Plaidoyer pour les petites fermes par Michel Berhocoirigoin

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A l’occasion du débat sur la prochaine réforme de la PAC, la question des petites fermes revient en force sur le devant de la scène. La proposition de réforme rendue publique par le Commissaire à l’Agriculture Dacian Ciolos, le 18 novembre 2010, exprime clairement: “un régime de soutien simple et spécifique applicable aux petits exploitants devrait remplacer le regime actuel afin d’améliorer la compétitivité, et de contribuer davantage à la vitalité du monde rural…”. Pour ceux qui sont mobilisés dans la défense des petites fermes, c’est une nouvelle occasion à saisir pour infléchir une politique agricole qui pousse à l’agrandissement permanent.
L’agriculture du Pays Basque est caractérisée par des surfaces d’exploitations plus petites qu’ailleurs, ce qui signifie qu’il y a ici un nombre encore important de petites fermes. ELB a mis en place une commission de travail pour caractériser cette situation et proposer des mesures adaptées.

30 à 40% des exploitations du Pays Basque
Une analyse primaire tendrait à penser que les petites fermes sont une sorte de reliquat du passé, voué obligatoirement à disparaître. Le développement, la marche normale du progrès et de la modernité, devraient fatalement déboucher sur une agriculture où il n’y aurait plus de petites fermes: soit, elles disparaissent; soit, elles grossissent!… Et pourtant, il y en a toujours!
Les petits paysans résistent, et pire, beaucoup parmi eux, revendiquent le choix de vouloir rester petits paysans et d’avoir le droit de vivre!
Etre petit paysan, ce n’est pas bricoler avec deux vaches et trois cochons. Les petites fermes, telles que caractérisées par ELB, représenteraient 30 à 40% des exploitations du Pays Basque, et même plus de la moitié sur certaines zones. Ces fermes sont là: elles résistent, s’adaptent, produisent, vivent. Et pourtant elles subissent des handicaps à tous les niveaux: l’essentiel des aides agricoles étant indexé sur le nombre d’hectares et d’animaux, mécaniquement les petites fermes en perçoivent peu. Quand elles vendent leurs produits, elles sont exclues des primes de quantités; mais quand elles achètent de l’aliment ou des engrais, elle paient plus cher car elles échappent aux ristournes appliquées pour les gros-ses quantités, et sur le plan fiscal ou social, elles paient proportionnellement plus que le gros… Si l’on ajoute à cela que le fait d’aborder la question des petits paysans, c’est faire du social (donner 3.000 euros à un petit paysan, c’est du social, alors que donner 30.000 euros à un gros, c’est de l’économique!), on aura compris qu’il y a beaucoup à faire pour réhabiliter ces acteurs à part entière de notre agriculture. Les petites fermes sont rarement sous les projecteurs; au mieux, elles servent de faire valoir pour faire du nombre; le nombre qui est mis en avant pour exprimer l’importance d’une filière donnée, et à ce titre, exiger une intervention de la puissance publique. Et lorsque intervention il y a, les petits qui ont servi à justifier le dossier, restent le plus souvent écartés, ou quasiment, car “n’entrent pas dans les critères mis en place”. C’est ainsi que “la profession” gère les chose.
Pourtant, les petites fermes ont un impact économique, social, culturel, environnemental, extrèmement important, et réellement déterminant pour la vie de nos territoires. Elles représentent un nombre d’emplois important qui assure la vie de nombreuses communes rurales. Le type d’agriculture qui y est pratiquée est le plus souvent multifonctionnel, c’est-à-dire qu’il y a simultanément de la production, un attachement à la qualité, une utilisation maximale de l’ensemble de la surface, y compris les plus petites parcelles et les plus mal situées, un rapport particulier à la nature, au vivant, et au paysage. Elle permettent de concilier viabilité économique et vivabilité sociale. Viabilité économique parce que, sur ce type de ferme, les paysans sont obligés d’assurer une efficacité maximum: comptant assez peu sur la manne extérieure, ils doivent gérer leur outil de travail dans une logique d’économie et de valeur ajoutée maximum, alors que dans les grosses exploitations, comme l’a démontré l’économiste Jean Christophe Kroll, les aides viennent souvent corriger les erreurs de gestion.

Les petites fermes font vivre des valeurs
Vivabilité sociale, car, les faits montrent, ici et ailleurs, que c’est dans les zones où il y a le plus d’exploitations agricoles que les jeunes ont le plus envie de s’installer. Les petites fermes font vivre un certain nombre de valeurs qu’il ne faut pas mettre à la poubelle au nom du modernisme: des valeurs qui s’appuient davantage sur la solidarité, les relations humaines, la gestion patrimoniale de la terre, la valorisation des savoirs faire acquis au fil des générations, une volonté de ne pas limiter le sens du métier à l’accumulation du capital ou à la mise en marché de volumes toujours plus importants…
Il ne s’agit pas d’idéaliser les petits paysans, mais c’est un constat dominant. Plusieurs travaux de recherche arrivent aux mêmes conclusions, qu’ils émanent des syndicats, des centres de recherche ou même des ministères de l’Agriculture successifs.
Des tendances fortes s’imposent au commun des observateurs: plus on va vers l’agrandissement, et plus on va vers la spécialisation, la perte d’emploi, la monotonie du paysage, l’appauvrissement de la biodiversité, la standardisation des produits, l’inaccessibilité de l’outil de travail pour les jeunes. Il est temps de mettre en place une politique agricole qui reconnaisse l’utilité publique des petites fermes.

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