Agir pour le climat

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Nahia Briault, militante de Fridays For Future Pays Basque et de Youth For Climate France

Nahia Briault, militante de Fridays For Future Pays Basque et de Youth For Climate France

Nahia Briault, en Terminale à Cantau, est une lycéenne engagée à Fridays For Future Pays Basque et à Youth For Climate France. Depuis le début de l’année elle est impliquée dans les mobilisations climatiques lycéennes, du Pays Basque à Lausanne, en passant par Paris. A la veille d’une rentrée climatique riche en mobilisations, comme la “Climate Week” du 20 au 27 septembre, elle répond aux questions d’ALDA.

Qu’est-ce que Friday For Future Pays Basque ?

En décembre 2018, Greta Thunberg (*) prononce son discours sur l’urgence climatique qui va marquer les esprits. En janvier 2019, le groupe FridaysForFuture Pays Basque naît et organise des grèves et mobilisations pour le climat. Pourquoi ? Parce que nous voulons avoir un futur, parce que j’ai envie que mes amis aient un futur. J’ai envie de grandir sans me préoccuper des canicules ou des pénuries d’eau. J’ai envie d’apprendre à mes enfants à surfer, à skier, sans qu’ils se soucient eux-mêmes de leur avenir. 18 mois c’est tout ce qu’il nous reste, et 18 mois c’est peu. Le groupe du Pays Basque a été fondé par deux lycéens de Cassin (Johan et Luzio), ils ont ensuite commencé à en parler autour d’eux puis ont créé un compte sur les réseaux sociaux, grâce auxquels une première réunion a pu être organisée. Personnellement, j’ai découvert le groupe du Pays Basque sur un site internet. En cherchant plus d’informations pour participer à la manifestation de Paris, j’ai appris que le groupe du Pays Basque a été l’un des premiers en France à être créé.

Quel genre de revendications et mobilisations avez-vous eu jusqu’à maintenant ?

Nous avons trois principales revendications au niveau international :

  1. Maintenir la hausse de température mondiale inferieure à +1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels.
  2. Assurer l’équité́ et la justice climatique.
  3. Tenir compte des meilleures données scientifiques actuellement disponibles. Nous travaillons en ce moment sur des revendications locales notamment liées à notre prochaine manifestation. Ce qui nous permettra par la suite d’avoir des mobilisations et actions cohérentes par rapport à nos revendications.

“Manifester c’est bien, agir c’est mieux”. Nous sommes souvent critiqués sur le fait que nous manifestons sans rien faire à côté. Sauf que cela est faux, et la diversité des actions est même l’une des forces de notre mouvement. C’est dans ce but que nous organisons des “clean walks”, ramassage de déchets sur la plage ou encore des “opérations lucioles”, qui ont pour but d’éteindre les lumières des enseignes de commerces (**).

Aussi, en juillet dernier, j’ai eu la chance d’être conviée avec d’autres jeunes à l’Assemblée Nationale au côté de Greta Thunberg, de quatre jeunes de Youth For Climate France et de Valérie Masson Delmotte (vice-présidente du GIEC). Ce fut une expérience incroyable qui m’a permis de rencontrer et de discuter avec les députés de mon département, mais également avec des représentants de divers mouvements comme Adrien Quatennens (député de la France Insoumise). Car même si nous ne soutenons aucun parti, ce fut intéressant d’échanger avec eux.

Également en août, j’étais, pour commencer, dans la délégation française qui a participé au sommet SMILE For Future (Summer Meeting In Lausanne Europe). Ce sommet a regroupé plus de 400 personnes venues de 37 pays différents pendant une semaine durant laquelle nous avons débattu sur les valeurs, demandes et objectifs de notre mouvement. Ensuite, à l’occasion du contre-sommet G7 EZ, nous avons pu présenter une conférence sur la vision des jeunes au sujet du dérèglement climatique.

Quel bilan avez-vous effectué de ces premières mobilisations ?

