Reprendre pied

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Nicolas Goñi
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Canicule

Les périodes de canicule et leurs images étonnantes, en passe de devenir habituelles.

 

Il y a un peu plus de 15 ans, l’économiste Serge Latouche avait lancé le concept de pédagogie des catastrophes : les événements météorologiques extrêmes (comme la canicule de 2003) peuvent déclencher une prise de conscience générale de la gravité de l’évolution du climat, en nous faisant éprouver que le monde n’est plus comme avant. Il semble que la suite lui ait donné plutôt tort, tant on peine encore aujourd’hui à prendre au sérieux, globalement, la gigantesque menace que représente la perte irréversible de l’équilibre climatique dont l’humanité a bénéficié depuis le néolithique. Malgré une catastrophe objective (la canicule de 2003 emporta de l’ordre de 70.000 vies sur l’ensemble de l’Europe, dont environ 20.000 en France et autant en Italie), il semble que nous ayons, collectivement, du mal à éprouver les catastrophes comme points de bascule entre un avant révolu et un désormais qui nous pose des problèmes nouveaux.

Deux poisons : l’adhérence au connu, et l’habituation à la catastrophe

Les étés qui ont suivi 2003 n’ont pas connu en Europe de l’Ouest de conditions aussi extrêmes. Après un été hors normes, c’était une sorte de “retour à la normale”.

Or, il est bien plus reposant mentalement de se dire qu’on est de retour dans ce qu’on connaît après un épisode anormal, plutôt que de se dire qu’après cet événement hors normes il faudra désormais envisager les conditions de nos vies tout à fait différemment. Si en plus on peut s’appuyer sur des signaux qui nous arrangent (comme plusieurs étés sans canicule), inconsciemment le pas est vite franchi vers l’oubli de la catastrophe et vers le “business as usual”.

L’habituation à la catastrophe quant à elle ne concerne pas la perception des événements extrêmes, mais plutôt un glissement dans notre perception des événements habituels, ou qui le deviennent.

Quand des inondations ou des sécheresses autrefois centennales deviennent décennales, quand le record du “mois le plus chaud jamais enregistré” est battu chaque année, quand le fait que 1.000 vies soient détruites en moins d’une année en tentant de traverser la Méditerranée ne passe même plus aux infos générales (il est loin le temps où le corps sans vie du petit Aylan Kurdi avait bouleversé l’occident), la normalité s’est déplacée.

Nous nous habituons à la catastrophe, nous y devenons moins sensibles. Ce ne sont plus des vies en danger, ce sont des nombres dans un bruit de fond.

Analogie sanitaire : en mars dernier, un président surpris par un phénomène qu’il n’avait jamais envisagé s’est dit “en guerre contre ce virus”. Deux mois plus tard, un bilan de 30.000 morts était une catastrophe et les soignants étaient des héros. Puis le discours officiel a glissé de la guerre vers le “vivre avec”, nous avons connu une deuxième flambée épidémique qui a fait plus de morts que la première (beaucoup plus que la première ici en Pays Basque Nord), mais avec un bien moindre écho médiatique, nombre de soignants font des burnouts et/ou démissionnent dans l’indifférence générale, alors que les connaissances sur les séquelles de long terme de ce SRAS ou les mutations récentes du virus n’incitent pourtant pas à baisser la garde.

La surprise et la nouveauté avaient favorisé un esprit solidaire et uni au printemps. Mais cet esprit a peu à peu glissé, emporté par une nouvelle normalité bancale issue d’une part de la gestion malhonnête et à courte vue de la pandémie par les autorités, d’autre part d’une confusion informationnelle dont beaucoup d’éléments visent au fond à justifier un même message : vouloir vivre sans tenir compte des autres, vouloir consommer et voyager comme avant et que les faibles se résignent à leur sort avec philosophie. Le même genre de “business as usual” que celui qui nourrit l’inaction climatique et sociale.

Deux repères : le principe de précaution et l’entraide

Ces mécanismes de pensée nourrissant la barbarie individualiste pourraient presque nous faire oublier que nous sommes une espèce sociale qui a survécu à nombre de dangers pendant des milliers d’années.

Cela aurait été impossible si nos ancêtres n’avaient pas profondément intégré deux choses fondamentales :

  • Le principe de précaution, notamment vis-à-vis des événements extrêmes et des risques multiplicatifs : tel danger peut occasionner des dommages irréversibles si je m’y expose, et/ou affecter ma communauté en cascade incontrôlable, je ne vais prendre aucun risque avant d’en savoir plus.
  • L’entraide, découlant d’une compréhension intuitive de l’interdépendance (les conditions de ma vie sont d’autant meilleures et plus stables que celles des autres le sont) et des propriétés émergentes (un groupe humain est capable de plus grandes réalisations que ne le serait la somme des individus qui le composent).

Sortie des énergies fossiles, refus de la hiérarchisation des vies, stratégie proactive de suppression virale, construction collective par le bas, tout cela découle de ces deux principes intemporels.

Ces mêmes principes nous aident à reprendre pied dans ce monde devenant plus instable et imprévisible, où d’autres pandémies nous attendent parmi les effets collatéraux du changement climatique et où nous avons à cultiver et à défendre les conditions de nos vies et de celles de nos descendants.

Ni plus –c’est ce que l’humanité a fait pendant des millénaires–, ni moins –car ce que nous savons aujourd’hui nous en impose la responsabilité vis-à-vis de nos descendants.

 

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