Circonvolutions en Abertzalie

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie-ren burasoak Bigorre-etik etorri dira Euskal Herrirat beren lehen 4 haurrekin, 60 hamarkadaren hasieran. Baionan hazi ondoren, euskal kantuaren bidez erabaki du euskotar bilakatzea eta euskara, bertako biztanleen hizkuntza, ikastea. Kultur eta politika arloko militante gisa, idazkera egiazko arma literario bat dela pentsatzen du. 80 hamarkadaren erditsutan, Ekaitza astekariaren sortzaileetakoa eta 1992an Baionako hiru hilez behingo Kutzu adizkariaren sortzaileetakoa da. Enbatan hilabetero kronika bat egiten du 2012ko urtarriletik geroz.
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AbertzalieQuand on tape sur le moteur de recherche le mot “Abertzale”, la définition de Wikipedia nous apparaît immédiatement : le terme abertzale en basque signifie “amant de la patrie”, “patriote” ou “partisan de la patrie”. Il provient de la fusion du terme aberri avec le suffixe – zale. Le problème avec les traductions, c’est qu’elles dénaturent souvent la pensée de la langue originelle. Et puis, une partie de notre génération —avec notre construction catho/gaucho/puis écolo empreinte pour certain.e.s d’un zeste d’idéal libertaire(1), frustré.e.s de ne point avoir vécu Mai 68— a du mal avec le concept de “patrie”.

A…bertzale, allez, allez !

Du coup, remonte à mon esprit, le discours de Jakes Abeberry —notre père à toutes et tous— lors d’un meeting de la liste abertzale pour les élections régionales de 1992 dans lequel ce fils de boulanger arrangoiztar, de trente ans notre aîné, nous tint à peu près ce langage : “Être abertzale, c’est avoir changé de patrie !”. Lui n’était pas encombré par nos embarras sémantiques voire politiques. Plus tard, je me suis approprié, en partie cette sortie “pataquès” en parlant de “cadre de référence”. Encore plus tard, on a plutôt le terme de “sentiment d’appartenance”.

Universalité

Entre-temps, j’ai beaucoup aimé ce que le camarade Jean Noël Etcheverry, plus connu sous le pseudo de Txetx, m’avait insufflé à la veille d’une soirée de soutien au peuple basque, il y a une bonne vingtaine d’années en terre girondine. Abertzale, cela renvoi à “aberriaren zaintzaileak”, “aberria” —terme assez moderne dans le lexique basque— pouvant être assimilé à “arbasoen herria”. En traduction française, cela pourrait s’approcher de “gardien du pays des ancêtres”. Ce qui renvoie à la pensée “Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants” dont l’origine est tout à la fois attribuée à la philosophie amérindienne et notamment à l’indien Ramaswami Venkataraman, à un proverbe Inuit comme africain, ou à une citation anglaise à partir d’une phrase de Wendell Berry. Qu’importe, c’est une notion universelle qui pourrait, devrait être partagée par tous les peuples !

La diversité comme rempart à l’uniformité

S’il ne devait y avoir qu’un seul avantage de l’arrêt de la lutte armée en Euskal Herri — en dehors de l’arrêt de la violence politique d’un peuple pas encore reconnu parmi la diversité des nations— c’est que le débat aujourd’hui ne se focalise plus sur des moyens utilisés, mais sur l’apport des idées et la manière aujourd’hui non violente de les porter. Qui plus est, la majorité des abertzale n’est plus confinée à un mouvement uniquement de reconnaissance identitaire mais apporte des propositions et solutions à la crise sociale, agricole, économique, énergétique, environnementale, migratoire… Il poursuit sa mue, tant au Nord qu’au Sud, en pensant qu’il peut co-construire, ici et là, et avec tous les nouveaux arrivants qui le veulent, un avenir en commun dans le cadre de gouvernances partagées.

Alors, comment repérer un.e abertzale ?

Autant on peut reconnaître facilement les jeunes hommes abertzale du Sud —ils ont tous au moins une “pettentte” à l’oreille gauche, tels ces joaldun aperçus à Herri Hurrats où pas un ne dérogeait à la règle, autant au Nord, c’est un peu plus compliqué. Il vaut mieux prêter l’oreille -sans boucle- au discours déployé. Si au détour d’une conversation banale, vous entendez “au niveau hexagonal” ou “Pays basque Nord ou Sud”, bingo ! Vous avez déniché la quintessence abertzale qui considère la France comme un État pluri-national.(2)

Du Sud Ouest ou du Nord ?

Si par contre, vous chopez au vol “Pays basque français” et “au niveau national” pour faire référence à la France, là, vous avez affaire au mieux à un.e “euskaltzale(3) ou au pire, à quelqu’un qui considère que la France a un terroir riche en diversité avec de belles provinces typiques. Si on vous indique qu’après Hendaye c’est l’Espagne, là, vous vous positionnez en fonction de votre niveau de basquitude ou de votre connaissance de la géopolitique locale. Vous avez compris que vous êtes face à un.e citoyen.e français.e lambda. Au mieux, vous lui rendez service en lui offrant le bouquin “Le Pays basque pour les nuls”. Au pire vous lui dites, qu’à son prochain séjour en Corse, il teste le tour de l’île avec un grand drapeau français accroché à sa voiture. En synthèse, un abertzale qui vit en “Pays basque français” il est du “Nord” alors qu’un citoyen français qui se dit français —fut il/elle basque— se considère dans le sud ouest. A contrario, un abertzale qui vit dans le Pays Basque espagnol habite bien au sud alors qu’un citoyen espagnol qui se dit espagnol —fut il/elle basque— estime qu’il habite dans le nord ouest ! On appelle cela un Pays Basque pluriel !

Gora gu ta gutarrak!

Il faut dire que depuis la fin de la lutte armée en Pays Basque, certains ont du mal à distinguer maintenant les bons et les méchants abertzale. C’est pourtant encore limpide. Pour pasticher “Les inconnus(4) et pour s’imbiber du milieu des chasseurs, un bon abertzale, c’est quoi ? Bé, un bon abertzale, c’est quelqu’un voit un truc qui bouge. Il tire. Et voilà ! C’est un bon abertzale. Un mauvais abertzale, c’est quelqu’un qui voit un truc qui bouge. Il tire. Et voilà, quoi !

(1) Certains d’entre nous étions, à la vingtaine, à la fois anti-étatistes et anticapitalistes façon Bakounine ou Proudhon tout en incluant notre lutte dans une démarche internationaliste. Dans les années fin 90, nous brandissions, tel un étendard, le fameux “Penser global, agir local”.

(2) Petit jeu : prenez sur vous et lisez le journal Sud Ouest. Dans ses pages “Pays basque” ou ailleurs, vous ne verrez jamais écrit “Pays basque Nord” ou “Pays basque Sud”. En guise de substitution, on lira “Pays basque français”, ou “de l’autre côté”. Avec mention spéciale “Coté français ou coté espagnol”. La raison est simple : la direction du quotidien l’interdit à ses journalistes ! Un peu dans la même veine, France bleu Pays basque s’échine, s’obstine même à se considérer comme la première radio du Pays basque alors qu’elle n’est que la première radio du Pays basque Nord !

(3) Personne bascophile qui aime et soutien la langue et la culture basque.

(4) https://www.youtube.com/watch?v=QuGcoOJKXT8