Par rapport à l’Assemblée Nationale, je dirais que mon avis est plutôt mitigé. A première vue, dans les médias, toute la conférence s’est bien passée, mais je vous avoue que j’ai été très déçue de l’attitude de certains députés. D’une part parce que les députés Les Républicains avaient boycotté la réunion, mais également parce que plus de la moitié des représentants présents ont écouté le discours de Greta Thunberg, avant de quitter la salle sans même prendre le temps d’écouter les discours des jeunes d’YFC et de la vice-présidente du GIEC, Valérie Masson Delmotte. En prime, le CETA a été adopté le jour même, ce qui résonne comme une catastrophe pour le climat.

Quant aux autres mobilisations de cet été, en deux mots : unité et espoir.

Les assises de Bordeaux et le rassemblement international SMILE (Summer Meeting In Lausanne Europe) For Future ont bien prouvé qu’une réelle structure et organisation nationale et internationale est en train de se créer, ce que je trouve assez incroyable de la part de jeunes dont l’âge tourne autour de 15-18 ans. Et l’espoir, est bien selon moi c’est essentiel dans ce genre de mouvement.

Rassemblement international SMILE For Future a réuni en août dernier des jeunes de 15-18 ans mobilisés sur le climat.

Rassemblement international SMILE For Future a réuni en août dernier des jeunes de 15-18 ans mobilisés sur le climat.

Comment se prépare la rentrée 2019- 2020 ?

La rentrée 2019, c’est la saison 2 qui commence. Le 23 septembre, un sommet de l’ONU sur le climat aura lieu à New York, pour lequel Greta Thunberg a été invitée. C’est pour cela que la nouvelle grève internationale est fixée au vendredi 20 septembre, pour que les représentants des Nations-Unis et le monde entendent les jeunes une dernière fois avant ce sommet capital pour notre avenir. Au Pays Basque, nous avons décidé de centrer cette manifestation sur le thème de la déforestation. L’actualité ne vous a surement pas échappé ; l’Amazonie brûle, et c’est indéniablement une catastrophe écologique. Ainsi, comme à notre habitude, nous commencerons la manifestation à 8h15 devant le lycée Cassin. Beaucoup d’opérations inédites auront lieu, mais je garde la surprise… Mais ce n’est pas tout, car du 20 au 27 septembre, c’est la “Climate Week”. Des actions dans le monde entier auront lieu durant cette semaine. Nous avons prévu une action par jour. Par exemple 25 septembre, les différents groupes du Pays Basque sud et nord se retrouveront pour une grande “Clean walk” à l’occasion du challenge national lancé par Youth For Climate France, pour lequel nous devrons réunir un maximum de personnes pour ramasser le plus de déchets possible. Aussi, beaucoup d’autres opérations se préparent au Pays Basque.

Comment communiquerez-vous d’ici le 20/9 pour mobiliser un maximum de personnes ?

Nous communiquons beaucoup via les réseaux sociaux, c’est ce qui a vraiment lancé notre mouvement. Nous créons des vidéos que les gens peuvent partager facilement et qui touchent pas mal de monde. D’ailleurs, une nouvelle est en cours de préparation. Mais nous avons également des graphistes talentueux ce qui nous permet d’élaborer de beaux visuels pour les moyens de communications plus traditionnels : tracts, affiches… Mais à mon avis le meilleur moyen de communiquer sur une telle action c’est de parler aux personnes directement, de vraiment leur faire comprendre l’enjeu de façon orale avec des mots qui resteront dans les esprits. Ainsi, nous essaierons à la rentrée de passer dans les classes pour pouvoir parler aux élèves mais également aux professeurs. La difficulté c’est que la plupart des lycées, comme le mien (Cantau) n’accepteront sûrement pas.

(*) Jeune adolescente suédoise engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique ayant fait un discours marquant à quelques heures de la fin de la COP24 à Katowice, en Pologne, et, mènant une “grève scolaire” pour le climat tous les vendredis. “Nous sommes à court d’excuses et de temps. Nous sommes venus ici pour vous informer que le changement s’annonce, que cela vous plaise ou non”.

(**) à 1h du matin, la législation stipule que les enseignes doivent être éteintes, mais la plupart des commerces ne respectent pas cette règle. C’est pour cela que nous les éteignons car ça crée un gaspillage énorme.