Scandale à Urrugne

Elkartasuna

Tout le monde connait le scandale d’Urrugne : les policiers ont pénétré dans l’église du village pour arrêter une dizaine de “nègres” qui s’y étaient réfugiés : ces policiers ont violé un lieu sacré, dit-on!

Mais la loi de la République n’est-elle pas basée sur la laïcité, une de ses grandes valeurs? La religion est du domaine privé. Chacun est libre de croire ou pas, mais en privé et ne peut imposer à quiconque, sa façon de concevoir la vie. Dans une république laïque il n’y qu’un dogme : Liberté, Égalité, Fraternité(1) . Une église n’est qu’un un bâtiment comme les autres, quatre murs et un toit. Elle n’est sacrée que pour des croyants. Que les policiers y pénètrent comme ils le feraient dans un trinquet ou une salle de sport qu’y a-t-il de choquant pour le commun des républicains? A propos, n’est-ce pas un évêque de Bayonne qui fit appel aux CRS pour chasser de la cathédrale d’autres réfugiés qui s’y étaient retranchés pour une grève de la faim? Les scandalisés de l’époque ont-ils aussi été scandalisés pour Urrugne?

Il semblerait que certains seraient prêts à faire flèche de tout bois pour imposer à l’ensemble de la population cette théorie obsolète qui prétend que notre civilisation est un héritage du christianisme : “la France fille aînée de l’Église” prétendent-ils. Et ils sortent leurs arguments : Nous sommes en 2022 en référence à l’année de la naissance du Christ. Le temps est divisé en semaines de sept jours, un héritage de la Bible; le repos hebdomadaire est fixé au dimanche pour célébrer la Résurrection du Christ; Noël et Pâques, deux dates qui ont marqué la vie du Christ, sont les plus grandes fêtes de l’année etc…

Revenons aux sources de la République qui sont autres que celles du christianisme. Pour toute personne qui a foi en la République, nous sommes en l’an 230 parce que cela fait 230 ans que la République naquit en France. Pourquoi ne pas revenir au decadi ? ce sont bien les républicains des origines qui avaient remplacé la semaine de sept jours par le décadi, de dix. Que le fête de la République (Errepublika eguna comme nous disons en basque) supprimée du calendrier, soit célébrée comme la fête la plus importante de l’année. Les cathédrales, basiliques et autres églises qui coûtent une fortune aux institutions publiques furent reconverties en hangars à foin, écuries à chevaux etc… Dans la même ligne transformons-les aujourd’hui en salles de spectacles, dancings, dépôts ou garages : cela fera autant de superficie agricole sauvée du fléau de la bétonisation. Finis les St Étienne de Baigorri, St Martin d’Arrosa , St Jean Pied de Port, etc. Revenons aux Marat sur Nive, Thermopyle, Grand Pont des premiers Républicains. Remplaçons les Véronique, Sylvain, Pierre et autres vieilleries par ces délicieux prénoms qui avaient court à la naissance de la République : Vesce, Faisande, Égalité etc… Et pourquoi pas Robespierre? C’est bien de ce nom que fut baptisée (oui! c’est bien le terme utilisé!) la promotion 1968-70 d l’ENA, l’école la plus prestigieuse de France: Alain Lamassoure en faisait partie..

Le scandale

Le scandale? Oui ! Il y en a eu un à Urrugne. Autrement plus grave que la pénétration de quelques policiers dans l’Église. C’est que cette dizaine d’Africains ait été forcée de chercher refuge, dans une église en la circonstance. C’est que des policiers, en toute bonne conscience, aient cru devoir les arrêter. Qu’étaient venus faire ici ces Africains ? Pourquoi ne sont-ils pas restés chez eux? Des consciences délicates vous diront que des passeurs avides d’argent les ont aidés à franchir la frontière. Est-ce les passeurs qui leur ont fait déjà franchir des milliers de kilomètres, parsemant leur parcours de cadavres, décédés les uns de soif dans les Sahara, d’autres noyés dans la Méditerranée. Qui en parle?

La vraie question c’est de savoir pourquoi ils ont quitté leur pays dans de telles conditions. Beaucoup vivaient dans la misère : le PIB d’un Guinéen est de 1.194 €/an alors qu’il est de 33.000 en France. Sur 12 millions d’habitants, seuls 2.5 millions y ont été vaccinés. Notre espérance de vie dépasse les 80 ans; la leur est de 52. La mortalité infantile est de 3,6 °% chez nous. De 32°% chez eux. Du matin au soir, les programmes télé que nous leur vendons, y font étalage de notre opulence. Et nous voudrions qu’ils se contentent de se lécher les babines?

C’est leur vie qui est en danger. Cet été, Daesh les a assassinés par dizaines au Niger, au Burkina, etc…, en particulier dans les églises. Mais leurs kalachnikovs n’épargnent pas les musulmans. Puisque c’est la rentrée, rappelons qu’ au Niger, 855 écoles primaires et 35 établissements secondaires sont restés fermés, privant d’instruction 72.000 élèves dont 38.194 filles. Qui a crié au scandale?
Portant c’est bien là qu’il est le vrai scandale, bien supérieur à celui d’Urrugne, que nous n’aurions pas connu sans ce qui précède. Le scandale est antérieur à l’intervention de la Police à Urrugne. Le scandale est le fait même de la présence forcée de ces jeunes chez nous, arrachés à leur famille, à leur village, à leur pays, à des milliers de kilomètres d’ici.

Ceux qui se sont mobilisés en faveur de ces jeunes, méritent notre admiration, car en plus du scandale de l’église, ils avaient déjà ressenti celui de l’émigration forcée de ces jeunes qu’ils s’étaient fait un devoir d’ accueillir .

Serait-ce dans cette église qu’il auraient entendu :”J’étais étranger et vous m’avez accueilli”? Mais ne parlons pas d’héritage chrétien.


(1)
C ‘est Mgr Fénelon, archevêque de son métier, qui a formulé pour la première fois cette trilogie que la République a fait sienne. :« Ils s’aiment tous d’une amour fraternel que rien ne trouble. (…) . Ils sont tous libres et tous égaux » ( Télémaque, éditions GF p.208)

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