Covid-19, mode Länders

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Jakes Abeberri
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EditoJA

L’Édito du mensuel Enbata

Version cocorico, le Français habite un pays béni, patrie des droits de l’homme, de la gastronomie et de la débrouille que le monde entier envierait. De l’extérieur, on appelle cela de l’arrogance nourrie du peu glorieux classement universitaire de Shanghaï ou de l’irrépressible appel à quitter l’Hexagone pour l’eldorado britannique des réfugiés confinés à Calais.

La seule comparaison qu’il accepte est celle avec son voisin et partenaire européen, l’Allemagne. L’analyse comparative de la présente crise du Covid-19, de part et d’autre du Rhin, relève d’un abîme. Le bilan en termes de contamination, d’hospitalisation, de réanimation, est accablant pour la France où on y meurt quatre fois plus.

Or, les deux pays consacrent la même part de leur richesse à la santé, soit 11,2% de leur PIB. L’explication est donc ailleurs. Avec des dépenses de santé comparables, la France offre trois lits d’hôpital pour 1000 habitants, alors que l’Allemagne en offre six. D’un côté, 5000 lits de réanimation, de l’autre 20.000. La France possède deux fois moins de scanners que l’Allemagne, etc., etc. Il n’y a pas de miracle allemand, mais un fédéralisme pleinement assumé, notamment dans le domaine de la santé dont la compétence est entièrement détenue par un ministre de la santé dans chaque Land. Il y organise et dirige la politique votée et financée par le parlement local. C’est lui qui crée l’abondante offre hospitalière, sa capacité d’accueil, ses équipements, ses liens avec l’université et la recherche, sa cohabitation avec le secteur privé et qui décide, on l’a vu, de recevoir les malades Covid pour soulager les amis français. C’est lui qui décide des mesures de confinement, de dé-confinement, de masques, de tests… Par exemple, la Bavière a totalement confiné sa population, contrairement à Berlin. Une saine émulation entre territoires est une valeur ajoutée.

La chancelière Angela Merkel joue, non pas un rôle de direction, mais de coordination et de solidarité nationale. S’adressant rarement en direct au peuple allemand, elle a cependant marqué les esprits par une conférence de presse solennelle, le 18 mars, flanquée des présidents des deux plus puissants Länders du pays. Nous sommes loin des solos républicains et martiaux, sous les ors du palais de l’Elysée.

Cette souplesse liée aux structures fédérales se traduit par une gestion proche du terrain et moins coûteuse que les lourdeurs administratives jacobines chiffrées à environ 10% de moins qu’en France. Le handicap d’une population allemande plus âgée, donc plus vulnérable, est compensé par une culture industrielle de haut niveau qui permet de fabriquer à la hâte des respirateurs artificiels insuffisants en début de pandémie. Il est vrai que ce pays est riche de deux cultures, la première est un système de santé fondé à la fin du XIXe siècle par Bismarck, le père de l’unité nationale. La seconde est le fédéralisme dont le principe de subsidiarité est d’une puissance étonnante, illustré lors des Jeux olympiques de Munich (été 1972) où c’est la police du Land de Bavière, et non celle de Berlin, qui couvrit la prise d’otage des athlètes israéliens par un commando palestinien, achevée par un énorme massacre.

Le personnel médical français est d’aussi haute qualité que celui d’Allemagne et tout aussi apprécié par les applaudissements du soir des deux peuples. Mais c’est l’organisation de la santé qui en France est entièrement corsetée du haut en bas de l’échelle, dans le modèle centraliste jacobin. Ici, pas de décentralisation et encore moins de pouvoir législatif local. C’est l’ordre napoléonien qui anime chaque Agence régionale de santé (ARS) et son directeur agit comme un véritable superpréfet, entièrement aux ordres du gouvernement central.

Créées il y a dix ans, les ARS appliquent sans état d’âme la politique du ministère de la santé de Paris. C’est lui qui tient les cordons de la bourse, fixe les normes, les objectifs, décide de la création ou de la fermeture de lits d’hôpitaux, de services d’urgences, de maternités et de l’utilisation ou pas des labos vétérinaires. Les ARS ne sont pas soumises au contrôle parlementaire et encore moins aux élus locaux. On comprend dès lors la rigidité, la lenteur, la pesanteur administrative et son coût qui handicapent le système de santé français par rapport à celui d’outre-Rhin. On sait pourtant combien fut bénéfique la prise en charge de certains équipements publics par les collectivités locales. Rappelons-nous l’état de délabrement de nos lycées et collèges quand ils étaient à la charge de l’État et leur qualité actuelle.

Le désastre planétaire de la pandémie Coronavirus qui met à genou les sociétés les plus avancées, remet en question bien de nos certitudes. Que retiendra la France ce double tsunami sanitaire et économique ? Constatera-t-elle entre autres, la supériorité du système fédéral sur son étatisme vertical qui nous fait sujets et non citoyens? Les prémices du jour d’après qui nous sont proposées, nous laissent perplexes lorsqu’on voit fleurir sur nos écrans TV, en guise d’organisation du dé-confinement du 11 mai, la carte de nos vieux départements jacobins en vert et en rouge pour nous rendre moins tristes. Avec à la manoeuvre, non pas les nouvelles grandes régions créées par Hollande pour être «européennes» mais le couple antinomique, parfaitement républicain, le maire élu du peuple et le préfet en uniforme, aux ordres de Paris. Avec pour pensée profonde le concept de «différenciation territoriale» dernier avatar de la décentralisation à la française. Désespérant.

One Comment

  1. Dabat patrick
    Posted 13/05/2020 at 23:08 | Permalink

    Ce constat est malheureusement exact,Dénoncé par les abertzale s depuis plus de quarante ans minimum et les écologistes depuis une trentaine d’années.Mais je pense improbable que l’état jacobin français en tire une quelconque leçon comme d’habitude de même que certains médias de l hexagone.Félicitation pour cet article et cette analyse que l’on ne risque pas de voir dans le quotidien local.

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