables. Il n’est pas un mouvement social dans le sens émancipateur, démocratique ou même collectif, il est aussi le réceptacle d’une violence inouïe avec des actes homophobes, racistes et sur les réseaux sociaux pullulent des propos insoutenables, et de multiples fausses informations. Cette coagulation d’opinions et d’intentions divergentes est très inquiétante, et peut rappeler des moments douloureux de notre histoire récente ou encore ce qui se passe chez Trump ou plus près de nous en Italie.

Face à cette réalité, depuis le 17 novembre, le ballet des : Le Pen, Dupont-Aignan, Wauquiez, Mélenchon, Corbière, ou autre Ruffin est indécent, dangereux, lamentable tant ils se frottent les mains des difficultés actuelles pour simplement être ceux qui vont récupérer le magot !

Seul et bien seul Laurent Berger évoque l’impérieuse nécessité de rassembler ce qui peut encore l’être, ose poser des mots de bon sens sur une situation en déliquescence extrême, au moment et il n’y a pas d’exagération dans le propos où tout peut déraper, où la démocratie dans ce pays peut être en danger ! Qui aurait vraiment à y gagner ? D’une certaine façon, poser la question est déjà y répondre et les plus grands perdants seront encore ceux et celles qui de bonne foi ont participé à l’avènement de cet automne jaune…

One Comment

  1. JSM
    Posted 06/12/2018 at 09:22 | Permalink

    Egunon,
    en désaccord avec ce texte qui, sans s’en rendre compte, relève d’une position de classe — Selon l’historien Gérard Noirel ” On a entendu des «gilets jaunes» tenir des propos homophobes ou racistes, mais cela reste très marginal. De même, la violence a toujours été une dimension importante dans ces luttes populaires spontanées.” https://www.liberation.fr/france/2018/12/02/gerard-noiriel-pour-macron-les-classes-populaires-n-existent-pas_1695585
    Selon l’écrivain Edouard Louis ” Tout de suite, dès la naissance de ce mouvement, nous avons vu dans les médias des “experts” et des “politiques” diminuer, condamner, se moquer des gilets jaunes et de la révolte qu’ils incarnent. Je voyais défiler sur les réseaux sociaux les mots “barbares”, “abrutis”, “ploucs”, “irresponsables”. Les médias parlaient de la “grogne” des gilets jaunes : les classes populaires ne se révoltent pas, non, elles grognent, comme des bêtes”. https://www.lesinrocks.com/2018/12/04/actualite/edouard-louis-chaque-personne-qui-insultait-un-gilet-jaune-insultait-mon-pere-111149208/
    Il y a bien longtemps que le prix de l’essence est devenu secondaire dans les argumentaires par rapport à un sentiment de déclassement, l’indignation de voir disparaître les services publics, le rejet d’un modèle de développement centré sur les métropoles, le sentiment d’une injustice fiscale profonde….

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